Rav Mendel Agranovitch
Chalom, chers lecteurs ! Avec l’aide de D.ieu, nous poursuivons notre étude des lois de Chabbat et aborderons, dans cet article, plusieurs nouvelles notions liées à la cuisson.
Nous avons déjà expliqué que la Torah interdit de cuire au moyen du feu et de ses dérivés, et qu’un décret des Sages interdit également de cuire au moyen des dérivés du soleil.
Définissons les limites de ces notions, c’est-à-dire déterminons si un objet chaud est toujours capable de cuire quelque chose qui entre en contact avec lui. Une autre question essentielle se pose : à quelle température la cuisson commence-t-elle, et existe-t-il une température et/ou un état auxquels elle s’achève ? Et quelle est la règle concernant les aliments déjà propres à la consommation sans cuisson ?
Comme à notre habitude, tournons-nous vers la source première. Le Talmud (Chabbat, 42a) dit : « Il est interdit de mettre des épices dans une casserole ou une poêle retirée du feu alors que son contenu est bouillant, mais on peut en mettre dans une assiette ou une soupière. » Trois conclusions découlent de ce qui précède :
1) bien que la casserole ait été retirée du feu, les épices peuvent y cuire ; autrement dit, les dérivés du feu continuent à cuire en refroidissant, sans apport supplémentaire de chaleur ;
2) il existe une différence entre l’objet retiré du feu (la casserole) et le récipient dans lequel son contenu a été transvasé (l’assiette ou la soupière) ;
3) tout ce qui a été dit est valable pour l’état qualifié par le Talmud d’« ébullition » (nous attirons délibérément l’attention sur ce point, car la notion d’« ébullition » au sens physique ne convient pas ici).
Pour expliquer cette règle, le Talmud définit la casserole comme un « premier récipient », et l’assiette et la soupière comme un « deuxième ». La différence entre eux tient au fait que le « premier » a au moins été sur le feu, tandis que le « deuxième » n’y a pas été. Un autre passage du Talmud indique clairement qu’un « deuxième » récipient n’est pas capable de cuire. Les Tossafot posent la question : « C’est étonnant : quelle est donc la différence entre les “premiers” et les “deuxièmes” récipients ? Car si l’on retire la main <lorsqu’on les touche> (c’est-à-dire que la température est suffisamment élevée pour cuire), alors le “deuxième” devrait lui aussi (être capable de cuire) ; et si la température est insuffisante, le “premier” serait-il donc capable de cuire ?
Il faut donc dire que, puisque le “premier” récipient a été sur le feu, ses parois sont chaudes et conservent la chaleur longtemps. C’est pourquoi on a fixé pour lui une limite : tant que sa chaleur fait retirer la main, il est capable de cuire. Mais le “deuxième” récipient, bien qu’il soit à la même température, ne cuit pas, car ses parois ne sont pas chaudes et il refroidit. »
Essayons d’analyser ce qui est écrit. La formulation de la question montre que le seul critère nécessaire et suffisant pour la cuisson est la température. Mais alors, on ne comprend absolument pas la différence entre les « premier » et « deuxième » récipients. Les Tossafot introduisent donc une nouvelle notion, nécessaire sur le plan conceptuel (qui résulte du fait d’avoir été sur le feu) : la température du récipient lui-même. Toutefois, en y prêtant attention, nous constatons que les Tossafot peuvent être compris de deux façons :
1) seul un récipient ayant été sur le feu et dont les parois sont chaudes est considéré comme un « premier » récipient ;
2) seules des parois froides confèrent au récipient le statut de « deuxième ».
Quelle différence cela fait-il ? C’est très simple : que se passe-t-il si nous plaçons un aliment non cuit sous un jet d’eau chaude provenant d’un « premier » récipient ? Si l’essentiel est la présence de parois chaudes, il n’y en a pas dans cette situation ; et si l’important est l’absence de parois froides, celles-ci sont également absentes.
Il s’avère que les deux interprétations existent, et qu’elles constituent la quintessence des avis des illustres petits-fils de Rachi : Rabbénou Tam et le Rachbam. Quoi qu’il en soit, il faut donner un nom à ce nouveau paramètre introduit par les Tossafot. Nous l’appellerons, par convention, l’« intensité » de l’action de la chaleur, à l’exemple de l’un des grands commentateurs du « Choul'han Aroukh », le rav David Halévi, connu sous le nom de Taz.
Nous avons donc introduit et expliqué très brièvement et de manière schématique les notions de « premier » et de « deuxième » récipient, et compris que le statut du jet provenant d’un « premier » récipient fait l’objet d’une divergence d’opinions.
Conclusion pratique :
1) il est interdit de mettre un objet non cuit ou insuffisamment cuit dans un « premier » récipient, qu’il soit encore sur le feu ou qu’il en ait été retiré. Selon la règle du « Choul'han Aroukh », cela est interdit par la Torah.
Concernant le « deuxième » récipient, les avis divergent. Comment est-ce possible, demanderez-vous ? Nous venons pourtant de lire un passage du Talmud qui semblait affirmer sans ambiguïté qu’un « deuxième » récipient ne cuit pas ! C’est effectivement l’avis de la majorité des Sages. Mais un seul d’entre eux, le rav Éliézer de Metz (auteur du « Séfer Ha-Yereïm »), a expliqué qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre les récipients : chaque objet et chaque matière nécessitent une énergie et une intensité de chaleur différentes. C’est pourquoi seuls les exemples précis cités dans le Talmud, à savoir l’eau, l’huile d’olive et les épices, ne cuisent pas dans un « deuxième » récipient.
Tous les autres relèvent d’une nouvelle catégorie ou d’un nouveau groupe de matières à propos desquelles le rav Éliézer de Metz a exprimé un doute : il est possible qu’on ne puisse pas affirmer avec certitude si elles cuisent dans un « deuxième » récipient, car seuls les exemples du Talmud nécessitent une cuisson prolongée, contrairement aux autres.
Il faut préciser que, selon l’avis de l’auteur du « Séfer Ha-Yereïm », la conclusion pratique est la suivante : on ne peut rien mettre dans un « deuxième » récipient chaud, à l’exception des exemples du Talmud.
Retenons-nous cet avis comme faisant autorité ? À notre sens, c’est une question qui oppose les commentateurs et les codificateurs de toutes les générations qui lui ont succédé.
En matière de halakha pratique, le rav Moché Feinstein estimait que la cuisson dans un troisième récipient est tout simplement impossible. Cela est manifestement conforme à l’avis des Tossafot : il existe des « premier » et « deuxième » récipients, mais nulle part il n’est question d’un « troisième ». Le 'Hazon Ich, quant à lui, estimait que le récipient ne fait aucune différence : si nous voyons de nos propres yeux que l’objet cuit, cela est interdit par la Torah.
Une différence essentielle : le sachet de thé. Selon le rav Feinstein, on peut le faire infuser dans un « troisième » récipient. Selon de nombreux Sages, notamment le 'Hafets 'Haïm (« Michna Beroura ») et le 'Hazon Ich, cela est interdit, car nous voyons que le thé a infusé. Dans la majorité des communautés, on suit l’avis du 'Hafets 'Haïm et du 'Hazon Ich, car il s’agit d’un doute concernant un interdit de la Torah, pour lequel la loi exige d’adopter une attitude plus stricte.
Un autre avis essentiel est celui de l’auteur du livre « 'Hayé Adam ». Ce livre apporte une restriction supplémentaire à la notion : un « deuxième » récipient ne cuit pas, mais s’il brûle la main, il cuit lui aussi (c’est-à-dire si l’on ne retire pas seulement la main, mais qu’elle est également brûlée). Une énergie thermique d’une telle intensité continue à cuire, bien qu’elle se trouve dans un deuxième récipient.
Comment peut-on alors boire du thé pendant Chabbat ? Voici une méthode qui tient compte de tous les avis.
1) Nous faisons infuser le thé dans une théière et la posons sur le couvercle de la bouilloire (même si la théière est un « deuxième » récipient et que nous y versons de l’eau bouillante provenant du « premier »).
2) Avant Chabbat, nous portons préalablement l’eau de la bouilloire à ébullition, de façon à ce qu’elle bouille partout (même dans le petit tube indicateur de niveau : si l’on appuie sur le couvercle pendant l’ébullition, l’eau y bout). Nous la laissons en mode « Chabbat ».
3) AVANT CHABBAT, nous retirons toutes les feuilles ou tous les sachets de la théière avant de la poser sur le couvercle de la bouilloire (cela est lié à l’interdiction de trier pendant Chabbat, mais nous n’en parlerons pas maintenant).
4) Si l’on a procédé comme indiqué, on peut (et, selon certains avis, on doit) verser d’abord l’infusion dans le verre, puis l’eau de la bouilloire. On peut également remettre la théière sur le couvercle de la bouilloire.
5) Si l’on a retiré l’infusion et qu’elle a refroidi, on peut verser de l’eau chaude de la bouilloire dans un verre (sec, afin de ne pas cuire les gouttelettes d’eau non cuite restées après le lavage), puis transvaser l’eau dans un troisième verre et y ajouter l’infusion froide (cela tient compte de l’avis du « 'Hayé Adam », qui écrivait qu’un « deuxième » récipient cuit s’il brûle la main, mais qui ne mentionnait aucunement le « troisième »).
Si l’eau a été versée dans un « deuxième » récipient et que l’infusion y a été ajoutée sans transvaser l’eau bouillante dans un troisième verre, on peut également boire ce thé.
Précisons que nos instructions concernent une bouilloire sans thermostat automatique (nous en parlerons séparément), qui ne relance pas l’ébullition une fois qu’une certaine température est atteinte.
Voilà tout ce que nous souhaitions éclaircir à propos du thé. Nous vous souhaitons une agréable dégustation de thé pour le prochain Chabbat et les suivants, et vous donnons rendez-vous dans le prochain numéro !