Nechama Cheli

Mettre de l’ordre dans son réfrigérateur — et dans son âme

« Vite. Aide-moi ! » Hanna, onze ans, suppliait sa sœur : « Aide-moi à trouver mon sandwich, je me souviens que maman a dit hier qu’elle l’avait mis dans le réfrigérateur, mais je ne le trouve pas, et mon bus va partir d’un instant à l’autre ! » Mais Mikhal, la sœur aînée de Hanna, n’y arrivait pas non plus, malgré ses efforts pour retrouv…

Bassia Tsiboukmakher

Mettre de l’ordre dans son réfrigérateur — et dans son âme

« Vite. Aide-moi ! » Hanna, onze ans, suppliait sa sœur : « Aide-moi à trouver mon sandwich, je me souviens que maman a dit hier qu’elle l’avait mis dans le réfrigérateur, mais je ne le trouve pas, et mon bus va partir d’un instant à l’autre ! » Mais Mikhal, la sœur aînée de Hanna, n’y arrivait pas non plus, malgré ses efforts pour retrouver le sandwich disparu : le réfrigérateur était dans un véritable désordre, et on n’y trouvait absolument rien. Étant l’aînée de la maison, Mikhal fit tout son possible : elle déplaça les boîtes de sésame, de pépites de chocolat et de ketchup, sortit un pot de sauce soja et un sachet de soupe en poudre ; ce faisant, elle renversa quelques grains de maïs et fit tomber un pot ouvert de concentré de tomates. Le sandwich restait introuvable, et le temps pressait. Dans cette situation, la seule solution fut de jeter dans le sac à dos de Hanna un paquet de crackers de riz trouvé dans le placard au-dessus de l’évier. Hanna put ainsi sortir de la maison en courant et monter dans le bus scolaire à la dernière minute. Pauvre Hanna ! Toute la journée, elle devrait grignoter des crackers secs au lieu de savourer le déjeuner frais, délicieux et nourrissant que maman avait préparé avec tant d’amour.

Après le déjeuner, leur maman rentra du travail et fut profondément peinée en apprenant ce qui s’était passé le matin. Depuis plusieurs semaines, elle se disait qu’il serait bon de mettre de l’ordre dans le réfrigérateur. Pourtant, chaque fois qu’elle en ouvrait résolument la porte pour tout nettoyer soigneusement, quelque chose de plus important survenait à l’autre bout de l’appartement, et elle se promettait de ne pas oublier de bien nettoyer et laver le réfrigérateur — la prochaine fois. Désormais, au sentiment d’être une mauvaise maîtresse de maison s’ajoutait la culpabilité de ne pas avoir suffisamment pris soin de ses enfants. « Pourquoi n’ai-je toujours pas réussi à trouver le temps de tout organiser là-dedans ? Pauvre Hanna, pourquoi doit-elle souffrir de mon manque d’organisation ? »

Chères maîtresses de maison, reconnaissons que nos réfrigérateurs sont loin d’être les seuls endroits probablement en désordre.

Cela peut concerner n’importe quoi, et certaines d’entre nous continuent à vivre avec un terrible désordre dans leur propre cœur.

Nous ressassons sans cesse ce dialogue intérieur : « Oh, je ne suis toujours pas allée féliciter Mme Cohen à l’occasion du mariage de sa fille, alors qu’elle m’avait remis l’invitation en personne. Bien sûr, elle a été blessée, et je devrais lui téléphoner, ou mieux encore, passer la voir pour m’excuser. Je ne l’ai toujours pas appelée… Oh, la voilà qui marche de l’autre côté de la rue, quel embarras ! Je ferais mieux de passer derrière l’abribus avant qu’elle ne me voie… C’est bête, évidemment, mais je n’arrive tout simplement pas à me décider à l’appeler pour m’excuser. Et puis, j’ai tellement de choses à faire aujourd’hui ; je vais probablement essayer de m’en occuper demain. » Mais la vie montre qu’un tel « demain » est suivi d’un autre demain. La situation s’éternise ainsi, tandis que la blessure semble s’atténuer avec le temps…

Il est dit dans Michlé : « Celui qui cherche à cacher ses fautes ne prospérera pas, mais celui qui reconnaît et corrige sa faute trouvera miséricorde. »

Chercher à se dérober ne peut pas mener au succès. Mais si nous reconnaissons nos erreurs et faisons tout notre possible pour « repartir d’une page blanche », le Tout-Puissant sera lui aussi miséricordieux envers nous.

Prenons l’exemple de Guiti, qui n’arrivait pas à rétablir sa relation détériorée avec sa sœur. Guiti comme sa sœur estimaient que l’autre avait eu de nombreuses occasions de s’excuser, mais aucune des deux n’avait trouvé la force de le faire réellement. Cependant, Guiti commença à étudier chaque jour deux halakhot de chemirat halachone et comprit peu à peu combien cette situation d’hostilité entre les deux sœurs était dangereuse. Elle décida immédiatement de s’excuser, et il est impossible de décrire le merveilleux sentiment qu’elle éprouva à cet instant même : comme si un poids immense lui avait été ôté du cœur. Guiti ne comprenait plus elle-même ce qui l’avait poussée à attendre si longtemps avant de présenter ses excuses, puisque cela ne faisait qu’aggraver leur souffrance à toutes les deux !

Un autre exemple est celui de Tsipi, qui avait blessé son enseignante alors qu’elle était une jeune fille. Des années avaient passé depuis, mais elle n’avait toujours pas trouvé le courage de s’excuser. Elle se disait : « L’enseignante a sûrement tout oublié depuis bien longtemps. Et même si elle n’a pas oublié, elle a certainement eu le temps de me pardonner après toutes ces années. Si je vais maintenant lui présenter mes excuses, je ne ferai que la déranger une fois de plus et lui faire perdre son temps inutilement. » Les prétextes ne manquaient jamais. Mais, à un moment donné, Tsipi comprit que de telles justifications étaient précisément l’arme favorite du yétser hara, et elle décida de demander conseil à un rav. Le rav lui dit que, même si elle n’avait pas encore 12 ans lorsqu’elle avait blessé son enseignante et n’était donc pas formellement pleinement responsable de ses actes, il serait tout de même très bien de lui demander pardon.

Tsipi se décida à appeler son ancienne enseignante, et sa réponse la bouleversa au plus profond d’elle-même ! Il s’avéra que l’enseignante n’avait jamais oublié cet incident désagréable. Pourtant, elle accepta immédiatement de pardonner à Tsipi et ajouta même que sa détermination l’encourageait énormément ! Toutes deux terminèrent la conversation le cœur léger. Même sans le conseil du rav, Tsipi comprit que c’était la seule bonne décision, tant elle se sentait heureuse, comme si elle avait gagné un million de dollars à la loterie !

Ouvrons la porte de notre âme et regardons si nous ne vivons pas avec un tel désordre dans le cœur.

Il est possible — et même probable — que tout le dur travail de « nettoyage » de ce désordre intérieur se résume à un simple appel téléphonique, à une lettre ou à une conversation à cœur ouvert autour d’une tasse de café. Dans l’un de ses discours adressés à une classe sur le point de terminer ses études, rav Gans a dit que les paroles les plus difficiles à prononcer au monde étaient « Je regrette » et « Je demande pardon ».

Le mois d’Eloul est le moment le plus propice pour mettre de l’ordre dans nos « réfrigérateurs ».

Chacune a quelque chose qui demande du temps et de l’attention. Purifions donc nos cœurs, demandons pardon à celles et ceux que nous avons blessés et, à notre tour, pardonnons aux autres et cessons de porter le poids de rancunes inutiles. Le Tout-Puissant nous pardonnera — mesure pour mesure — et, avec l’aide de D.ieu, nous mériterons toutes une année de Délivrance totale !

Traduction : A. Schwalb, d’après des textes de la publication « Michméret Hachalom »