Rabbanite Léa Gans
Je voudrais également parler directement de la pureté du langage.
Il est écrit dans la Torah elle-même (Beréchit, 7:8) : « Et de l’animal qui n’est pas pur. » La Torah s’exprime habituellement de façon très concise, mais ici, au lieu d’un seul mot (teméa, impur), elle en emploie trois (acher einéna tehora, « qui n’est pas pur »), pour nous apprendre combien il est important de préserver la pureté de notre vocabulaire. Les enfants qui grandissent dans une maison où l’on ne prononce pas de paroles impures, où l’on ne fait pas entrer les mots de la rue, ont une autre allure. Il y a des choses dont il faut parler à la maison, mais il convient d’en parler dans un « langage pur », sans employer le jargon de la rue.
Quand j’avais environ 6-7 ans, j’ai dû passer quelques jours à l’hôpital. Les gens y parlaient autrement que chez nous. Je me demandais sans cesse : « Ce n’est pas possible que des adultes prononcent de tels mots ?! »
Une personne qui, comme moi, a grandi dans une maison où l’on n’emploie pas de mots grossiers est gênée lorsqu’elle les entend ; elle se sent mal à l’aise dans un tel entourage.
Une femme gagnait sa vie en gardant des enfants, et un cas de « mort subite du nourrisson » survint parmi ceux dont elle s’occupait (l’enfant ne s’est pas réveillé). À ce moment précis, elle n’était pas auprès du bébé, mais elle le prit très à cœur, bien que tout le monde lui assure qu’elle n’était pas responsable et que cela aurait pu arriver n’importe où — à la maison, à la crèche, en tout lieu. Mais elle était inconsolable, s’accusait de ne pas avoir suffisamment surveillé le bébé et sombra dans la dépression. On l’emmena voir un grand rav, qui dit qu’il fallait la secouer d’une manière ou d’une autre, sinon elle sombrerait tout simplement dans une profonde dépression dont elle ne pourrait pas sortir. Le rav lui dit : « Tu n’es pas responsable de la mort de cet enfant — tout le monde te le dit, même les médecins. Mais que faire de toutes les paroles impures et blessantes qui nous échappent et blessent les gens, peut-être même mortellement — pleurons-nous et nous tourmentons-nous autant à leur sujet ?! Pourtant, là, nous sommes véritablement responsables ! Celui qui blesse autrui dans une conversation — avons-nous jamais entendu dire qu’il se repentait et pleurait ainsi ? » Ces paroles du rav la réveillèrent. Elle commença à comprendre que, si elle se tourmentait autant dans un cas où elle n’était pas responsable, que devait alors ressentir une personne responsable, une personne qui blesse ?
Cela a remis les choses à leur juste place dans son esprit : ce dont il faut réellement se repentir et pour quoi il faut faire techouva.
Il est écrit dans Kohélet (6:7) : « Tous les travaux de l’homme sont pour sa bouche. » Une personne peut travailler inlassablement avec ses lèvres — se consacrer à l’étude de la Torah — mais si elle ne surveille pas ses paroles, tout cela est réduit à néant, tous ses efforts. Autrement dit, outre le fait que cela est tout simplement interdit, il est aussi tout simplement dommage que tous ces efforts aient été dépensés en vain.
Il est écrit dans la lettre du Gaon de Vilna que, pour chaque instant où une personne retient ses lèvres, elle reçoit une récompense dont nous ne pouvons mesurer la valeur. Autrement dit, non seulement elle gagne ce monde en vivant en paix avec tous, sans se quereller et sans que personne lui en veuille, mais une récompense l’attend aussi dans le Monde à venir pour avoir retenu ses lèvres. Aucun ange ni aucune autre créature ne peut saisir toute la récompense qu’une personne reçoit dans le Monde à venir pour un seul instant où elle a retenu ses lèvres, alors que les mots étaient déjà prêts à en sortir. Au dernier moment, elle a pensé : ma bouche ne m’appartient pas. Elle m’a seulement été donnée pour servir le Créateur. Et maintenant, je vais fermer ma bouche, garder le silence, ne pas dire ce que j’ai sur le cœur. Ce n’est pas facile, mais c’est là mon service, et pour cela je recevrai une récompense.
Qu’est-ce qui peut aider une personne qui n’en a pas l’habitude à se retenir ?
Tout d’abord, étudier. Il existe un merveilleux livre, « ‘Hafets ‘Haïm », sur les lois de la médisance et des commérages. De nos jours, il existe même des cours par téléphone ; on peut écouter deux lois par jour. Le mieux est de le faire chaque jour ; si ce n’est pas possible, au moins lire une fois par semaine, le Chabbat. L’essentiel est la régularité. Il faut étudier et connaître les lois : ce que l’on peut dire et ce que l’on ne peut pas dire. Et dans quels cas il faut même parler. Il faut aussi étudier le Moussar (par exemple, « Chemirat Halachon ») pour comprendre le sens et l’importance de la retenue dans la parole. Il faut se le rappeler constamment. On peut étudier par téléphone en activant le haut-parleur et, pendant ce temps, cuisiner, faire la vaisselle, écouter pendant un trajet ou en nourrissant son enfant…
Si je sais qu’une certaine personne de mon entourage tient toujours, immanquablement, des propos de lachon hara, il faut réduire autant que possible les conversations avec elle : parler brièvement, de choses concrètes.
J’ai une voisine qui, si j’ouvre moi-même la porte, engage immanquablement une conversation sur quelqu’un — du lachon hara. J’ai longtemps réfléchi à ce que je pouvais faire. Maintenant, je ne lui ouvre plus moi-même la porte ; j’envoie l’une des filles le faire : avec elles, la voisine ne parlera pas longtemps, elle ira simplement à l’essentiel. Ou encore, si une autre voisine m’irrite toujours parce qu’elle se rappelle le vendredi qu’il lui manque un produit alimentaire 10 minutes après la fermeture du magasin et qu’elle accourt chez moi pour en prendre, je n’ouvrirai pas non plus moi-même la porte, pour ne pas craquer ensuite devant les enfants (« Pourquoi est-elle si désorganisée ! »). J’enverrai l’une des filles ouvrir, et je ne m’énerverai pas. Et tant que je suis calme, je dirai aux enfants : « Voilà, nous avons eu le mérite de faire une bonne action, d’aider des Juifs. Et nous nous débrouillerons aussi avec la moitié d’un sachet de lait » (quant à son manque d’organisation, c’est son problème, pas le mien).
Il faut établir un plan, une campagne mûrement réfléchie contre son mauvais penchant. Repérer ses points faibles et y poster des troupes de barrage supplémentaires. Alors, notre bataille sera gagnée !
Préparé par : Mme Zissi Skarjinskaïa