Rabbanite Hava Kouperman
Poursuivons l'étude des noms des chefs des tribus et des indications qu'ils renferment sur la vocation de chaque tribu :
La tribu de Gad
Son chef : Éliassaf, fils de Déouël. En hébreu, Éliassaf signifie : « Le Très-Haut a ajouté ». Les représentants de la tribu de Gad ont demandé un territoire de l'autre côté du Jourdain, qui n'était initialement pas inclus dans la Terre promise. Ce territoire s'est « ajouté » à Erets Israël. (Fait intéressant, le Très-Haut avait aussi promis ces terres à Abraham, c'est-à-dire le territoire de 10 peuples, alors qu'à Moïse, Il n'avait promis que les terres de 7 peuples. Selon Son alliance, nous recevrons la totalité à la venue du Machia'h).
Lorsqu'elle relate la demande concernant la rive orientale du Jourdain, la Torah emploie curieusement le singulier : « Et dit Gad et Réouven… » Non pas « dirent », mais « dit ». Gad est mentionné en premier. C'est donc lui qui a pris l'initiative de cette demande, celui grâce à qui le Très-Haut a « ajouté ».
Le père d'Éliassaf est Déouël, dont le nom signifie « connaissez le Très-Haut ».
Dans le livre de Yéhochoua (chapitre 22), on raconte comment les tribus de Gad et de Réouven ont construit un autel reproduisant exactement la forme de celui qui avait été érigé à Chilo. Très vite, les autres tribus, qui s'étaient établies à l'ouest du Jourdain, ont envoyé une délégation pour demander des explications : qu'est-ce que cela signifie ?! Il y a pourtant un autel à Chilo ! Le Très-Haut interdit de construire des autels ailleurs, et cela est considéré comme de l'idolâtrie. « Oui ! leur ont répondu les tribus de Gad et de Réouven, cet autel a la même forme que celui de Chilo, mais il n'a pas été construit pour offrir des sacrifices, seulement pour témoigner que nous aussi, nous faisons partie du peuple juif. Avec le temps, vos enfants diront aux nôtres qu'ils ne sont même pas juifs. Il sera alors la preuve qu'ils sont bel et bien juifs (qu'ils connaissent le Très-Haut) ! » Le nom Déouël peut aussi se traduire par « connaissance du Très-Haut ».
Il est intéressant de constater qu'à un endroit des Écritures, le nom Déouël est écrit Réouël.
En effet, les lettres « rech » et « dalet » se ressemblent beaucoup. Elles se distinguent par le fait que le rech possède à l'arrière une petite « queue », tandis que le « dalet » n'en a pas. Il est facile de les confondre. Or, cette confusion peut avoir des conséquences inadmissibles et altérer le sens. Voilà pourquoi, à certains endroits importants (là où il ne faut en aucun cas les confondre), la Torah met ces lettres en évidence en les écrivant en grand.
C'est ce que fait la Torah dans le livre de Devarim (6,4) : « Chema, Israël, Hachem est notre D.ieu, Hachem est un (é'haD) ». Le mot é'had signifie « un », mais si, D.ieu nous en préserve, on confondait le dalet avec le rech, on obtiendrait a'her, qui signifie « autre ». Le mot « autre » a généralement une connotation négative, car il symbolise ce qui se trouve de « l'autre côté » (en fait, « l'autre » est le symbole des forces obscures, et comme nous essayons de ne pas prononcer le mal à voix haute, nous disons : « une autre force »).
/On sait que, pour les quatre grands sages qui sont entrés dans le Pardès — une immersion extrêmement profonde dans l'étude de la Torah —, à savoir rabbi Akiva, rabbi Chimon ben Azaï, rabbi Chimon ben Zoma et Élicha ben Avouya, cette expérience n'a pas été sans conséquences. Rabbi Akiva est entré et ressorti en paix ; les deux rabbis Chimon sont morts assez rapidement, tandis qu'Élicha ben Avouya, dit-on, en est ressorti autre, a'her. C'est ainsi qu'on le nomme : « l'autre »/.
Le fait que la tribu de Gad ait voulu une terre de l’autre côté du Jourdain aurait pu déboucher sur quelque chose de très bon (la diffusion de l’unité du Tout-Puissant dans le monde), mais aussi sur quelque chose de tout autre (la tribu reste de l’autre côté, coupée des enfants d’Israël).
La tribu d’Éphraïm, fils de Yossef
Le chef : Élichama ben Amihoud.
Élichama signifie « Il M’a écouté ». Cela signifie que Yossef écoutait D-ieu et n’obéissait qu’à Lui, et non à la maîtresse de maison. Amihoud signifie « Avec Moi est la splendeur ».
C’est-à-dire avec le Tout-Puissant, et non avec les méchants (Midrach Tan‘houma). Le Or Ha‘Haïm dit que l’épreuve de la séduction a commencé pour Yossef dès son arrivée en Égypte et s’est répétée à de nombreuses reprises. Les Égyptiens et les Égyptiennes multipliaient les tentatives pour le détourner du droit chemin. L’épreuve de la maîtresse de maison qui cherchait à le séduire s’est révélée la plus difficile. On trouve à différents endroits des allusions à d’autres situations semblables. Par exemple, lorsque Yaakov bénit Yossef, il dit : « Les jeunes filles marchaient sur les murs ». Yaakov sait que, lorsque les Ismaélites faisaient entrer Yossef en Égypte, tous, à la vue de sa beauté, lui lançaient de petits objets pour attirer son attention.
La tribu de Ménaché, fils de Yossef
Le chef : Gamliël, fils de Pedatsour.
Le nom Gamliël se compose de deux parties et signifie « Le Tout-Puissant m’a comblé de bienfaits ». Le nom Pedatsour signifie « a racheté ». Ici, le Tout-Puissant est appelé le Rocher, ce qui contient une certaine allusion : c’est précisément D-ieu qui a donné à Yossef la force de ne pas pécher, de tenir bon comme un rocher. Puis, lorsque Yossef, calomnié, a été jeté en prison, le Tout-Puissant lui a accordé une récompense : la libération, la richesse et la fonction de gouverneur de l’Égypte. On dirait que Yossef a gagné sa délivrance.
En réalité, tout cela relève de la grâce du Créateur !
Un Midrach révèle le secret de la fermeté de Yossef. Regardez : comment est décrit le cadre dans lequel se déroule ce drame ? Il est dit : « Il n’y avait dans la maison aucun des gens de la maison, seulement Yossef et la maîtresse de maison ». Mais pourquoi ne pas dire plus simplement : « Il n’y avait personne dans la maison » ? Pourquoi compliquer la phrase ? La tradition dit qu’aucun des gens de la maison n’était effectivement présent, mais que cela ne concernait pas celui qui n’habitait pas cette maison. D-ieu a fait apparaître l’image de Yaakov à la fenêtre, sous les yeux de Yossef, pour l’aider à se retenir de pécher.
La tribu de Binyamin
Le chef : Avidan, fils de Guidoni.
« Avi dan » signifie « Père du Jugement ». Le père d’Avidan se nomme Guidoni, « retranchement ». Avidan est donc, entre autres, le fils du Retranchement.
Ce qui marque en premier lieu et de la manière la plus manifeste la tribu de Binyamin, c’est le Jugement. À la fin du livre des Juges, presque toute la tribu est exterminée (ce qui correspond également à la notion de retranchement).
Ce nom contient aussi une allusion au premier roi juif, Chaoul (issu de la tribu de Binyamin), qui devait retrancher entièrement (exterminer) Amalek, mais qui n’est pas allé jusqu’au bout et en a payé le prix : le Tout-Puissant l’a jugé et privé de la royauté (l’a coupé, retranché du trône). Le Jugement par lequel le Tout-Puissant a jugé Chaoul est d’autant plus terrible que le rôle et la mission du roi sont d’être le père de la nation. La descendance du roi Chaoul a été presque entièrement exterminée.
Mordekhaï et Esther sont d’éminents représentants de la tribu de Binyamin. Eux aussi ont combattu Amalek et déployé toutes leurs forces pour l’exterminer. Mordekhaï et Esther n’ont pas non plus de descendance.
La tribu d’Acher
Le chef : Paguiël, fils d’Okhran.
Le nom Paguiël se divise en deux mots qui signifient « Le Tout-Puissant a touché ». Les enfants d’Acher ont reçu une bénédiction particulière : l’abondance (nous en avons parlé en détail plus haut).
La tribu de Dan
Le chef : Ahiézer, fils d’Amichaddaï.Ahiézer signifie « Mon frère est une aide ». Dan est le premier-né d’une épouse de second rang de Yaakov, d’où sa mission d’aider. Oholiav, fils d’Amichaddaï, accomplit cette mission de la meilleure manière lorsqu’il travaille aux côtés de Betsalel (« un homme de la tribu de Yéhouda », comme le dit la Torah à son sujet), qui construit le Michkan. Le nom Oholiav signifie « père de la tente », et le nom Amichaddaï, « frère qui soutient ».
La mission d’aider les autres incombe toujours à la tribu de Dan, quelle que soit l’époque de l’histoire. Le temps passera, et Chimchon naîtra dans cette tribu. Aider le peuple juif deviendra la tâche principale de sa vie. Il aidera, donnera, sans jamais rien recevoir en retour, pas même du soutien.
La tribu de Naftali
Le chef : Ahira, fils d’Einan.
Ahi signifie « mon frère », ra, « mal ».
Cela signifie que « chez mon frère, tout va moins bien que chez moi », autrement dit, une absence totale d’envie. Hélas, on rencontre bien plus souvent des personnes qui doivent surmonter leur tendance à voir les choses autrement : « Tout ce que possède l’autre est mieux… » (Une envie ordinaire, voire banale). Mais pour Naftali, c’est impossible : « Tout ce que possèdent les autres est toujours moins bien que ce que j’ai ! »
Einan (de la racine ayin, « œil »). Son œil était pleinement rassasié de ce qu’il voyait chez lui et ne convoitait jamais ce qui appartenait aux autres.