Hadassa Chvalb
Trente charmantes petites filles étaient assises en demi-cercle pour leur premier cours en classe préscolaire. Toutes étaient joyeusement excitées ; chacune avait hâte de se présenter et de se montrer sous son meilleur jour devant la nouvelle maîtresse.
« Je m’appelle Haya, j’ai cinq ans et demi », dit d’une voix claire une grande fillette coiffée d’une queue de cheval. « Je m’appelle Rivka et j’ai cinq ans », dit presque en chantant une blonde aux cheveux bouclés, illuminant la classe d’un large sourire. Une autre fillette se présenta, un peu intimidée, mais sans cacher sa joie de commencer une nouvelle année scolaire avec de nouvelles amies. Quand vint le tour de la fillette au petit nœud jaune, elle dit son prénom si doucement que la maîtresse dut lui demander de le répéter plus fort. Au lieu de cela, presque toutes les filles de la classe se mirent à parler à toute vitesse, en chœur : « Elle s’appelle Feïgui ! Elle a déjà six ans, parce qu’elle a redoublé ! »
La pauvre Feïgui pâlit, et son visage se décomposa même. Elle n’était pas entrée en première année de primaire, et voilà que sa nouvelle maîtresse allait apprendre qu’elle était… moins intelligente que ses camarades de classe de l’année précédente.
Du même ton enjoué qu’elle avait employé pour accueillir les autres fillettes, la maîtresse annonça : « C’est formidable ! Il se trouve que Feïgui et moi, nous nous ressemblons beaucoup, comme des jumelles ! Moi aussi, j’ai un jour redoublé quand j’étais petite ! »
Trente paires d’yeux s’écarquillèrent : les fillettes regardaient maintenant Feïgui avec une certaine envie, tandis que Feïgui retrouvait ses couleurs habituelles. La maîtresse poursuivit : « Aujourd’hui encore, je suis reconnaissante à mes parents de m’avoir permis d’étudier une année de plus en classe préscolaire, car, quand je suis entrée en première année de primaire, j’y étais vraiment prête. Feïgui, je suis si heureuse que nous nous ressemblions, toi et moi ! »
L’attitude chaleureuse de la maîtresse sauva Feïgui, et ses paroles pleines de bonté préservèrent son âme…
Chaque jour, le Hafets Haïm montait au grenier et remerciait le Tout-Puissant pour le bien dont Il le comblait dans sa vie. Entre autres, il ne cessait de remercier le Tout-Puissant de l’avoir délivré et protégé de l’influence d’idées étrangères au judaïsme.
Certains jeunes gens empoisonnés par ces idées tentaient de l’attirer dans leurs rangs. Un jour, le porteur d’eau local, qui passait par là, remarqua le jeune Hafets Haïm en compagnie de la « jeunesse moderne » et cria : « Prends garde ! Ils en veulent à ton âme ! »
Israël Meïr entendit le cri du porteur d’eau et s’enfuit loin de cette dangereuse compagnie. Ainsi, un simple porteur d’eau sauva le futur Hafets Haïm ; il sauva en lui le grand Sage qui sanctifierait toutes les générations à venir. Les sages paroles du porteur d’eau sauvèrent une grande âme.
Tout comme la porte d’une maison, notre bouche nous rend service tantôt ouverte, tantôt fermée.
Vous n’aimeriez pas du tout rentrer chez vous après une journée de travail épuisante pour découvrir que la porte d’entrée est verrouillée et que la clé a été perdue. Vous éprouveriez une déception tout aussi grande si la porte était grande ouverte, si le vent avait poussé des tas de détritus dans le salon et si une bande de vagabonds s’était installée sans invitation sur votre canapé préféré.
Il faut utiliser le don de la parole avec sagesse : celui qui ne sait pas fermer la bouche au bon moment et bavarde sans arrêt finira tôt ou tard dans une situation désagréable à cause de sa langue trop longue. Cependant, en nous taisant et en refusant d’utiliser le don de la parole au moment où il le faudrait, nous pouvons nous tromper, et certaines paroles importantes resteront sans être dites, alors qu’un seul mot juste peut bâtir des mondes ! Le secret d’une bonne décision est simple : savoir choisir quand garder le silence et quand parler, et, dans ce dernier cas, employer les mots avec sagesse.
Arrêtons-nous un instant et réfléchissons encore avant d’exprimer notre jugement.
Adressons-nous au Créateur pour Lui demander de nous aider à bien choisir nos mots. Dire des paroles d’encouragement qui remontent le moral et donnent des forces, ou nous taire pour éviter des conséquences destructrices : c’est à nous de choisir. Comme il est dit : « La vie et la mort sont au pouvoir de la langue. »
Préparé par A. Schwalb à partir des textes d’un numéro de « Michméret ha-Chalom ».