Nechama Cheli

Les lois de Chabbat - Réchauffer les aliments pendant Chabbat

Cet article est dédié à la mémoire du rav Yéhochoua Eitan, qui nous a quittés prématurément le 6 nissan de cette année. Que sa mémoire soit bénie ! Le thème de notre article d’aujourd’hui concerne chaque famille, pratiquement à chaque Chabbat. Comment bien réchauffer les aliments pendant Chabbat en tenant compte de toutes les subtilités de la loi ? Ainsi, en prem…

Rav Mendel Agranovitch

Les lois de Chabbat - Réchauffer les aliments pendant Chabbat

Cet article est dédié à la mémoire du rav Yéhochoua Eitan, qui nous a quittés prématurément le 6 nissan de cette année. Que sa mémoire soit bénie !

Le thème de notre article d’aujourd’hui concerne chaque famille, pratiquement à chaque Chabbat.

Comment bien réchauffer les aliments pendant Chabbat en tenant compte de toutes les subtilités de la loi ?

Avant tout, précisons ceci : on ne peut réchauffer que des aliments « secs » entièrement cuits avant Chabbat. Si les aliments ne sont pas entièrement cuits, ou s’ils sont liquides et ont refroidi au point que les gens ne les perçoivent plus comme tièdes, il n’existe aucun moyen de les réchauffer pendant Chabbat. Il s’agit de l’interdiction de cuire énoncée par la Torah.

Une fois cette condition remplie, ajoutons ceci : même lorsque l’interdiction de cuire énoncée par la Torah ne s’applique plus, il reste l’interdiction des Sages de placer les aliments sur le feu pendant Chabbat, qu’il soit découvert ou couvert, lorsque ces aliments n’étaient pas sur le feu avant Chabbat. Cette interdiction découle de celle de remettre sur le feu des aliments qui en ont été retirés pour être posés « par terre » : ils étaient sur le feu depuis vendredi, puis ont été retirés sans intention de les y remettre et posés sur le sol. Comme nous l’avons déjà écrit, on ne peut pas les remettre sur le feu. À plus forte raison, c’est interdit pour une casserole qui n’était pas du tout sur le feu avant Chabbat. Nous appellerons cette interdiction celle de la « nouvelle mise sur le feu » pendant Chabbat. Cette appellation indique que l’on peut remettre les aliments sur le feu si toutes les conditions que nous avons énumérées précédemment sont remplies, mais que l’on ne peut pas procéder à une nouvelle mise sur le feu, même si les aliments sont cuits et même s’ils sont chauds. Adoptons cette expression comme terme.

Le Rachba explique la raison de cette interdiction : cette action ressemble à de la cuisson. Autrement dit, chaque fois que quelqu’un sort des aliments du réfrigérateur et les pose sur le feu, même couvert, pendant Chabbat, cela est perçu comme de la cuisson. Les Sages l’ont donc interdit, de crainte qu’une autre fois la personne ne fasse cuire quelque chose et ne transgresse l’interdiction de la Torah. Il est très facile de s’y tromper : après tout, quelle est la différence entre sortir du réfrigérateur des aliments froids pour les réchauffer et poursuivre leur cuisson pendant cinq minutes pour qu’ils soient entièrement cuits ? Dans les deux cas, la personne se dit : « Cinq minutes, et tout est prêt ! » Les Sages ont donc décrété qu’il est interdit de réchauffer les aliments pendant Chabbat de la manière habituelle.

Comment peut-on donc réchauffer les aliments pendant Chabbat ? Faut-il vraiment tout laisser sur le feu avant Chabbat ? Et s’il s’agit d’une tendre escalope panée, d’un gratin ou d’une purée de pommes de terre ? On ne pourra tout de même plus les manger après 14 heures sur le feu ? Du calme, mes amis ! Patience ! Il existe presque toujours des solutions. Voyons cela dans l’ordre.

Le même Rachba attire notre attention sur ce qui est écrit dans le Talmud : « On peut réchauffer en face du feu. » Ainsi, on ne peut pas placer des aliments sur le feu pendant Chabbat, mais on peut les placer en face du feu. Quelle est donc la différence ? C’est très simple. Poser sur le feu est un mode habituel de cuisson ; poser en face du feu ne l’est pas. Autrement dit, les Sages ont interdit de chauffer par des procédés qui ressemblent à la cuisson des jours ordinaires, mais ils n’ont pas interdit d’exposer la matière à la chaleur. Chauffer ? Bien sûr. Poser sur le feu ? Non, en aucun cas.

Pour l’exemple du Rachba, nous savons clairement ceci : sur le feu, c’est interdit ; sur le côté, à une certaine distance, c’est permis. C’est ce qu’écrit le Roch (Rabbénou Acher) à propos de ce même passage du Talmud, dans le traité Chabbat (40b). Mais comment faire dans notre situation ? Nous disposons soit d’une plata, soit d’un blekh : comment distinguer ce qui est « en face du feu » de ce qui est « sur le feu » ? Admettons que nous sachions ce que signifie « sur le feu », mais qu’est-ce qu’« en face du feu » ?

Il est intéressant de constater que nous trouvons déjà dans le Choul’han Aroukh deux lois directement liées à notre question. Première loi : on peut placer sur le dessus d’une casserole pleine un petit chausson à la viande déjà cuit et froid pour le réchauffer (253,5). La source de cette loi est l’avis du Rachba. Elle se justifie par le caractère inhabituel de ce mode de réchauffage, qui ne ressemble pas à de la cuisson et ne tombe pas sous l’interdiction des Sages (le Gaon de Vilna et le « Michna Beroura », au même endroit, dans leurs commentaires de ce passage du Choul’han Aroukh). Ainsi, il n’est pas nécessaire que les aliments soient placés à l’écart du feu.  Même s’ils sont au-dessus du feu, dès lors qu’une casserole de tchoulent s’interpose entre le feu et le chausson, on peut considérer que le chausson se réchauffe « en face du feu », et non sur le feu.

Nous avons déjà décrit en détail le second exemple dans l’article consacré au blekh. Nous y citions les paroles du Choul’han Aroukh au point 3, dont la source est un passage des « Hagaot Mordekhaï » : « Celui qui, en se levant le matin, s’aperçoit que son tchoulent commence à brûler peut prendre une casserole vide et déplacer sa casserole du feu sur celle-ci (la casserole vide). » Autrement dit, on peut prendre une casserole, la retourner et poser la casserole de tchoulent dessus. Cependant, il ne faut pas poser le rôti par terre : il faut uniquement le garder en main, puis le remettre sur le feu couvert par la casserole vide. Ainsi, comme nous l’avons expliqué, il est possible de couvrir le feu directement pendant Chabbat, même si, avant Chabbat, nous ne l’avions pas recouvert de cendres et n’avions pas retiré les braises du four.

Le « Michna Beroura », en comparant ces deux lois, s’interroge : quelle est donc la différence ? Dans les deux cas, la manière de poser la casserole paraît semblable. Pourquoi, dans le cas du chausson, peut-on faire cela (le mettre à réchauffer) sans aucune condition autre que celles indiquées entre parenthèses (à condition que le chausson soit entièrement cuit et qu’il ne contienne pas de graisse susceptible de couler en grande quantité), alors que, dans le cas du tchoulent, cela n’est permis que si la casserole n’a pas été posée par terre ?

Notre maître, le Hafets Haïm, écrit qu’il a trouvé une belle explication à cette contradiction. Dans le cas du chausson posé sur la casserole de tchoulent, le chausson n’est, en principe, pas considéré comme étant sur le feu. En revanche, dans le cas de la casserole dont le contenu commence à brûler, nous la posons simplement sur un feu couvert pendant Chabbat ; nous devons donc respecter les conditions de remise sur le feu, c’est-à-dire ne pas la poser par terre, etc.

Cette explication a servi de base au Hazon Ich qui, après avoir cité les propos du Hafets Haïm, leur a ajouté une justification supplémentaire. Dans le paragraphe 37 de son livre, au point 9, il écrit : « En réalité, lorsque la casserole du dessous est pleine (de nourriture), elle absorbe toute la chaleur du four, et c’est elle qui réchauffe ensuite le chausson ; tandis que, lorsque la séparation est assurée par une casserole vide, la chaleur monte vers le haut. »

Il ressort des propos du « Michna Beroura » et du Hazon Ich que la différence essentielle entre ces deux cas est qu’au point 5 du Choul’han Aroukh (concernant le chausson), il est question d’une casserole pleine, alors qu’au point 3 (concernant les aliments qui commencent à brûler), il s’agit d’une casserole vide. Sur cette base, on peut donc réchauffer sur le couvercle d’une casserole pleine, mais pas au-dessus d’une casserole vide posée sur le feu. C’est précisément ce qu’ont écrit les auteurs d’« Or’hot Chabbat » et le rav Mena’hem Aryé Schlesinger dans son livre « Tavnit ha-Choul’han », en se référant au « Michna Beroura » et au Hazon Ich. Si les propos du Hazon Ich ne laissent aucun doute, l’avis du « Michna Beroura » peut toutefois être discuté. Le rav Chlomo Zalman Auerbach lui-même estimait que les propos du « Michna Beroura » interdisant de mettre des aliments à réchauffer sur une casserole vide retournée se limitaient au cas où le feu n’avait pas été couvert dès vendredi et où seule la casserole vide séparait les aliments du feu. En revanche, lorsque le feu est déjà couvert et que la casserole retournée sert à montrer le caractère inhabituel de cette façon de cuire, même notre maître, le Hafets Haïm, reconnaîtrait qu’on peut mettre à réchauffer au-dessus d’une casserole vide sans appliquer les conditions de remise sur le feu à ce que nous avons appelé une « nouvelle mise sur le feu ». Autrement dit, comme dans le cas du chausson.

Voici la logique de son raisonnement : ce qui compte n’est pas que la casserole soit vide ou pleine, mais sa fonction. Lorsque c’est elle qui couvre le feu, on ne peut y poser les aliments que si elle est pleine, car c’est seulement ainsi qu’il est évident qu’il ne s’agit pas d’un mode de cuisson, mais uniquement d’un moyen de réchauffer. Lorsque le feu est déjà couvert, l’ajout même d’une casserole retournée suffit à montrer qu’il ne s’agit pas de cuisson, car on ne cuisine effectivement pas sur le couvercle d’une casserole vide. Le Choul’han Aroukh, lui, parle du cas où la casserole joue le rôle d’un prototype de blekh, et c’est précisément ce cas que le « Michna Beroura » avait à l’esprit.

Quant à nous, nous pouvons seulement ajouter à cette controverse que la question elle-même, qui compare les deux cas, montre que la différence « vide » – « pleine » ne suffisait pas, bien qu’elle soit évidente dès la première lecture.

Conclusions pratiques

1. On ne peut mettre des aliments à réchauffer pendant Chabbat ni sur un blekh ni sur une plata s’ils n’étaient pas sur le feu le vendredi, ou s’ils ont été retirés du feu sans que les conditions de remise sur le feu soient respectées.

2. Si les aliments ont été placés sur une plata et ont chauffé, on peut les consommer. Il s’agit d’aliments secs déjà cuits ou d’aliments liquides encore chauds (sur la base de l’avis du rav Moché Feinstein, selon lequel la plata n’est pas un endroit destiné à la cuisson ; on ne peut s’appuyer sur cet avis qu’a posteriori, car de nombreux grands Sages de notre génération l’ont contesté, notamment le rav Auerbach, le rav Elyachiv, etc.).

3. On peut réchauffer les aliments décrits au point 2 sur le couvercle d’une bouilloire contenant de l’eau ou d’une casserole de tchoulent (« Or’hot Chabbat », point 64, chap. 2).

4. Dans de nombreux foyers, il est d’usage de réchauffer sur le blekh ou la plata lorsque les aliments sont placés au-dessus d’une assiette et d’une casserole vides et retournées. Le Hazon Ich interdit ce mode de réchauffage, mais celui qui adopte l’avis plus indulgent peut s’appuyer sur l’opinion faisant autorité du rav Auerbach.

Chabbat Chalom !