Nechama Cheli

Les lois du Chabbat - Introduction

Chers lecteurs ! L’un des aspects les plus importants et les plus complexes de l’étude de la Torah consiste à dégager la loi pratique du Talmud et des ouvrages ultérieurs qui le commentent. Quoi de plus simple, demanderez-vous ? Car, à première vue, tout est écrit, commenté, et la principale difficulté consiste à…

Rav Mendel Agranovitch

Les lois du Chabbat - Introduction

Chers lecteurs !

L’un des aspects les plus importants et les plus complexes de l’étude de la Torah consiste à dégager la loi pratique du Talmud et des ouvrages ultérieurs qui le commentent.

Quoi de plus simple, demanderez-vous ? Car, à première vue, tout est écrit, commenté, et la principale difficulté consiste à lire ce qui est écrit…

J’ai entendu ce genre de questions non seulement de personnes qui commencent à observer les mitsvot, mais aussi de personnes connaissant depuis longtemps les fondements du judaïsme.

Expliquons.

1) Tout d’abord, ne serait-ce que pour lire ce qui est écrit, il faut des années d’étude et de travail minutieux (par exemple, pour étudier tout le Talmud, il faut, pendant sept ans et quelques mois, étudier chaque jour un feuillet entier du Talmud, y compris à Yom Kippour, le neuf Av et lors des autres journées chargées de notre calendrier, comme les veilles de Pessa’h et de Soukkot, ce qui n’est pas du tout simple).

2) Parallèlement (et en partie ensuite), il faut étudier les œuvres des principaux commentateurs et codificateurs : Rachi, Tossafot, Rif, Rambam, Roch, Ran.

3) Il faut ensuite étudier le « Tour » et le « Beit Yossef », fondements de la halakha pratique : ces ouvrages contiennent toutes les lois déduites du Talmud et de ses commentaires.

4) Vient ensuite le « Choul’han Aroukh » (littéralement « table dressée »), une version abrégée du livre du rav Yossef Karo (son commentaire du « Tour »), qu’il a rédigée pour que les Juifs puissent réviser toute la Torah en un (!!!) mois.

5) Mais ce n’est pas encore tout. Il existe des commentaires du « Choul’han Aroukh » : le « Magen Avraham », le « Taz », le « Chakh », le Gaon de Vilna et le « Pri Megadim », et cette liste est loin d’être exhaustive !

6) Et surtout : il faut analyser tout ce qui est écrit dans ces livres saints (rédigés par des hommes de génie, entièrement absorbés par l’étude de la Torah), confronter ces textes entre eux, les comparer aux sources et prendre la bonne décision. Tout cela est vraiment très difficile. Au passage, nous avons déjà répondu à une question fréquemment posée : mais qu’étudiez-vous donc toute la journée dans les kollels et les yéchivot ? Mais c’est une tout autre histoire…

C’est pourquoi, à un certain moment de l’histoire juive, le besoin s’est fait sentir de disposer de codes de loi concis qui feraient la synthèse de plusieurs siècles de débats et permettraient au cocher, au cordonnier et au tailleur de savoir précisément comment agir dans une situation donnée. C’est ainsi que sont apparus les livres « 'Hayé Adam » et « Michna Beroura », écrits spécialement à cette fin.

Remarquons que le Tout-Puissant, béni soit-Il, a fait en sorte que ces ouvrages prennent une importance bien plus grande que ne l’avaient prévu leurs auteurs. Leurs œuvres, « Michna Beroura », « 'Hayé Adam » et « 'Hokhmat Adam », sont devenues, pour le judaïsme lituanien, la pierre angulaire des décisions halakhiques de tout rabbin, depuis une bourgade biélorusse jusqu’à New York et Jérusalem. Dans d’autres communautés, ce sont le « Aroukh HaChoul’han » et le « Choul’han Aroukh HaRav » qui se sont répandus. Aujourd’hui, dans presque toutes les communautés, il est d’usage d’étudier le code du 'Hafets 'Haïm, la « Michna Beroura ».

À des degrés divers, chacune des grandes œuvres citées plus haut a contribué à résoudre le problème que nous avons défini : fournir, à tout moment, un ouvrage de référence concis et riche d’informations sur une loi précise.

Le livre « 'Hazon Ich » occupe une place à part, par sa forme et non par son importance : il a été rédigé non comme un commentaire du « Choul’han Aroukh », mais comme les notes et conclusions personnelles de l’auteur sur les thèmes indiqués dans les titres.

L’un des sujets les plus importants de la halakha, tant par son importance que par la fréquence des situations exigeant des connaissances précises, est celui du Chabbat, qui comporte de nombreuses prescriptions et interdictions.

Le progrès technique et l’apparition des appareils électroménagers modernes, précédés par celle de l’électricité, ont rendu nécessaires une analyse approfondie et une compréhension de toutes les nuances des lois du Talmud et du « Choul’han Aroukh », afin de classer précisément toutes les innovations à la lumière de la halakha et de la réalité contemporaine. Cela exigeait une compréhension à la fois de la Torah et de la physique appliquée. Nos maîtres de la génération contemporaine, le rav Avraham Yechaya Karelitz (« 'Hazon Ich ») et le rav Chlomo Zalman Auerbach (« Méoré HaEch »), ont ouvert une nouvelle étape dans le développement de la halakha et l’ont poursuivie dans leur correspondance, en discutant de la nature de notions telles que le « courant électrique », la mise en marche et l’arrêt d’un circuit électrique et des appareils. (Avec l’aide de D.ieu, nous en parlerons plus en détail en abordant l’interdiction de « construire ».)

Il y a environ 50 ans est paru le livre du rav Yéhochoua Yechaya Neuwirth (le plus proche disciple du rav Chlomo Zalman Auerbach), « Chemirat Chabbat Kehilkhata », qui est devenu un ouvrage de référence dans presque chaque foyer juif. Les débats qu’il a suscités, ainsi que le kaléidoscope des opinions des grands maîtres des générations, ont fait naître le besoin de créer un autre ouvrage de référence, « Or’hot Chabbat », sur lequel nous souhaitons nous appuyer pour notre rubrique, « Les lois du Chabbat ».

[Outre les livres cités par l’auteur de cet article, les grands maîtres de notre peuple ont écrit de nombreux autres ouvrages consacrés aux lois du Chabbat. Il convient également de souligner la « place d’honneur » qu’occupe l’étude des lois du Chabbat dans presque tous les recueils de responsa. 

Selon l’auteur, les livres qu’il cite ont été les plus largement adoptés au sein de notre peuple et ont exercé la plus grande influence sur la diffusion de la connaissance des lois du Chabbat. Note de la rédaction.]

Après cette introduction, toute personne raisonnable comprend qu’il est impossible de prendre des décisions halakhiques de manière autonome en s’appuyant sur les courts articles de notre rubrique. Ils permettent seulement de se familiariser avec le sujet, de comprendre quand il faut consulter un rabbin compétent et de réfléchir à l’organisation de son quotidien de Chabbat de manière à éviter tous les « points délicats et écueils ».

Pour commencer l’étude des lois du Chabbat, revenons à la source : le Talmud dit que toutes les interdictions du Chabbat sont déduites de la construction du Temple transportable dans le désert, le Michkan. Moché Rabbénou transmet l’ordre du Tout-Puissant concernant cette construction, puis parle immédiatement de la nécessité d’observer Chabbat. Ce type de mention de deux sujets l’un à la suite de l’autre s’appelle « semikhout », et nos Sages ont admis que tous les travaux et actes essentiels à la construction du Temple (Michkan) sont précisément les « avot mélakhot » (catégories principales de travaux) interdits pendant Chabbat. Ailleurs, le Talmud affirme à son tour qu’il est évident que les activités dérivées de ces catégories de travaux sont également interdites. Sans entrer dans des explications approfondies, le sens en est que la construction du Michkan est semblable à la création du monde, et que l’interruption de cette construction pendant un jour (Chabbat) confirme l’idée que l’homme a reçu le commandement de ne rien « créer » de nouveau le septième jour, à l’image du Tout-Puissant.

Comme on le sait, on distingue au total 39 « avot mélakhot » (catégories de travaux). Nous commencerons par l’interdiction de cuire pendant Chabbat et les décrets des Sages qui l’entourent.

Peut-on poser sur un radiateur les vêtements mouillés de son fils qui a joué aux boules de neige ? Et émietter des croûtons dans la soupe ? Ou resservir de la soupe chaude à un invité dans la même assiette ? Peut-on ajouter de l’eau bouillante dans un biberon contenant du lait froid ? Et, plus généralement, comment préparer un verre de thé pendant Chabbat en respectant toutes les règles ?

Nous parlerons de tout cela et de bien d’autres choses dans notre rubrique. Nous vous y attendons !