Rabbanite Léa Gans
Nous qui bâtissons le foyer juif devons être de très bons ingénieurs, réfléchir soigneusement à nos paroles et à nos actes. Alors, nous pourrons véritablement construire.
On construit aussi sur des ruines : une personne désespérée, mélancolique, à qui rien ne réussit, entend soudain des paroles d’approbation et de soutien, même involontairement — cela produit son effet.
Je vais donner un exemple. Dans une famille, le papa est depuis quelque temps poursuivi par les échecs. Tout ce qu’il entreprend échoue, ses ressources financières s’amenuisent, il n’a plus de forces ni de moral. Mais soudain, il entend sa femme et son fils discuter dans la cuisine :
– Maman !
– Doucement, ne crie pas, papa se repose.
– Justement, je voulais lui demander…
– Pas maintenant. Papa est fatigué. Il s’occupe de choses tellement importantes, il est épuisé. Nous devons l’apprécier pour tout ce qu’il fait pour nous. Alors, s’il te plaît, fais moins de bruit et laisse papa dormir tout son soûl.
Bien sûr, cela fera plaisir au papa d’entendre combien il est important et nécessaire à sa famille. Et d’autant plus plaisir qu’il aura entendu cette conversation par hasard. Les enfants, tout autant que les adultes, aiment recevoir une parole bienveillante de leur père ou de leur mère. Elle agit sur eux comme une eau vivifiante sur une plante dans le désert.
Outre la médisance et les paroles blessantes, quels autres propos peuvent avoir un effet destructeur sur la famille ?
Il faut se garder très soigneusement des injures et des malédictions. Il est écrit dans la Guemara (Méguila, 15a) : « Que la malédiction (prononcée par) un simple (homme) ne soit pas légère à tes yeux, car voici qu’Avimélekh maudit Sarah (Beréchit, 20:16) : “Voici pour toi un voile sur les yeux”, et cela s’accomplit chez son descendant (Beréchit, 27:1) : “Et il advint, lorsque Yits’hak vieillit et que ses yeux se voilèrent, (qu’il ne pouvait plus) voir…” »
Nos Sages écrivent que les paroles ont le pouvoir de construire et de détruire, même lorsque la personne ne pensait pas ce qu’elle disait.
Combien d’histoires de ce genre connaissons-nous ! Nos grands maîtres, dont chaque bénédiction vaut son pesant d’or, ne parlaient pas à la légère. Mais même une personne ordinaire doit réfléchir à ce qui sort de ses lèvres. Aucune parole ne disparaît. Un Juif ne peut pas dire : « N’y faites pas attention ! J’ai simplement dit cela comme ça. » Chez nous, rien n’est « comme ça ». Nous ne le sentons pas et n’en avons pas conscience, mais le « Zohar » et la Kabbale nous apprennent que chaque parole prononcée possède sa propre force. Souvent, sous le coup de la colère, les gens peuvent dire quelque chose comme : « Qu’il disparaisse enfin de cette maison ! Que je ne le voie plus ! » Et lorsque cela arrive, ils ne savent plus que faire, tant ils sont rongés par le regret.
Il est également écrit au sujet des bénédictions (Méguila, au même endroit) : « Que la bénédiction (prononcée par) un simple (homme) ne soit pas légère à tes yeux, car voici que deux grands hommes de leur génération furent bénis par de simples gens — et cela s’accomplit. Ces deux hommes sont (le roi) David et (le prophète) Daniel. David fut béni par Aravna, comme il est écrit (Chmouel 2, 24:23) : “…Et Aravna dit au roi : que l’Éternel, ton D-ieu, te soit favorable.” Et Daniel, par Darius, comme il est écrit (Daniel, 6:17) : “Ton D-ieu, que tu sers sans cesse, c’est Lui qui te sauvera !” »
Et comme il est écrit dans Michlé (22:9) : « Le généreux (tov ayin) sera béni, parce qu’il donne de son pain au pauvre. » Cette traduction est juste quant au sens, mais si nous lisons les mots littéralement, nous obtenons : « Celui qui a un bon œil sera béni. » « Celui qui a un bon œil », ce sont les cohanim, parce qu’ils regardent toujours le peuple d’Israël avec amour. Les cohanim possèdent une qualité merveilleuse, qui se manifeste par le fait que leurs bénédictions se réalisent.
Mais cela ne concerne pas seulement les cohanim : chacun doit s’efforcer d’être parmi ceux qui bénissent, et non parmi ceux qui maudissent.
à suivrePréparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa