Nechama Cheli

Paracha Nitsavim - La force de l’unité

« Vous vous tenez tous aujourd’hui devant l’Éternel, votre D.ieu, vos chefs, vos tribus… chaque homme d’Israël » (Devarim, 29:9). Il convient de réfléchir au terme « vous vous tenez » employé dans le verset, qui évoque la fermeté et l’autorité. C’est comparable à ce qui est dit dans le livre de Ruth (2) : « Et Boaz dit à son jeune serviteur, qui se tenait à la tête des moissonneurs ». De pl…

Rav Chalom Noah Berezovski

Paracha Nitsavim - La force de l’unité

« Vous vous tenez tous aujourd’hui devant l’Éternel, votre D.ieu, vos chefs, vos tribus… chaque homme d’Israël » (Devarim, 29:9).

Il convient de réfléchir au terme « vous vous tenez » employé dans le verset, qui évoque la fermeté et l’autorité. C’est comparable à ce qui est dit dans le livre de Ruth (2) : « Et Boaz dit à son jeune serviteur, qui se tenait à la tête des moissonneurs ». De plus, le mot « aujourd’hui » paraît superflu, tout comme le mot « tous », puisqu’il est dit ensuite : « Chaque homme d’Israël ».

Ce qui est dit ici doit être compris à la lumière de ce que les livres saints enseignent : le mot « aujourd’hui » fait allusion au Jour du Jugement (Roch Hachana). Les mots « vous vous tenez tous aujourd’hui » contiennent un conseil pour un Juif à l’approche du Jour du Jugement.

Si quelqu’un, à l’approche de Roch Hachana, ne sait pas comment aborder le Jour saint, le conseil qui lui est donné est : « vous tous »...

Un jour, à la veille de Yom Kippour, avant la prière de « Kol Nidré », un Juif ressentit un tel poids sur l’âme qu’il ne tenait plus en place, jusqu’à ce qu’il se décide à aller voir son Rabbi. « Comment vais-je accueillir ce jour saint ?! » sanglotait-il. Son Rabbi lui répondit : « Moi-même, je ne sais pas comment accueillir ce jour saint… Mais avec les Juifs, avec les Juifs… » Et, en disant cela, il posa la main sur son épaule et entra avec lui dans la synagogue pour « Kol Nidré ».

La force d’accueillir les Jours redoutables tient au fait que nous les accueillons tous ensemble.

De nombreux livres parlent également de la force de la communauté. Le degré spirituel dont il est dit : « Vous êtes les fils de l’Éternel, votre D.ieu » n’est accessible qu’à la communauté. Un individu seul n’est pas appelé « fils de l’Éternel ». On ne peut donc aborder le Jour du Jugement que grâce à la force de la communauté. Un Juif doit se fondre dans la communauté en aimant chacun de ses semblables.

Alors, puisque tous ensemble nous sommes appelés fils, « comme un père a compassion de ses fils », le Très-Haut fera preuve de miséricorde envers nous. C’est ce qu’expriment les mots « Vous vous tenez aujourd’hui, tous » : aujourd’hui — au Jour du Jugement ; tous — tous ensemble.

Adoucir la rigueur du Jugement céleste et éveiller la miséricorde (celle d’un père envers ses fils) n’est possible que grâce à l’unité.

La communauté qui se tient devant le Très-Haut au Jour du Jugement possède encore un autre mérite. Notre maître, le tsadik de Kobrin, disait que le service divin d’un Juif à Roch Hachana consiste à faire régner le Très-Haut sur chacun des organes de son corps. Le but tout entier du service du Très-Haut est de parvenir à l’union avec Lui ; c’est pourquoi, à Roch Hachana, un Juif doit Le faire régner sur tout son corps. Lorsqu’un Juif est uni au Très-Haut, la rigueur du jugement s’adoucit d’elle-même. Il est facile de faire régner le Créateur sur certaines parties du corps : cela ne va à l’encontre ni de la nature ni du mauvais penchant. Mais d’autres parties du corps sont le siège des convoitises, et il est très difficile d’y faire régner le Très-Haut. Que doit donc faire un Juif ? Cela n’est possible que grâce à l’union avec la communauté.

Il est dit dans « Messilat Yécharim » que chaque Juif peut atteindre seul le degré de pureté. Mais le degré de sainteté, où tous les actes de l’homme sont consacrés à D.ieu, à l’image d’un sacrifice, ne peut être atteint seul par un être de chair et de sang. Il lui appartient seulement de faire des efforts, mais, en définitive, c’est un don du Créateur.

À celui qui s’efforce d’atteindre la sainteté, le Très-Haut l’accorde en cadeau. Mais on ne peut obtenir ce cadeau que par l’union avec la communauté. Car un père ne donne de cadeau qu’à ses fils. Tous ensemble, les Juifs sont semblables à des fils. Et lorsqu’un Juif s’unit à ses semblables, cela l’aide à atteindre la sainteté : faire régner le Très-Haut sur toutes les parties de son corps.

Grâce à la force de la communauté du peuple, dont les membres sont appelés fils, on peut mériter le don de la sainteté.

Le livre « Beit Avraham » explique, à propos des mots « vous vous tenez aujourd’hui », que le mot אתם (vous) est l’acronyme de אל תשליכני מלפניך (ne me rejette pas loin de Toi). Car, à l’approche du Jour du Jugement, un Juif se préoccupe avant tout de la manière dont il se présentera devant le Roi. Chacun connaît ses propres défauts. Et, pire encore, il lui semble alors être rejeté loin de la Face de D.ieu. C’est pourquoi il est dit : « Vous vous tenez tous aujourd’hui » — grâce à la force de l’unité, un Juif n’est jamais abandonné, jamais éloigné du Créateur ; nous nous tenons tous devant l’Éternel, D.ieu.

Le saint Rabbi de Kobrin disait que, même si un Juif a commis le péché le plus grave, s’il est ensuite incapable de se présenter en prière devant le Très-Haut pour épancher son cœur, c’est qu’il n’a pas franchi le seuil d’un hassid. Puis il ajoutait : « Le seuil d’un Juif. »

Car le fondement du hassidisme est la conscience qu’un Juif n’est jamais abandonné par le Créateur.

Dans toutes les admonestations de la Torah, il n’en est pas dit un seul mot ; au contraire, « personne n’est abandonné par Lui ». C’est pourquoi le Très-Haut a donné une force à la communauté, tout particulièrement dans la prière. Lorsqu’un Juif prie, même s’il mérite lui-même d’être abandonné par le Créateur, il n’est jamais abandonné.

Rabbi Akiva l’a également dit : un grand principe de la Torah est « Aime ton prochain comme toi-même ».

Pourquoi est-ce précisément un grand principe de la Torah ? C’est le fondement de toute la Torah, la source de la force d’un Juif en tout temps, aux moments empreints de sainteté comme aux moments les plus bas. Si un Juif est uni à tout Israël, il est, avec tous les autres, l’un des fils. Et le Très-Haut est miséricordieux envers eux tous, comme un père envers ses fils. C’est pourquoi il est dit : « Vous vous tenez aujourd’hui, tous » — lorsque vous êtes tous ensemble, vous « vous tenez », pleins de force et de fermeté, devant l’Éternel, votre D.ieu, au Jour du Jugement.

Et l’on sait, par le saint Arizal, qu’avant chaque prière il faut prendre sur soi le commandement « Et tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

À plus forte raison avant les prières de Roch Hachana, le Jour du Jugement, où la force de l’unité est nécessaire.

Traduction : rav M. Gaft