Nechama Cheli

Les lois du Chabbat - La plata de Chabbat

La plata de Chabbat. Justification détaillée de son utilisation Chalom, chers lecteurs ! Dans l’article d’aujourd’hui, nous essaierons d’expliquer en détail l’interdiction de laisser des aliments sur le feu avant Chabbat. Nous parlerons plus tard, avec l’aide du Très-Haut, du fait de les remettre sur le feu. Nous avons donc déjà écrit que les Sages ont établi des restrictions…

Rav Mendel Agranovitch

Les lois du Chabbat - La plata de Chabbat

La plata de Chabbat. Justification détaillée de son utilisation

Chalom, chers lecteurs ! Dans l’article d’aujourd’hui, nous essaierons d’expliquer en détail l’interdiction de laisser des aliments sur le feu avant Chabbat. Quant au fait de les remettre sur le feu, nous en parlerons plus tard, avec l’aide du Très-Haut.

Nous avons donc déjà écrit que les Sages ont limité les différentes façons de laisser les aliments sur le feu pendant Chabbat en les y plaçant avant son entrée. Cela tient à la crainte de « remuer les braises », qui se présente chaque fois que la maîtresse de maison s’inquiète de l’état de son œuvre culinaire. Cette crainte disparaît lorsqu’un geste l’amène à se résigner et à cesser d’y penser. Un tel geste consiste à recouvrir le feu de cendre ou à retirer les braises du four. Mais si, une fois les braises entièrement retirées, on comprend pourquoi il n’y a plus à craindre que quelqu’un les remue, le fait de les recouvrir de cendre soulève une question légitime : pourquoi ne craint-on pas que la personne remue les braises même après les avoir recouvertes de cendre ?

Il existe deux réponses à cette question.

1. Tant que le feu est atténué par la cendre, la personne dispose d’un rappel du fait qu’aujourd’hui, c’est Chabbat, et que c’est pour cette raison que le feu a été réduit ; elle ne remuera donc pas les braises. Autrement dit, suivant cette logique, il n’est pas nécessaire de recouvrir le feu de cendre : on peut simplement accrocher une pancarte « Attention, du feu pendant Chabbat ! » C’est précisément cette justification de la loi que nous trouvons dans les écrits de nombreux richonim, comme le Ran, etc.

2. Mais dans les écrits des auteurs des Tossefot, nous voyons que, même si le feu s’est ravivé jusqu’à retrouver son intensité d’avant le recouvrement de cendre, on peut malgré tout y placer les aliments avant Chabbat, et il n’est pas nécessaire de les retirer pendant Chabbat. De même, nous ne trouvons aucune mention indiquant qu’une pancarte portant l’inscription citée plus haut suffirait. Pourquoi en est-il ainsi ? Quelle est la logique de cette règle et de l’avis des auteurs des Tossefot ? Nous avons déjà donné l’explication plus haut. C’est ce qu’écrivait le « Maguen Avraham » : après avoir recouvert le feu de cendre, la personne se résigne au sort de ses aliments et accepte intérieurement qu’elle ne puisse plus influer sur leur état pendant Chabbat. Cela se produit précisément parce qu’elle accomplit un geste qui exclut la possibilité d’augmenter le feu. Une pancarte ne sera ici d’aucune aide !

Ce n’est pas un panneau « sens interdit », indiquant que le passage est interdit ; c’est un geste lié à la cuisson, une décision prise consciemment par la personne elle-même, après laquelle il n’y a plus lieu de craindre qu’elle remue les braises.

Cette affirmation entraîne plusieurs conséquences :

1. Une pancarte « Aujourd’hui, c’est Chabbat ! » ne suffit pas, et il faut, à tout le moins, consulter en plus un rabbin.

2. Il n’est pas nécessaire de retirer les aliments du feu si celui-ci s’est ravivé après avoir été recouvert de cendre.

3. On peut, a priori, placer des aliments sur un feu atténué si on les retire d’un feu plus fort. Cela nous amène à la notion de « plata de Chabbat », puisqu’elle constitue, elle aussi, un feu atténué par rapport au gaz. C’est précisément ainsi que le rav Chlomo Zalman Auerbach expliquait pourquoi l’usage est de placer les aliments sur une plata de Chabbat sans aucune condition supplémentaire. Pour étayer sa position, il citait l’avis du Rachba, qui expliquait la règle du Talmud selon laquelle on peut placer sur des braises couvantes des aliments qui nécessitent un feu recouvert de cendre. Pourquoi ? Le Rachba expliquait que placer les aliments sur des braises couvantes est le comportement d’une personne qui ne s’inquiète pas du sort de son rôti. Nos Sages ne craignaient donc pas qu’elle remue ensuite les braises (« Chemirat Chabbat Kehilkhata », chapitre 1, paragraphe 25, note 71).

En parlant de la plata, on ne peut manquer de mentionner qu’il est impossible d’en augmenter le feu. Cet argument était lui aussi déterminant pour le rav Auerbach. De quoi est-il donc question ? Pourquoi serait-elle concernée par le décret des Sages, dont le but est de protéger la personne du risque de remuer les braises et d’augmenter le feu ? Pourquoi le rav Chlomo Zalman a-t-il besoin de démontrer quoi que ce soit ? Pourquoi ne peut-on pas considérer d’emblée que la plata n’entre pas dans le champ de ce décret ? (Il faut noter que notre maître, le rav Yossef Chalom Elyachiv, estimait qu’il fallait couvrir la plata d’une feuille d’aluminium afin que le feu soit considéré comme « couvert » !) Plus encore, nous voyons que les Sages ont très clairement délimité le champ du décret, en autorisant, par exemple, à placer les aliments sur un feu de foin et de paille, qui ne produisent pas de braises mais se consument en poussière et en cendre, et en interdisant de les placer sur un feu de bois et de grignons d’olives, que l’on peut remuer et attiser ! Le rav Chlomo Zalman affirmait également qu’on n’avait pas l’habitude de cuisiner sur la plata en semaine, puisqu’elle était destinée uniquement à maintenir les aliments au chaud.

Pourquoi le rav Elyachiv estimait-il donc qu’il fallait également couvrir la plata ? Le rav Chlomo Zalman ne conteste son avis qu’en s’appuyant sur celui du Rachba ; cela signifie que la plata présente, elle aussi, un élément nécessitant des explications supplémentaires pour être considérée comme un feu couvert ! La réponse à cette question demande un peu de patience.

Ainsi, si l’on parle du principe du décret interdisant de laisser des aliments sur le feu avant Chabbat par crainte que l’on remue les braises, pourquoi s’applique-t-il à nous, à notre époque ? Nous n’avons pourtant pas l’habitude de cuisiner sur des braises, de remuer les braises, etc. Mais il faut ici aborder la question des dispositions des Sages en général et dans ce cas particulier.

Dans ce cas particulier (le comportement d’une personne pendant la cuisson), nous avons, nous aussi, une façon habituelle de nous comporter qui ressemble à celle du temps des Sages : on s’approche de la casserole posée sur la cuisinière, on soulève le couvercle, et la main se dirige d’elle-même vers le bouton du brûleur à gaz, pour réagir immédiatement à ce que l’on découvrira sous le couvercle. Mais si nous utilisons une plata ou une plaque métallique, nous comprenons clairement : « Chabbat » !

Certains pourront objecter que nous avons déjà écrit qu’un panneau « Attention, Chabbat » n’est pas nécessaire pendant Chabbat. Nous répondrons que, dans notre situation, la plata et le blekh sont en quelque sorte des « panneaux d’interdiction », bien qu’il n’y ait aucune nécessité halakhique à cela, alors qu’il n’est pas certain qu’une autre pancarte soit utile ; c’est à ce propos que s’applique notre explication. Mais pour nous aussi, le décret reste pertinent, en raison de nos habitudes de comportement. De plus, il se peut qu’il ne nous suffise pas de couvrir simplement le feu d’une plaque : nous devons couvrir les boutons des brûleurs !

Quoi qu’il en soit, le décret des Sages a pris la forme d’une loi formulée ainsi : tout feu découvert, même faible, mais constant, exige un geste destiné à supprimer le désir de l’augmenter. Il en résulte donc que : on ne peut placer des aliments sur aucun feu constant, y compris électrique, mais on peut les placer sur un feu qui se consumera bientôt en cendre ! Si l’on considère la constance et la puissance du feu, notre plata entre dans le champ de ce décret. Telle est la justification de l’avis du rav Elyachiv et la raison pour laquelle le rav Chlomo Zalman Auerbach a besoin d’arguments supplémentaires.

Cela concerne le cas particulier. Revenons aussi à la question générale : dans quelle mesure les décrets des Sages restent-ils pertinents lorsque leurs raisons appartiennent au passé ? À ce sujet, le Gaon de Vilna écrivait que les lois des Sages restent en vigueur même lorsque les raisons de ces décrets n’existent plus, car les Sages, de mémoire bénie, ne nous ont pas révélé toutes les raisons de leurs décrets, mais seulement une partie d’entre elles, accessible à un niveau simple de compréhension, et ont laissé cachées les autres raisons secrètes. Soulignons que, dans notre cas, l’explication du Gaon n’est pas nécessaire ; nous l’avons citée uniquement à titre de culture générale.

Conclusions pratiques :

1. L’usage est d’adopter l’avis indulgent et de placer sur la plata de Chabbat des aliments quel que soit leur degré de cuisson. Rares sont ceux qui ont l’habitude de suivre, du point de vue halakhique, l’avis plus rigoureux du rav Elyachiv (outre le rav Chlomo Zalman, de nombreux décisionnaires parmi les plus éminents partageaient l’avis indulgent : le rav Moché Feinstein, l’un des dirigeants de la génération précédente, et le rav Chmouel Halévi Wosner, l’un des dirigeants vivants de notre génération, que le Très-Haut prolonge ses années). Cet usage s’est ainsi répandu dans le peuple, et la coutume est un signe que le Très-Haut, Lui aussi, considère l’avis indulgent comme l’avis principal (c’est, bien entendu, un sujet pour un autre long article !)

2. Pour des raisons pratiques, la plata restera propre si on la recouvre d’une feuille d’aluminium pour éviter que de la nourriture ne se renverse dessus pendant Chabbat. À l’issue de Chabbat, on peut retirer l’aluminium. C’est d’autant plus pertinent que cela permet, par respect pour la Torah du dirigeant de la génération, de se conformer à son avis sans grande difficulté. Cette recommandation n’est pas obligatoire, mais nous pouvons observer ce genre de pratique chez nos maîtres.

3. Avant de placer sur la plata des aliments qui ne sont pas complètement cuits avant Chabbat, essayez de le faire un jour autre que Chabbat, afin de savoir si sa puissance suffit à achever leur cuisson. Souvenez-vous qu’il faut, a priori, s’efforcer de faire en sorte que tout soit prêt avant Chabbat !

4. Pour augmenter la température dans la casserole, on a l’habitude de poser une serviette sur le couvercle, mais seulement sur le dessus, sans en couvrir tous les côtés, afin de ne pas transgresser l’interdiction d’« envelopper » (uniquement pour les Juifs ashkénazes, et pas selon l’avis du ‘Hazon Ich).

Chabbat Chalom !