Nechama Cheli

Les lois du Chabbat - Comment remettre correctement une casserole sur le feu ?

Poursuivons l’explication des cinq conditions permettant de remettre les aliments sur le feu. Pour plus de commodité, énumérons-les à nouveau. Pour remettre les aliments sur le feu, il faut : 1. qu’ils soient entièrement cuits ; 2. que la personne qui les retire du feu ait, au moment de les retirer, l’intention de les y remettre ; 3. qu’elle ne lâche pas la casser…

Rav Mendel Agranovitch

Les lois du Chabbat - Comment remettre correctement une casserole sur le feu ?

Poursuivons l’explication des cinq conditions permettant de remettre les aliments sur le feu. Pour plus de commodité, énumérons-les à nouveau. Pour remettre les aliments sur le feu, il faut :

1. qu’ils soient entièrement cuits ;

2. que la personne qui les retire du feu ait, au moment de les retirer, l’intention de les y remettre ;

3. qu’elle ne lâche pas la casserole ;

4. qu’elle ne la pose ni sur la terre ni sur le plancher ;

5. que le feu soit recouvert de cendres ou couvert.

Il est évident que la première condition n’est rien d’autre que le respect élémentaire de l’interdiction de cuire le Chabbat : tant que les aliments ne sont pas entièrement cuits, les retirer du feu interrompt le processus de cuisson, et les y remettre le relance.

Nous l’avons déjà écrit dans nos articles sur l’interdiction de cuire : il est interdit d’achever la cuisson des aliments le Chabbat. Selon le Choul’han Aroukh et le « Michna Beroura », il s’agit d’une interdiction de la Torah (318, 4, et, au même endroit, le « Biour Halakha », explication de la loi rédigée par le 'Hafets 'Haïm).

Tout comme la première condition, la cinquième est claire et obligatoire : le feu doit être couvert, faute de quoi l’acte ressemble à une cuisson. De plus, la casserole retirée du feu a un peu refroidi, et la personne qui la remet peut souhaiter remuer les braises. Les avis du Rachba et de Rabbénou Tam sont déterminants pour nous sur cette question ; voir notre article précédent (« Michna Beroura », paragraphe 253, point 1, note 37, sources du « Michna Beroura », point 37).

Les trois autres conditions reposent sur une même idée : les Sages ont interdit de remettre la casserole sur le feu si son maintien sur le feu a été interrompu, mais l’ont permis si cette remise prolonge le maintien sur le feu commencé le vendredi. Ainsi, si nous l’avons retirée sans avoir l’intention de la remettre, si nous l’avons posée par terre, ou même sur une table mais en cessant de la tenir, on ne peut pas parler de poursuite du processus de cuisson. Il s’agit déjà d’un nouveau processus : placer sur le feu le Chabbat. Or les Sages l’ont interdit, car cela ressemble à une cuisson (ou, selon Rabbénou Tam, parce que, si l’on permet de remettre sur le feu après une interruption, même brève, on risque de remuer les braises).

Ainsi, les conditions n°1 et n°5 sont obligatoires et sans réserve.

Le « Michna Beroura » exprimait un doute au sujet de la condition n°4. Les auteurs d’« Or’hot Chabbat » précisent la conclusion à laquelle est parvenu le 'Hafets 'Haïm : il est interdit de remettre sur le feu une casserole posée par terre, même si on la tient encore en main et qu’on avait l’intention de la remettre au moment de la retirer.

Concernant les conditions n°2 et n°3, on peut dire que, si l’une d’elles a été oubliée mais que les deux autres ont été respectées, il est permis de remettre sur le feu, même si l’on n’avait pas pensé à le faire ou si l’on a lâché la casserole. Cette indulgence a posteriori s’explique par le fait que le « Michna Beroura » rapporte différents avis des richonim expliquant le passage du Talmud qui traite des conditions de remise sur le feu. A priori, nous tenons compte de tous les avis, mais a posteriori, il est permis de se montrer indulgent.

Pourquoi parlons-nous d’une casserole posée par terre ? Quel rapport avec le sol ? Il ne s’agit pas d’une cuisine moderne avec des surfaces de préparation (plan de travail — chaïch), mais du sol à côté du four appelé « kira ». À cette époque, poser par terre manifestait clairement la volonté de retirer définitivement les aliments du feu. Mais aujourd’hui, quel serait l’endroit dont on pourrait dire qu’une casserole qui y est posée a assurément été retirée du feu ? Les auteurs d’« Or’hot Chabbat » (2,42) ont d’abord écrit que le plan de travail de la cuisine est notre équivalent du sol. Mais a posteriori, ils ont admis qu’il n’est pas un emplacement exclusivement destiné aux casseroles retirées du feu, et qu’il est donc permis de remettre sur le feu une casserole posée sur ce plan de travail, à condition de respecter toutes les autres conditions.

De plus, il est permis de poser la casserole sur la table si elle n’y repose que partiellement, et non entièrement. Cela concerne le cas où l’on doit servir de la soupe à un enfant le soir du Chabbat, puis remettre la casserole sur le feu. Si une femme est seule à la maison, sans son mari ni ses enfants adultes, partis à la synagogue, comment peut-elle servir de la soupe à son enfant ? A priori, il faut tenir la casserole en main et ne la poser nulle part, même sur une table. Mais c’est impossible ! Vous avez préparé une assiette et une louche, puis posé la casserole de soupe de façon qu’une partie du fond repose sur la table et que l’autre soit suspendue dans le vide. Vous la tenez d’une main et, de l’autre, vous puisez la soupe et la versez dans l’assiette ; ensuite, vous essuyez le couvercle (si les gouttes qui s’y trouvent ont refroidi) et remettez la casserole sur le feu. Et vous avez fait tout cela seule, sans aide ! Il est toutefois plus facile de le faire à deux : l’un tient la casserole, l’autre sert la soupe, puis le premier remet la casserole sur le feu.

Ainsi, conclusions pratiques :

A priori, toutes les conditions doivent être respectées. Le meilleur moyen est de retirer la casserole à deux : l’un la tient et l’autre sert.

Si l’on a posé la casserole par terre, il est interdit de la remettre sur un blekh, mais il est permis de la remettre sur une plata (« Or’hot Chabbat », note 72, au nom du rav Auerbach).

A priori, il est interdit de poser la casserole sur un plan de travail ou un îlot (plan de travail situé au centre de la cuisine, et non contre un mur), mais a posteriori, il est permis de la remettre sur le feu depuis cet emplacement.

A priori, il est permis de faire reposer la casserole partiellement sur un plan de travail ou un îlot. Rav Chlomo Zalman Auerbach, rav Yossef Chalom Elyachiv et rav Nissim Karelitz  considéraient que le plan de travail n’est pas assimilable au sol.

Rav Elyachiv et ceux qui partagent son avis considéraient qu’il est permis de remettre sur le feu une casserole posée sur le chaïch. Rav Chmouel Wosner et rav Chmouel Auerbach estiment, quant à eux, qu’il faut se montrer rigoureux et ne pas la poser sur le chaïch, puisque l’on y pose les casseroles après les avoir retirées du feu. Mais, selon l’auteur de cet article, même rav Wosner conviendrait qu’en faisant ainsi reposer la casserole partiellement, on montre clairement que le maintien sur le feu commencé le vendredi n’a pas été interrompu.

Une chaise : il est permis de remettre sur le feu une casserole qui y a été posée. Ce n’est pas un emplacement destiné aux casseroles retirées du feu (« Or’hot Chabbat » 2,46).

Selon le 'Hazon Ich, si l’on a retiré une casserole du feu et l’a posée sur une chaise sans avoir l’intention de la remettre, puis que l’on a changé d’avis et jugé nécessaire de la remettre, cela est également permis. Et bien que, selon le 'Hazon Ich, une plata et un blekh ne constituent pas un feu couvert (voir notre article), il est possible que ces deux positions du 'Hazon Ich ne soient pas liées entre elles.