Nechama Cheli

Les recommandations de Chmouel - L’Orient et l’Occident, deux directions dans la vie

Poursuivons donc l’explication des recommandations de Chmouel. Rappelons que les personnes mentionnées dans les versets se répartissent en trois groupes, comme l’indique le tableau : N° De quelles personnes s’agit-il, combien sont-elles et qu’est-ce qui les caractérise L’endroit où se trouvent ces personnes Leur attitude envers Chaoul 1. Deux personnes Près de la tombe de Ra’hel Parleront à Chaoul des…

Rabbanite Hava Kouperman

Les recommandations de Chmouel - L’Orient et l’Occident, deux directions dans la vie
 

Poursuivons donc l’explication des recommandations de Chmouel. Rappelons que les personnes mentionnées dans les versets se répartissent en trois groupes, comme l’indique le tableau :

№ De quelles personnes s’agit-il, combien sont-elles et qu’est-ce qui les caractérise L’endroit où se trouvent ces personnes Leur attitude envers Chaoul
1. Deux personnes Près de la tombe de Ra’hel Parleront à Chaoul des ânesses
2. Trois personnes La première porte trois agneaux. La deuxième — trois hallot. La troisième — un récipient de vin. Ils se dirigent tous vers la Maison de D-ieu     Donne deux hallot à Chaoul
3. Un groupe de prophètes La colline du Très-Haut Chaoul doit se joindre à eux et prophétiser lui aussi
Dans la première ligne du tableau ci-dessus, les deux personnes symbolisent le niveau fondamental de notre peuple, ces deux natures opposées qui existent en chacun de nous.

Il s’agit, au fond, de deux types d’inclinations, ou de plaisirs privilégiés.

Le premier type est la recherche de la satiété : une fois rassasié, l’être humain reste satisfait pendant un certain temps. Il s’agit de plaisirs d’ordre physique : la nourriture, le sommeil, les sucreries, l’alcool, etc. Le second type est le désir de ce dont on ne peut jamais être pleinement satisfait : l’argent, le pouvoir, les honneurs… On peut faire un bon ou un mauvais usage de ces deux types d’aspirations. Si l’on ne connaît pas les limites, l’un comme l’autre porte un signe « moins ».

Le credo du premier type d’aspirations : que tout aille bien maintenant ; ensuite, tout ira inévitablement mal.

(Par exemple, j’aime le chocolat. Quel immense plaisir de savourer son goût si particulier ! Je veux avoir le plus de chocolat possible ! Une tablette entière ! Non, deux ! Ou, mieux encore, un kilogramme de chocolat ! …Mais oui, je sais qu’après avoir mangé ce kilogramme de chocolat… je me sentirai mal. Pendant une semaine, peut-être même un mois, je ne pourrai plus le regarder… Mais pour l’instant, je me sens bien !). C’est le domaine des passions. Ici, lorsqu’il n’y a pas de mesure, on se sent toujours bien sur le moment, puis forcément mal ensuite.

Le credo du second type : maintenant, tout va mal, mais ensuite, tout ira bien.

Pour l’instant, il faut beaucoup travailler, ne pas dormir, ne pas voir sa famille, ne pas se reposer. Mais on a la certitude qu’ensuite, tout sera merveilleux  — tel est le domaine du pouvoir, de l’argent et des honneurs… (Ici, on travaille dur pour l’avenir, on vit exclusivement pour le lendemain ; tandis que les adeptes du premier type vivent exclusivement pour aujourd’hui : maintenant, j’ai tout, et après — je m’en fiche !).

Ces deux types symbolisent aussi l’Orient et l’Occident.

L’Orient — les plaisirs, la détente, un rythme tranquille, le désir de vivre au jour le jour ; et l’Occident — là, tout le monde court, gagne de l’argent, recherche la gloire, les honneurs, etc.

À présent, ces deux personnes se trouvent auprès de la tombe de Ra’hel : elles enterrent leurs âmes. (Ra’hel est le symbole de l’âme).

Le groupe figurant à la ligne suivante est constitué de ceux qui se dirigent vers la maison du Très-Haut. Ils n’y sont pas encore, mais ils aspirent à y parvenir.

Le premier d’entre eux ne veut rien de matériel. Il porte des agneaux destinés à être offerts en sacrifice ; il aspire à donner au Très-Haut tout ce qu’il possède.

Le deuxième se dirige lui aussi vers la Maison du Très-Haut, mais il comprend que chacun a besoin de pain : le pain représente ce minimum sans lequel il est impossible de vivre. Ce type de personnes symbolise la partie du peuple juif qui sera le principal soutien de Chaoul. Les deux pains représentent les 2000 personnes qui le suivront.

Le troisième type, dans cette même ligne, représente ceux qui se dirigent vers la maison du Très-Haut en emportant une outre de vin. Les personnes de ce type veulent toujours tirer du plaisir de tout. Elles ne donneront rien à Chaoul.

Enfin, il y a le dernier groupe, dans la dernière ligne : ceux qui se trouvent déjà sur la colline de D-ieu ont atteint leur but. Chaoul doit se joindre à eux et être comme eux.

Il est dit que, dans le dernier groupe, il y aura des prophètes accompagnés d’instruments de musique. On considère que les portes de la musique et celles de la prophétie sont les portes les plus proches l’une de l’autre.

À plusieurs endroits du Tanakh, nous rencontrons des prophètes et, à leurs côtés, des instruments de musique. Sans doute parce que la musique met de bonne humeur et qu’il est impossible de recevoir la prophétie lorsqu’on est de mauvaise humeur. Ainsi, dans le deuxième livre des Rois, au chapitre 3, versets 4-15, est relaté un épisode historique où, après un incident extrêmement désagréable, le prophète Élicha ne parvient pas à prophétiser ;  il demande qu’on lui amène un musicien. On lui amène le musicien. Le don de prophétie lui revient.

Quelques petits compléments.

La colline du Très-Haut est la colline où se trouve l’arche de l’Alliance.

Les deux personnes que Chaoul rencontrera en premier ne seront plus, au moment de leur rencontre, auprès de la tombe de Ra’hel, mais à Tseltsa’h. Que nous dit le nom de cet endroit ? Il existe de nombreux commentaires à ce sujet. Rachi indique qu’il est ici question de Jérusalem. Pourquoi ? Parce que tsel signifie « ombre », et tsa’h, « lumineux » ou « clair ». Le lumineux et le clair, c’est le Très-Haut. (Par exemple, dans le Cantique des cantiques, le même mot est employé dans le verset : « Mon bien-aimé est lumineux et vermeil » — chapitre 5, verset 10). Il s’agit de l’emplacement du Temple, car Jérusalem est le lieu où se trouve l’ombre du Très-Haut.

Tout ce qui a été énuméré est destiné à Chaoul, non par hasard, mais parce qu’il descend de Binyamin. C’est l’ombre de la promesse faite par le Très-Haut à Yaakov à la veille de la naissance de Binyamin : « De celui qui va naître maintenant seront issus des rois. »

La dernière des recommandations données par Chmouel à Chaoul est la suivante : « Descends avant moi à Guilgal, où je descendrai aussi vers toi pour offrir des holocaustes et des sacrifices de paix. Attends sept jours, jusqu’à ce que je vienne vers toi et te fasse savoir ce que tu dois faire » (chapitre 10, verset 8). Il est ici question de ce qui se produira non pas maintenant, mais environ un an plus tard. Une épreuve extrêmement difficile attend Chaoul, une épreuve à laquelle chacun de nous et l’ensemble du peuple juif sont soumis. Au moment où nous réussirons cet examen, et où nous le réussirons de façon absolument juste, le monde entier sera réparé. Il s’agit de la capacité à attendre aussi longtemps qu’il a été prescrit. Cette capacité conditionne le bien-être futur. (Chaoul ne tiendra pas pendant les sept jours d’attente, il se précipitera ; cela sera décrit au chapitre 13, versets 8-14).

Le premier péché de l’humanité tient au fait qu’Adam a mangé le fruit de l’arbre de la connaissance avant l’heure.

S’il avait su attendre, s’il avait attendu l’arrivée de Chabbat, il aurait reçu ce fruit sous forme de vin ou de pain. (Selon une opinion, le fruit défendu était du blé ; selon une autre, du raisin. Aujourd’hui, en expiation du premier péché, nous n’avons pas le droit de manger les fruits des jeunes arbres pendant trois longues années).

L’impatience est notre péché le plus grave et le plus difficile à corriger. Nous en voyons une multitude d’exemples.

En se préparant à recevoir la Torah au mont Sinaï, le peuple s’élève au niveau du premier Homme, avant sa faute. Mais, faute d’avoir attendu Moché, le peuple chute : il fabrique le veau d’or tôt le matin, alors qu’il ne reste que quelques heures avant l’arrivée de Moché.

Et cela se répète au fil des siècles.

Nous faisons tout correctement, mais au mauvais moment : soit trop tôt, soit trop tard. Le désir de faire toute chose au moment où nous le voulons est profondément et solidement ancré en nous.

À ce moment-là (un an plus tard), Chaoul se voit offrir la possibilité de corriger le péché d’impatience, mais il la laisse passer. C’est une épreuve extrêmement difficile, à laquelle il ne résiste pas. Pour le reste, tout va à merveille. Il est dit que, lorsque Chaoul s’éloigna de Chmouel, il était comme devenu un autre homme et avait acquis une grande force. Des qualités de courage et d’autorité lui avaient été ajoutées. (Chacun de nous sent parfois qu’il pourrait soulever des montagnes ; cette force intérieure avait été transmise à Chaoul).

Il arrive à la colline du Très-Haut, y rencontre les prophètes et devient l’un d’entre eux.

Lorsque ceux qui le connaissaient auparavant arrivent là, les changements survenus en lui les stupéfient. Il est prophète ? Mais pour devenir prophète, il fallait d’abord étudier dans une école (yechiva), où l’on développait la raison et la logique, puis aller dans une école spéciale de prophètes, où l’on développait l’imagination. Cette règle avait toujours existé et s’appliquait à tous. Jamais une personne n’avait reçu ainsi, sans préparation, le don de prophétie, alors que même son père et sa mère n’étaient pas prophètes.

(Il existe en hébreu l’expression : « Quoi, Chaoul est lui aussi prophète ? » On le dit lorsque quelqu’un manifeste des qualités auxquelles on ne s’attend absolument pas de sa part).

Chaoul poursuit son chemin avec son serviteur et rencontre son oncle. Celui-ci leur demande où ils sont allés. Chaoul raconte qu’ils sont allés chez Chmouel et que celui-ci a dit que les ânesses avaient été retrouvées. Sur le fait qu’il a été oint pour devenir roi, pas un mot.

Telle est toute la descendance de Ra’hel. Binyamin, Chaoul et Esther sont modestes : ils « tiennent le fuseau du silence », ne racontant rien sans nécessité particulière. Ils ne sont nullement dépourvus d’éloquence et savent fort bien parler, mais ils se taisent. Leur silence est retentissant.

à suivre
Nous remercions le magazine « La Voix de Yaakov » et, personnellement, Mme Alla Feldman pour le texte fourni.