Rav Nahoum Chatkhin
« N’opprimez aucune veuve ni aucun orphelin. Si tu opprimes l’un d’eux, lorsqu’il criera vers Moi, J’entendrai son cri. Ma colère s’enflammera, Je vous tuerai par l’épée, et vos femmes seront veuves et vos enfants orphelins » (Chemot, 22:21-23)
Le rav Yits’hak Blazer (éminent disciple du rav Israël Salanter, l’un des fondateurs du mouvement du moussar) explique ces versets. Lorsqu’une femme subit une offense, elle se tourne vers son mari pour trouver protection et réconfort. Quand on fait du mal à un enfant, il va chercher de l’aide auprès de son père. Une veuve et un orphelin n’ont personne vers qui se tourner pour demander de l’aide. Le Très-Haut est le seul à qui ils puissent épancher leur âme. Et lorsque quelqu’un place tous ses espoirs uniquement dans le Très-Haut, ses prières ne restent pas sans réponse.
Le rav Raphaël Soloveitchik racontait qu’après avoir fui la Pologne pour échapper aux nazis à la suite de son père (le rav Yits’hak Zeev Soloveitchik, le Brisker Rav), ils s’étaient installés à Vilna, en tant que réfugiés, chez une famille juive. Une veuve et ses enfants vivaient avec eux. Tous étaient très à l’étroit. Pour rejoindre leur chambre, ils devaient traverser celle où s’était installée la veuve avec ses enfants ; elle s’indignait sans cesse qu’on la dérange. Un jour, le rav Raphaël, à bout de patience, lui fit remarquer qu’il ne s’agissait pas d’un hôtel et que tout le monde se trouvait là dans une situation difficile. Lorsqu’il revint dans sa chambre et raconta tout à son père, le Brisker Rav se mit à crier d’effroi : « Qu’as-tu donc fait, reb Raphaël ! Mais c’est une veuve ! Que va-t-il maintenant nous arriver !? » Il criait si fort que les murs en tremblaient, et le rav Raphaël racontait que, par la suite, toute sa vie, il tremblait au seul mot de « veuve ».
On connaît une histoire rapportée au nom du 'Hafets 'Haïm, au sujet d’un Juif aisé qui vivait dans la ville de Radin et gagnait sa vie en louant des appartements. L’une de ses locataires, une veuve avec des enfants, n’avait pas payé son loyer depuis plusieurs mois. Des avertissements suivirent, après quoi le propriétaire chassa la famille dans la rue un jour froid et pluvieux. Le 'Hafets 'Haïm racontait qu’il s’était écoulé plus de vingt ans avant que l’attribut du Très-Haut — « mesure pour mesure » — ne rattrape ce scélérat. Il fut mordu par un chien enragé et mourut dans d’atroces souffrances. À cette époque, on ne savait pas soigner cette maladie, et tous craignaient de s’approcher de lui pour lui porter secours, de peur d’être eux-mêmes contaminés.