Nechama Cheli

Pourim - un retournement soudain

Toute la Méguilat Esther est une allusion au voilement. Aucun nom explicite du Très-Haut n'y figure, mais les « envoyés », les messagers y abondent, et tout se produit uniquement par leur intermédiaire : au lieu de dire que « le roi (ou Haman) a envoyé des lettres dans les provinces », on mentionne avec insistance des messagers qui agissent sans faillir, et Esther mène des négociations…

Rav Pinhas Perlov

Pourim - un retournement soudain
Toute la Méguilat Esther est une allusion au voilement.

Aucun nom explicite du Très-Haut n'y figure, mais les « envoyés », les messagers y abondent, et tout se produit uniquement par leur intermédiaire : au lieu de dire que « le roi (ou Haman) a envoyé des lettres dans les provinces », on mentionne avec insistance des messagers qui agissent sans faillir, et l'on souligne qu'Esther mène ses négociations avec Mordékhaï par un intermédiaire, qui est même nommé ; des messagers interviennent aussi dans d'autres circonstances (à la différence des événements de l'Exode : « Moi, dit le Très-Haut, et non un ange ; Moi, et non un séraphin », comme le dit le Midrach à propos de la plaie qui frappa les premiers-nés).

Mais ce voile se déchire, et la lumière divine se déverse dans le monde, et les desseins du Créateur deviennent manifestes, parfois au bout de neuf ans, parfois au bout de milliers d'années.

La fête de Pourim nous est donnée comme un exemple et comme un signe d'espérance pour l'avenir.

Il n'y a donc, en Av, aucune place pour la tristesse, encore moins pour le désespoir, mais seulement pour le deuil, car c'est autre chose. Même notre deuil, en cette période, se mêle de joie, puisque nous ne faisons que la diminuer ; et cette joie est celle de la Délivrance à venir, à laquelle nous croyons même aux jours les plus douloureux. On ne peut servir le Très-Haut sans joie, comme il est dit : « Les préceptes de l'Éternel sont droits, ils réjouissent le cœur » - tous les préceptes, même ceux qui concernent les lois du deuil.

Il y a encore un point important. Rien ne bouleverse davantage une personne qu'un retournement soudain, qu'il soit pour le bien ou pour le mal (à D.ieu ne plaise !).

Les événements de Pourim prennent une tournure dramatique à partir de ces mots : « Les messagers se mirent en route, pressés par la parole du roi, et l'annonce fut faite à Chouchan, la capitale ; le roi et Haman s'assirent pour boire, tandis que la ville de Chouchan était dans le désarroi » (Esther, 3:15). Rachi écrit que ces derniers mots concernent les Juifs de Chouchan, qui se retrouvèrent soudain en danger de mort (et certains ajoutent que les non-Juifs aussi étaient étonnés par le brusque changement de destin de tout un peuple, qui vivait encore très récemment dans la prospérité).

La joie de la fête de Pourim n'est pas seulement celle du « retournement » qui eut lieu en ces jours : « …Le mois qui transforma pour eux la tristesse en joie et le deuil en fête », mais aussi celle du pressentiment de notre libération complète et définitive, qui viendra, elle aussi, soudainement, comme l'ont dit nos Sages : « Soit comme un scorpion (pour ceux qui ne l'attendent pas), soit comme une trouvaille (pour ceux qui l'attendent) ».

Et c'est de cela que chaque Juif vit, chaque jour, depuis plus de trois mille ans, en proclamant matin et soir :

CHÉMA, ISRAËL - ÉCOUTE, ISRAËL ! L'ÉTERNEL EST NOTRE D.IEU, L'ÉTERNEL EST UN !

Tout vient de Lui ! Quand A'hachvéroch et Haman s'assoient pour boire et que toute la capitale, Chouchan, est dans la peur, cela vient de Lui ; mais quand on traîne Haman à la potence, cela vient aussi de Lui. Car il est dit dans la Torah : « Voyez donc maintenant que Moi (Celui d'aujourd'hui), c'est Moi : Je ferai mourir - et Je ferai vivre ; J'ai blessé - et Je guérirai, et nul ne délivre de Ma main » (Devarim, 32:39). Et le prophète a dit : « Qui a agi et accompli ? (Qui) a appelé les générations (à la vie) depuis (leur) commencement ? Moi, l'Éternel, Je suis le premier, et avec les derniers, Je suis le même » (Yéchayahou, 41:4).

Il est important que tout notre peuple s'en souvienne précisément à notre époque, où seul un aveugle ne voit pas les temps qui nous attendent et comment notre foi sera mise à l'épreuve.

La foi qu'Il ne nous abandonne pas, qu'Il est avec nous, les dernières générations, les plus faibles : « Jusqu'à la vieillesse, Moi, c'est Moi (toujours le même), et jusqu'à (vos) cheveux blancs, Je vous supporterai ; J'ai créé - et Je (vous) porterai ! » (ibid., 46:4).

Et de même qu'Il est pour nous le D.ieu unique, nous sommes pour Lui le peuple unique.

Mais pourquoi nous a-t-Il choisis ? « Vous êtes Mes témoins, parole de l'Éternel, et Mon serviteur (toi), que J'ai choisi, afin que vous sachiez, que vous croyiez en Moi et que vous compreniez que Moi, c'est Moi (le même) ; avant Moi, aucun dieu n'a été créé, et après Moi, il n'y en aura pas ! » (ibid., 43:10).