Rav Nahoum Chatkhin
« Œil pour œil, dent pour dent, main pour main, pied pour pied » (Chemot, 21:24).
Le traité Baba Kama du Talmud de Babylone explique qu’il ne faut pas prendre à la lettre ce qui est dit dans ce verset et qu’il s’agit d’une indemnisation financière du dommage causé.
Le Gaon de Vilna dit que le verset lui-même contient une allusion à cette interprétation. Il aurait été plus juste d’employer dans le verset, à la place du mot תחת (sous), le mot בעד (en échange). Non pas עין תחת עין, mais עין בעד עין. Pourquoi avoir choisi précisément ce mot ?
Si l’on choisit, dans l’alphabet de la langue sainte, les lettres qui suivent celles du mot עין, on obtient ceci : sous la lettre ע se trouve la lettre פ ; sous la lettre י, la lettre כ ; sous la lettre נ, la lettre ס. On obtient trois lettres פ כ ס (pé, khaf et samekh). Ce sont aussi les lettres qui composent le mot כסף (kessef), c’est-à-dire l’argent. Il apparaît donc que le verset lui-même renferme une allusion au fait que le dommage causé à un œil doit être indemnisé en argent : de l’argent pour un œil.
Comme il a été dit plus haut, le traité Baba Kama indique qu’il faut indemniser en argent la perte d’un organe.
Mais pourquoi fallait-il exprimer cette loi par une telle allusion, au lieu de l’énoncer explicitement, comme elle est interprétée dans la Torah orale ?
Le 'Hazon Ich dit que nous constatons souvent, dans la vie, que la sévérité même d’un châtiment a plus d’effet sur l’esprit des gens que son application effective. Ainsi, nous trouvons dans le traité Makot (7a) qu’un Sanhédrin qui procède à une exécution une fois tous les soixante-dix ans est qualifié par nos sages de « sanguinaire ». Nous pouvons en comprendre une chose importante : les lois concernant le meurtrier, son jugement et son exécution ne nous enseignent pas seulement la loi elle-même ; elles nous révèlent aussi le regard que porte la Torah sur la vie humaine. Cela nous apprend combien la vie humaine est précieuse, même s’il s’agit de celle d’un meurtrier méprisable !
Il en va de même dans notre verset. Lorsque la Torah écrit simplement « Œil pour œil… », nous devons voir avec quelle sévérité elle considère celui qui cause un dommage à son prochain. Même si la peine réelle est une compensation financière, la manière dont le verset l’exprime agit sur les sentiments humains et enracine en l’homme une attitude sévère envers les actes de ce genre.