Léa Molodoï
À propos du message que je devais entendre et du masque à oxygène.
Cet été, je suis allée en avion avec mes enfants chez ma mère, en Biélorussie. Voyager seule en avion avec trois jeunes enfants n’est vraiment pas une entreprise pour les âmes sensibles, et surtout pas pour les mères épuisées par des vacances interminables. Pendant le vol, j’ai vécu un épisode intéressant que je n’ai eu la force d’analyser que plusieurs jours plus tard.
Avant le décollage, lorsque l’avion roule vers la piste, les hôtesses attentionnées expliquent en détail les consignes de sécurité à bord et montrent quoi faire et comment procéder en cas d’atterrissage d’urgence. Attachez ceci, enfilez cela, tirez sur telle chose. Il est peu probable que qui que ce soit prenne tout cela au sérieux, et D.ieu merci. Pendant que l’hôtesse exécutait sa petite danse à l’avant de l’avion, j’essayais de calmer mon petit remuant, qui s’était déchaîné et avait un besoin urgent de rester debout dans l’allée, surtout pas assis et attaché sur les genoux de maman. Tandis que je tentais en vain de distraire ce petit contrevenant et de lui faire entendre raison à l’amiable, je n’ai absolument pas remarqué qu’une hôtesse s’était approchée de nous.
Elle m’a touché l’épaule et, après avoir croisé mon regard, m’a dit : « En cas de dépressurisation de la cabine, mettez le masque à oxygène D’ABORD SUR VOUS, puis sur les enfants ! »
Après m’avoir fourré dans les mains un sachet contenant un masque à oxygène, elle a regagné son siège. À vrai dire, je n’ai accordé aucune importance à cette consigne, mais le masque lui-même a intéressé mon bout de chou, qui s’est alors laissé attacher.
Au retour à la maison, je me suis retrouvée complètement à bout de forces dans le tourbillon des tâches domestiques, avec des enfants qui, déjà lassés des vacances, étaient sur mon dos et me pompaient mon énergie sans aucun ménagement. En regardant autour de moi, j’ai vu que mon avion était dépressurisé et que, tout autour, des voyants rouges clignotaient et bipaient, m’indiquant que je devais mettre de toute urgence un masque à oxygène. Et moi, que fais-je ? Je mets des masques à mes enfants, puis aux enfants des autres, puis à leurs mamans et à leurs papas, aux tantes et aux oncles ; me voilà déjà en train de faire irruption dans le cockpit pour mettre un masque à oxygène au pilote aussi.
Arrête-toi ! Reprends tes esprits ! Selon les consignes de sécurité aérienne, l’adulte doit mettre le masque D’ABORD sur lui-même, puis sur l’enfant !
Ce n’est pas sans raison ! Pour sauver la vie de quelqu’un, tu dois être capable de te sauver toi-même, de te maintenir en vie. D’abord l’adulte, puis l’enfant. C’est effrayant de penser à ce qu’il adviendrait de l’enfant si l’adulte responsable de lui, dans un élan d’héroïsme ou simplement par habitude, oubliait de se sauver lui-même.
Cela ne te rappelle rien ?
La soirée approche et tu te rends soudain compte que tu n’as pas encore déjeuné, parce qu’il fallait préparer à manger et nourrir toute une troupe. Il est bientôt minuit et, après avoir lavé des montagnes de vaisselle et rangé les jouets, tu plies encore le linge propre, sachant que dans une heure commencera déjà le pèlerinage vers la chambre de maman. On s’apprête à sortir se promener, mais tu es encore en robe d’intérieur et tu as la bouche sèche.
S’il te plaît, pour tes enfants et ton mari, mets d’abord ton propre masque à oxygène !
C’est seulement ainsi que tu pourras donner à ceux que tu aimes ce dont ils ont besoin pour vivre et se développer. C’est seulement ainsi que tu auras la force de voir leurs regards aimants et toutes les bénédictions qui remplissent ta maison.
Bon vol !