Nechama Cheli

Notre parole – Les mots blessent et guérissent

Je voudrais commencer par une parabole qui illustrera parfaitement tout ce dont nous allons parler. Un homme riche de noble naissance était l’invité d’un autre riche aristocrate. On leur servit un somptueux déjeuner, dont le plat le plus savoureux était les « Boyaux farcis ». La composition de la farce avait été soigneusement élaborée par le cuisinier …

Rabbanite Léa Gans

Notre parole – Les mots blessent et guérissent
Je voudrais commencer par une parabole qui illustrera parfaitement tout ce dont nous allons parler.

Un homme riche de noble naissance était l’invité d’un autre riche aristocrate. On leur servit un somptueux déjeuner, dont le plat le plus savoureux était les « Boyaux farcis ». Le cuisinier avait pensé la composition de la farce jusque dans les moindres détails : sa saveur était tout simplement divine ! Tous les invités s’en léchaient les doigts. Notre homme riche appela son chef cuisinier personnel et lui ordonna de noter exactement tous les ingrédients et les étapes de préparation, afin de pouvoir servir ensuite un plat semblable lors des grandes occasions. Un cuisinier demanda à l’autre la recette détaillée et nota, étape par étape, ce qu’il fallait faire, tous les ingrédients et leurs proportions.

La fois suivante, alors que notre homme riche attendait des invités importants, il ordonna au cuisinier de préparer le plat de boyaux, sans lésiner sur la dépense. Lorsque le plat fut servi au banquet, le maître de maison s’attendait à voir des sourires de béatitude illuminer le visage de ses invités, mais il n’en fut rien ! Ils grimaçaient et recrachaient ! Lorsqu’il goûta lui-même, son visage se décomposa. Le goût était épouvantable, et l’odeur encore pire ! L’homme riche fit appeler le cuisinier et lui ordonna de s’expliquer : comment osait-il le couvrir ainsi de honte ?! Le cuisinier se défendit en disant qu’il avait suivi la recette à la lettre. D’une manière ou d’une autre, l’homme riche comprit que son cuisinier ne mentait pas et lui ordonna de faire ses préparatifs et de reprendre la route, pour retourner voir le cuisinier de cet aristocrate et lui demander où était le problème.

Lorsque les cuisiniers se mirent à comparer la recette, tout se révéla exact. Ils réfléchissaient et se demandaient ce qui avait bien pu mal tourner ! Soudain, le second cuisinier comprit : il fallait bien laver les boyaux, à l’extérieur comme à l’intérieur ! « Mais tu n’en as rien dit dans la recette ! » tenta de se justifier le malheureux cuisinier. « Pour moi, il va de soi qu’on ne peut pas préparer un plat délicieux et raffiné avec des boyaux malodorants qui n’ont pas été lavés. Même si la farce est un véritable délice, il est évident que l’enveloppe a tout gâché. C’est absolument immangeable ! » répondit le cuisinier de l’aristocrate.

Le cuisinier de la parabole ressemble à une personne qui utilise sa bouche pour prier et pour tenir des propos qui déplaisent au Tout-Puissant.

Notre Père céleste nous a créés comme une « Néfech 'haya, roua'h memalela », selon la traduction d’Onkelos, c’est-à-dire « une âme vivante, un esprit parlant ». « Les animaux, comme l’homme, sont appelés néfech 'haya, mais l’homme se distingue de l’animal par la connaissance et la parole », dit Rachi. Que fait donc l’homme de sa parole ?! Il « souille » sa bouche par de mauvaises paroles, puis prononce des prières avec cette même bouche. Il n’est pas étonnant qu’elles déplaisent au Roi.

Nous ne parlons même pas ici du lachon hara (la médisance, c’est-à-dire dire du mal de son prochain). Il existe encore bien des sortes de propos dont il faut s’abstenir au titre de « sour méra » (éloigne-toi du mal). D’autre part, il existe de nombreux commandements (« assé tov ») que nous pouvons accomplir avec notre bouche : louer et glorifier, remercier, demander. Les hommes étudient la Torah.

Détériorer un instrument tel que la parole, c’est comme si le ministre de la Guerre du roi combattait le monarque avec les propres armes de celui-ci.

Si nous agissons ainsi, nous sommes encore pires que les animaux : ils n’ont pas de raison, mais ils ne se révoltent pas contre leur maître.

à suivre

Préparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa