Nechama Cheli

Les lois de Chabbat - Le doud chémech, ou chauffe-eau solaire

L’appareil dont il sera question dans notre article se compose de deux parties : un capteur composé de tubes, placé dans une enveloppe de verre et peint en noir, et un réservoir dans lequel arrive l’eau du capteur. L’eau de la partie supérieure du réservoir alimente la maison, tandis que l’eau du réseau arrive dans la partie inférieure, puis passe de là dans le capteur po…

Rav Mendel Agranovitch

Les lois de Chabbat - Le doud chémech, ou chauffe-eau solaire

L’appareil dont il sera question dans notre article se compose de deux parties : un capteur composé de tubes, placé dans une enveloppe de verre et peint en noir, et un réservoir dans lequel arrive l’eau du capteur.

L’eau de la partie supérieure du réservoir alimente la maison, tandis que l’eau du réseau arrive dans la partie inférieure, puis passe de là dans le capteur pour y être chauffée. Dès que le soleil chauffe l’eau, celle-ci rejoint le réservoir et une nouvelle quantité d’eau arrive de la partie inférieure. Ce processus se poursuit jusqu’à ce que toute l’eau du réservoir soit chauffée ou que nous commencions à l’utiliser ; une nouvelle quantité d’eau du réseau arrive alors dans le capteur.

Concernant l’utilisation de cet appareil pendant Chabbat, il convient de faire quelques remarques et d’examiner plusieurs questions :

1. Lorsque l’eau du réservoir est chaude (1) et que de l’eau froide (2) du réseau se mélange à elle, l’eau (2) cuit dans l’eau (1). Selon un décret des sages, il s’agit d’une cuisson (« Or’hot Chabbat », chap. 1, paragraphe 102), car les sages ont interdit de cuire au moyen de la chaleur dérivée du soleil, bien qu’il soit permis de cuire au soleil, puisqu’il est impossible de déterminer, à partir d’un objet chauffé, quelle est l’origine de sa chaleur.

2. Comment qualifier le réservoir dans ce cas : de « premier » ou de « second » récipient, puisque l’eau chauffe dans le capteur et n’arrive qu’ensuite dans le réservoir ? On peut répondre que le réservoir est un premier récipient, puisqu’il est relié à la source de chaleur, le capteur. On ne peut appeler second récipient que celui qui ne reçoit pas d’apport supplémentaire d’énergie (ibid., note 201).

3. L’eau qui chauffe dans le capteur est-elle chauffée par le soleil ou par les tubes ? Examinons cela un peu plus en détail. Le Talmud dit que l’on peut « cuire » (chauffer) de l’eau directement grâce au soleil.

Une question légitime se pose : comment procéder ? Que veut dire le Talmud lorsqu’il affirme qu’il est permis de cuire au soleil ? S’agit-il uniquement du chauffage direct par les rayons du soleil, ou également du cas où l’on verse de l’eau dans une casserole noire, fermée par un couvercle et placée au soleil ? À première vue, on pourrait dire que, puisque le Talmud ne précise aucune condition, cette permission concerne tous les cas possibles… Mais il y a un « mais » : dans l’exemple donné par le Talmud, il est question de mettre de l’eau à chauffer au soleil ; si, en revanche, nous versons de l’eau dans une casserole déjà chaude, il s’agit alors d’une cuisson par une chaleur dérivée, c’est-à-dire celle de la casserole, et cela devient interdit, car l’eau (dans notre cas) entre souvent dans des tuyaux déjà chauffés par le soleil. On peut également relever une différence entre une simple casserole et un dispositif spécialement conçu pour capter et concentrer l’énergie solaire, qu’il serait plus logique de comparer aux dérivés du soleil décrits dans le Talmud, comme le sable ou un toit chauffé. On ne peut pas l’affirmer catégoriquement, mais selon la majorité des avis, la cuisson dans le capteur relève d’une chaleur dérivée du soleil, car l’eau est chauffée, au moins en partie, par les tuyaux.

4. Un autre type de « chauffe-eau solaire » est conçu de telle sorte que l’eau chauffe dans le ballon domestique, qui comporte deux serpentins : l’un électrique et l’autre parcouru par de l’eau chauffée dans le capteur et y circulant en permanence. Pour simplifier, c’est toujours la même eau qui chauffe sur le toit, descend par un tuyau dans chaque ballon individuel, chauffe l’eau du ballon, refroidit, puis est pompée (renvoyée) vers le toit. Autrement dit, l’eau du ballon est chauffée par un tuyau contenant de l’eau chauffée au soleil. Avec un tel dispositif, il s’agit incontestablement d’une chaleur dérivée du soleil, et utiliser cette eau revient à cuire l’eau qui arrive du réseau de distribution.

C’est précisément ce type de chauffe-eau qui se trouve chez moi, si j’en crois mon électricien. D’ailleurs, le rav Chlomo Zalman Auerbach considérait comme une raison très importante d’interdire l’utilisation du « doud chémech » le fait que le chauffe-eau électrique et le ballon solaire soient réunis dans un seul appareil et que, par ignorance, on puisse facilement les confondre. C’est l’idée principale qui sous-tend l’interdiction des dérivés du soleil instituée par les Sages. Et, bien que le rav Neuwirth ait écrit dans la première édition de « Chemirat Chabbat Kehilkhata » qu’il était permis d’utiliser le « doud chémech », dans les éditions ultérieures, le rav Chlomo Zalman, sur l’avis duquel s’appuyait le rav Neuwirth, a rejoint ses contradicteurs et en est arrivé à l’idée exposée plus haut : on ne peut pas chauffer d’eau dans un chauffe-eau combinant l’électricité et l’énergie solaire, même lorsqu’il est débranché.

5. Même si l’on suppose que l’eau est toujours chauffée uniquement par les tuyaux, dans le premier dispositif également, et pas seulement dans le second, nous savons que l’interdiction de cuire « au soleil » est un décret des Sages, et que la personne qui ouvre le robinet n’a pas l’intention de chauffer l’eau nouvellement arrivée. Et, même si cela se produira inévitablement, une question se pose : les Sages ont-ils également interdit ce cas, ou seulement celui où une personne accomplit l’acte consciemment et intentionnellement ?

Bien que les Sages soient en profond désaccord sur ce point, l’avis que nous devons suivre est celui de la « Michna Beroura », qui estime (en s’appuyant sur les avis du « Maguen Avraham », de Rabbi Akiva Eiger et du Gaon de Vilna) que les Sages ont également édicté leur interdiction dans ce cas (314, 11). Mais tout cela est vrai lorsqu’il s’agit d’une action directe, alors que, dans notre cas, une loi physique intervient : l’eau entre dans le capteur sous l’effet de sa circulation dans le système, de la loi des vases communicants et du fait que l’eau chaude est plus lourde que l’eau froide.

6. Lorsqu’on ouvre simultanément l’eau chaude et l’eau froide, si la température de l’eau obtenue dépasse 45 degrés Celsius, l’eau froide subit une cuisson dans le jet d’eau chaude. La seule possibilité est donc de faire couler un jet puissant d’eau froide, puis d’y ajouter de l’eau chaude.

Conclusions pratiques :

1. Il est interdit d’utiliser le « doud chémech » pendant Chabbat.

2. Si la température de l’eau qu’il contient est inférieure à 45 degrés Celsius, l’eau entrante ne subira pas de cuisson dans le ballon, mais uniquement dans le capteur. À ce sujet, les auteurs d’« Or’hot Chabbat » ont déclaré : « Celui qui adopte l’avis indulgent a sur qui s’appuyer. » Autrement dit, on peut adopter l’avis indulgent, même si cela n’est pas recommandé.

3. Peut-on utiliser le « doud chémech » pour un enfant et pour une personne malade ? Les auteurs d’« Or’hot Chabbat » ont proposé, dans cette situation, de poser la question à un rav.

4. Si l’eau n’entre pas dans le ballon (son arrivée a été coupée à l’aide d’un robinet spécial), les auteurs d’« Or’hot Chabbat » sont disposés à se montrer indulgents si la température de l’eau au robinet est inférieure à 45 degrés Celsius. Il est alors souhaitable d’ouvrir d’abord l’eau froide, puis d’ouvrir légèrement l’eau chaude ; cela se rapprochera de la règle que nous avons citée plus haut au nom de la « Michna Beroura » (314, 84).