Nechama Cheli

Les lois de Chabbat - Comment laisser les aliments au four comme il convient ?

Examinons la question suivante : peut-on laisser des aliments dans un four (électrique ou à gaz) ? Sur le bouton de réglage de nombreux fours vendus en Israël, on trouve en effet une position « mode Chabbat » ou « matsav Chabbat ». Elle prévoit que les aliments laissés dans ce mode se trou…

Rav Mendel Agranovitch

Les lois de Chabbat - Comment laisser les aliments au four comme il convient ?

Examinons la question suivante : peut-on laisser des aliments dans un four (électrique ou à gaz) ?

Sur le bouton de réglage de nombreux fours vendus en Israël, on trouve en effet une position « mode Chabbat » ou « matsav Chabbat ». Elle prévoit que les aliments laissés dans ce mode se trouvent à une température constante et peu élevée : ils ne brûlent pas et restent chauds. Est-ce suffisant du point de vue de la loi juive ? C’est le sujet de notre article d’aujourd’hui.

Nous savons donc que le Talmud (Chabbat 37a) permet de laisser les aliments pour Chabbat non seulement sur le four, mais aussi à l’intérieur. Autrement dit, si le feu est recouvert de cendres ou si toutes les braises ont été retirées du four, et que l’on ne craint pas que le feu soit augmenté en remuant les braises, on peut aussi placer une casserole de tcholent à l’intérieur du four. On prend la marmite en fonte avec le tisonnier, et hop, dans le four russe ! Précisons toutefois qu’à l’époque des Sages du Talmud, il n’y avait pas de four russe, que nos Sages appellent « four domestique d’hiver », mais une « kira » — un four à deux foyers dont la forme évoque une grande casserole aux parois d’argile. On peut y faire cuire en posant la marmite d’aliments sur un foyer, au-dessus, ou en l’insérant à l’intérieur, sans même qu’elle touche les braises ni le fond, par exemple en la faisant reposer sur ses propres anses. Le Talmud dit donc que l’on peut laisser les aliments pour Chabbat dans les deux positions, mais que l’on peut les remettre uniquement au-dessus, et non à l’intérieur. Nous parlerons plus tard de la remise sur le feu ; pour le maintien, les choses sont claires : toutes les règles formulées précédemment s’appliquent aussi à cette situation.

Nos Sages ont assimilé le « four russe » à la « kira ». Or, dans un four russe, les aliments sont toujours placés à l’intérieur. Il est donc évident que l’on peut laisser les aliments dans un four à condition que le feu soit couvert ou qu’ils aient atteint le stade de la « nourriture de ben Droussaï », c’est-à-dire qu’ils aient cuit pendant au moins un tiers ou la moitié du temps de cuisson. Mais comment couvrir le feu dans le cas de notre four ? Une possibilité consiste à placer une boîte métallique à l’intérieur du four ; on peut alors y laisser des aliments à n’importe quel degré de cuisson... Cependant, l’auteur de cet article n’a jamais vu en vente de tels équivalents du « blekh » pour le four. Il existe donc une autre possibilité : ne laisser que des aliments ayant atteint le stade de la « nourriture de ben Droussaï », ce que permet le 'Hazon Ich, ou des aliments entièrement cuits qui ne s’améliorent pas avec la poursuite du chauffage, ce que permet le Michna Beroura (a posteriori, même selon le 'Hafets 'Haïm, on peut laisser de la « nourriture de ben Droussaï »).

Si les aliments ne sont pas cuits, les auteurs du « Or'hot Chabbat » proposent de bloquer le bouton de réglage de la température avec un adhésif, de sorte qu’il soit impossible de le tourner sans retirer l’adhésif.

Quelle est la source de cette solution ? Les auteurs du « Or'hot Chabbat » expliquent que le Talmud (Chabbat 18b) indique que, si l’on a mis les aliments dans le four,  fermé le four avec un couvercle et scellé ce couvercle avec de l’argile, on peut alors y laisser les aliments à n’importe quel stade de cuisson. La question de l’interdiction de « casser » ou de « détruire » pendant Chabbat constitue un sujet distinct. Mais concernant la crainte de voir les braises remuées, nous constatons qu’elle n’existe pas : pour les remuer, il faut accomplir une opération longue et laborieuse, qu’il est impossible d’effectuer machinalement. La personne prendra donc toujours conscience de ce qu’elle fait avant de remuer les braises. MAIS... Cette explication ne correspond qu’à l’opinion de Rachi et du Rama ; le Rambam et le Choul'han Aroukh ne sont pas d’accord avec elle...

Vous vous souvenez que nous avons écrit que bloquer les boutons de réglage avec un adhésif ne suffit pas, en précisant : cela ne suffit peut-être pas. Voici donc la logique du décret selon l’approche du Choul'han Aroukh : il faut agir sur le feu lui-même. Or, ce n’est pas le cas ici, puisque ni l’adhésif ni l’argile ne traduisent une acceptation intérieure de laisser les aliments à feu doux. Et le passage du Talmud ? Selon le Choul'han Aroukh et le Rambam, il traite d’un cas particulier : la viande sur les braises se gâterait si l’on ouvrait le couvercle du four ; c’est uniquement pour cette raison que l’on ne craint pas qu’il soit ouvert. Cette solution n’est donc pas valable selon toutes les opinions...

Revenons à la position « matsav Chabbat » du four. Selon l’auteur de cet article, elle n’a pas de sens halakhique précis (elle présente toutefois l’intérêt de maintenir une température constante, sans que l’on craigne que le thermostat mette le four en marche après son ouverture). Réfléchissez : si les aliments sont cuits, on peut les laisser dans le four à n’importe quelle température ; sinon, nous n’avons accompli aucun acte montrant que nous acceptons de ne pas pouvoir augmenter le feu.

Quelqu’un pourrait demander : « Et la plata ? Nous avons pourtant écrit à son sujet que le Rachba estimait que l’on pouvait retirer la casserole d’un feu vif et la poser sur des braises couvantes, et que cela suffisait ? » Or, ce mode ressemble précisément à cette description. On peut répondre que le rav Chlomo Zalman Auerbach n’a pas présenté cette idée comme suffisante à elle seule : il a ajouté que l’on ne cuisine pas sur une plata en semaine et que l’on ne peut pas augmenter son feu. Nous ne trouvons nulle part chez nos décisionnaires antérieurs qu’ils se soient appuyés sur cette idée sans la renforcer par d’autres arguments. Il est donc impossible de se fier uniquement à ce mode. En effet, si nous plaçons une boîte métallique, tout est permis ; si nous bloquons le bouton de réglage avec un adhésif, cela est suffisant selon le Rama et insuffisant selon le Choul'han Aroukh. Il reste seulement la possibilité qu’en combinant les deux solutions (« matsav Chabbat » et adhésif), le Choul'han Aroukh soit d’accord avec le Rama, mais nous n’avons aucun fondement pour l’affirmer.

Conclusions pratiques :

On peut laisser les aliments dans le four pour Chabbat s’ils sont entièrement cuits et ne deviennent pas meilleurs avec la poursuite de la cuisson. D’un point de vue pratique, le mode « matsav Chabbat » présente un intérêt, car notre plat n’y brûlera pas (vérifiez la température à l’avance : si elle est élevée, l’auteur n’est pas responsable si votre chachlik se dessèche).

Si les aliments ont atteint le stade de la « nourriture de ben Droussaï », on peut également les laisser dans le four, qu’il soit électrique ou à gaz. Rappelez-vous : selon le Michna Beroura, il faut s’efforcer de faire en sorte que tout soit cuit avant Chabbat.

Si les aliments n’ont pas atteint le stade de la « nourriture de ben Droussaï », on peut les laisser dans le four à condition qu’il y ait une boîte métallique, équivalent du « blekh », qui couvre le feu ou les résistances. Cette solution convient aussi bien aux Juifs ashkénazes qu’aux Juifs séfarades.

Selon le Rama, et uniquement pour les Juifs ashkénazes, on peut bloquer le bouton de réglage de la température du four avec un adhésif, et cela suffit. Le 'Hazon Ich a également proposé d’installer un loquet sur la porte du four.

Le retrait des boutons de réglage fait l’objet d’une controverse entre les Sages. Les opinions divergent ; il convient donc de ne pas s’appuyer a priori sur cette solution sans nécessité (« Or'hot Chabbat », chapitre 2, paragraphe 19). Cela concerne aussi bien le four que la cuisinière.

Si le four possède un thermostat, on peut l’ouvrir lorsque le thermostat s’est déjà déclenché (et a mis le four en marche), de crainte que, sinon, l’air froid que nous faisons entrer ne provoque sa mise en marche (cela relève d’un article distinct : l’utilisation du thermostat dans les réfrigérateurs, les fours, le chauffage, etc.).