Nechama Cheli

Les lois de Chabbat - Pourquoi utilise-t-on une plaque métallique, le « blekh » ?

La plaque métallique (« blekh ») - Justification détaillée de son utilisation Nous poursuivons le sujet du « maintien sur le feu » et aborderons dans cet article la question suivante : pourquoi peut-on utiliser une plaque métallique (en yiddish, « blekh » — c’est ainsi que l’appellent habituellement toutes les personnes pratiquantes qui connaissent ce dispositif) ? Rappelons…

Rav Mendel Agranovitch

Les lois de Chabbat - Pourquoi utilise-t-on une plaque métallique, le « blekh » ?

La plaque métallique (« blekh ») - Justification détaillée de son utilisation

Nous poursuivons le sujet du « maintien sur le feu » et aborderons dans cet article la question suivante : pourquoi peut-on utiliser une plaque métallique (en yiddish, « blekh » — c’est ainsi que l’appellent habituellement toutes les personnes pratiquantes qui connaissent ce dispositif) ?

Rappelons qu’à l’époque du Talmud, le four était alimenté avec des braises. On pouvait recouvrir son feu de cendres ou retirer toutes les braises, puis laisser sur le four une casserole d’aliments pour Chabbat. D’où vient donc le « blekh » ? Quelle est sa source talmudique ? Pourquoi est-il considéré comme l’équivalent des procédés permis que nous trouvons dans le Talmud et le Choul'han Aroukh ?

Notre histoire commence donc par une question posée par l’auteur des hagahot (notes) sur le livre « Mordekhaï » (écrit par le rav Mordekhaï ben Hillel, tué à l’époque des croisades). La question est la suivante : que doit faire une personne qui se lève le matin et sent une odeur indiquant que son plat mijoté commence à brûler ? Il est interdit de diminuer le feu : que faire alors ? Comment réduire la quantité d’énergie qui parvient à la casserole sans la retirer du feu ni diminuer celui-ci ?

Une solution a été trouvée. On peut retirer la casserole du feu si les aliments qu’elle contient sont entièrement cuits et, sans la poser au sol, la remettre sur le feu couvert par une autre casserole (vide et retournée), placée là pour séparer le feu des aliments. Toutes les conditions de la remise sur le feu seront expliquées plus tard ; nous n’entrerons donc pas ici dans les détails. Un point est essentiel : on ne peut remettre les aliments que sur un feu « recouvert de cendres ». Il n’existe aucun moyen permis de les remettre si le feu n’est pas recouvert de cendres ou si les braises n’ont pas été entièrement retirées. Il en découle que la casserole placée sur le feu et qui en réduit la puissance équivaut, au minimum, au fait de le recouvrir de cendres. En réalité, chaque fois que nous plaçons une casserole avant Chabbat sur un feu recouvert de cendres, nous utilisons une flamme moins puissante. C’est précisément pourquoi les Sages ont permis de laisser les aliments sur un feu « recouvert de cendres » : la maîtresse de maison accepte intérieurement qu’il ne soit pas possible d’augmenter le feu sous son chef-d’œuvre culinaire et s’y résigne.

On pourrait supposer que cet acte — le fait de recouvrir de cendres — n’est efficace que si nous avons recouvert les braises elles-mêmes. Autrement dit, si nous avons accompli un acte contraire au fait de les remuer et de raviver le feu... Mais notre exemple montre que, pour que le feu soit considéré comme « recouvert de cendres », il n’est pas indispensable de le saupoudrer de cendres : on peut simplement le couvrir. Et, bien que rien n’ait été fait à la source de chaleur elle-même, puisque nous laissons nos aliments dans une situation où ils ne reçoivent pas le maximum d’énergie possible, cela suffit et c’est permis.

Mais une question légitime se pose ici : une casserole a une certaine hauteur, tandis que notre « blekh » est plat. Comment peut-on assimiler l’un à l’autre ? De plus, il est écrit dans le code de lois du Tour (rav Yaakov ben Acher, fils du Roch, dernier représentant des générations des tossafistes) qu’à l’époque du Talmud, on avait l’habitude de cuire sur un foyer recouvert d’un couvercle. En quoi notre « blekh » diffère-t-il donc du couvercle qui permet de poser une casserole sur le feu lorsque son diamètre est inférieur à celui de l’ouverture du foyer ? Ces questions ont été posées par nul autre que notre maître, le 'Hazon Ich, dans son livre (section Ora'h 'Haïm, paragraphe 37, point 11). Mais, d’un autre côté, le 'Hazon Ich lui-même témoigne au même endroit qu’en terre d’Israël, on avait l’habitude de laisser les plats sur un « blekh ». Il écrit toutefois que cette méthode n’est pas semblable à l’exemple des « Hagahot Mordekhaï » et que l’on peut donc laisser les plats sur un « blekh » comme sur un feu découvert, car, selon le 'Hazon Ich, on peut d’emblée s’appuyer sur l’avis de 'Hanania : lorsque les aliments sont cuits au tiers ou à la moitié de leur cuisson (la nourriture de Ben Droussaï), comme nous l’avons écrit plus haut. Ce feu n’est cependant pas considéré comme recouvert de cendres. Comment expliquer alors la coutume de notre peuple ?

Les auteurs du livre « Or'hot Chabbat » (chapitre 2, point 8, note 12) rapportent les avis de nombreuses grandes autorités de différentes générations (de grands maîtres de la loi), parmi les richonim et les a'haronim, qui affirmaient que même si une casserole était posée sur le fond sans toucher les braises, et qu’une casserole contenant les aliments était placée à l’intérieur, sur son fond, cela était déjà permis. Puisque les « Hagahot Mordekhaï » ne précisent pas que l’une des deux méthodes possibles est autorisée et l’autre interdite, on peut en déduire que toutes deux sont permises. C’est sur cela que repose notre coutume. On peut la justifier logiquement de la manière suivante : si nous voyons qu’il est permis de recouvrir les braises de cendres et qu’il n’existe aucune restriction quant à la couverture, si ce n’est concernant la surface couverte (peu importe l’épaisseur de la couche), alors ce qui recouvre le feu doit également couvrir toute la surface des brûleurs et réduire la chaleur, ne serait-ce qu’un peu. Toutefois, il n’est pas d’usage de poser les plats sur une feuille de papier aluminium étalée sur les brûleurs.

Mais qu’en est-il de l’exemple décrit dans le Tour, où l’ouverture du foyer est recouverte d’un couvercle ? N’est-il pas interdit d’y poser une casserole ? On peut répondre ainsi : l’exemple décrit dans le Tour correspond à une méthode de cuisson habituelle. Laisser une casserole sur une ouverture munie d’un couvercle n’est donc pas considéré comme laisser un plat sur un feu couvert, car il s’agit simplement d’une façon de cuire sur le fourneau, comme dans une casserole de plus petit diamètre ou sur un feu plus faible. Pour nous, un exemple comparable à celui du Tour serait le diffuseur de chaleur : un disque que l’on pose sur un seul brûleur afin d’obtenir une plus grande surface. Notre « blekh », lui, recouvre tous les brûleurs et a pour seule fonction d’atténuer le feu.

Conclusions pratiques

Il est d’usage de laisser les aliments, quel que soit leur degré de cuisson, sur une plaque de cuivre ou d’aluminium, le « blekh ». Rappelez-vous qu’il est préférable que tout soit prêt avant Chabbat (« Or'hot Chabbat », au même endroit).

Selon le 'Hazon Ich, le « blekh » doit avoir une certaine hauteur.

Il n’est PAS obligatoire de couvrir les boutons de réglage du gaz, car on pose les plats sur un feu couvert, mais il est préférable de les couvrir eux aussi (au même endroit, note 14)

Il vaut mieux ne pas augmenter le feu après avoir posé le « blekh », car cela va à l’encontre de son principe même (bien que le feu ne soit pas modifié, le simple fait de laisser les plats sur un feu couvert témoigne déjà de notre acceptation du fait qu’il est impossible de l’augmenter pendant Chabbat) (au même endroit, note 15).

Il est interdit de poser un plat sur un brûleur à gaz réglé au maximum, car aucun geste ne manifeste notre acceptation de l’impossibilité d’augmenter le feu. Bien qu’il soit impossible de l’augmenter, cette impossibilité n’est pas liée au blekh, au « recouvrement de cendres », mais uniquement au fait que le brûleur est déjà réglé au maximum.

On peut couvrir le feu d’un « blekh » même pendant Chabbat et remettre les plats sur le feu en respectant toutes les règles, à condition que le métal ne chauffe pas au point de commencer à rougir.

Il est interdit d’utiliser une feuille de papier aluminium comme « blekh ».

Chabbat chalom !