Le gaon rav Moché Shapira zatsal, qui nous a quittés la semaine dernière, s’adresse avant tout aux mères juives dans sa lettre sur les problèmes de l’éducation contemporaine. Il décrit la femme juive comme le fondement irremplaçable du foyer, de la famille et du peuple tout entier. C’est de nous que dépendent l’avenir de notre peuple, l’existence et la réussite des générations futures ! Prêtons l’oreille aux paroles de ce grand sage de la Torah, venues du fond de son cœur sensible :
De tout temps, dans la formation des fils du peuple d’Israël, l’éducation a joué un rôle bien plus important que l’instruction. Il est dit dans la Guémara (Baba Batra, 21a) : « Celui qui avait un père, celui-ci lui enseignait la Torah ; celui qui n’en avait pas n’étudiait pas la Torah. » Avant l’époque du Second Temple, il n’y avait pas de maîtres pour les enfants en Israël. Il est clair que, même lorsqu’un enfant avait un père, ce dernier partait à son travail jusqu’au soir, et le fils passait la majeure partie de son temps avec sa mère, qui ne pouvait pas l’instruire. Elle ne s’occupait que de son éducation, et c’est à ce sujet qu’il est dit : « Et n’abandonne pas la Torah de ta mère » (Michlé, 1:8).
Et les mères enracinaient dans les générations les traits distinctifs du peuple d’Israël : la miséricorde, la pudeur et la vertu, les qualités spirituelles de nos saints pères. Et de même que le lien même qui nous unit à eux et nous permet d’être comptés parmi leurs fils passe par les mères (même si l’on est né d’un père non juif), et non par les pères (si l’on est né d’une mère non juive), de même la transmission des qualités de nos saints pères, qui façonnent le caractère d’un membre du peuple d’Israël, s’est faite par la « Torah de ta mère ». C’est ainsi que se réalise la parole : « Israël, en qui Je Me glorifierai » (Yéchayahou, 49:3), par la beauté et le charme des qualités d’âme d’Israël, qui sont uniquement le fruit de l’éducation. Ces qualités ne s’acquièrent par aucune instruction, mais uniquement conformément à ce qui est dit : « Le chemin de la vie, c’est la réprimande » (voir le commentaire du Gaon de Vilna sur Michlé, 6:23).
Et la cause de notre déchéance et de notre situation déplorable, c’est que nous avons complètement cessé d’éduquer ; les mauvais fruits du manque d’éducation sont clairement visibles dans nos rues et dans nos familles, et il devient difficile de distinguer chez nos jeunes enfants les traits caractéristiques de notre peuple. Et chez ces jeunes s’accomplira la parole : « Même lorsqu’il vieillira, il ne s’en écartera pas » (Michlé, 22:6), c’est-à-dire du chemin sur lequel ils ont été élevés… Or, ce sont eux qui devront éduquer la génération suivante, D.ieu nous en préserve ! Réveillez-vous donc, enseignants et parents, pour vous consacrer à l’éducation ! Car elle est la pierre angulaire, « la pierre à la base d’Israël », où le mot « pierre », en langue sainte éven, se lit aussi av-ben (père-fils) ; voir Rachi sur le verset : « De là, il devint le pasteur de la pierre d’Israël » (Béréchit, 49:24).
Le cœur attristé et saisi d’une grande crainte pour l’avenir, Moché Shapira.