Rav Simha Cohen
Les femmes aiment raconter à leur mari comment s’est passée leur journée. Souvent, ces récits sont chargés d’émotion et riches en détails. Ils sont présentés comme si les événements se déroulaient à l’instant même, ce qui pousse l’épouse à raconter à son mari ce qui lui est arrivé. Pourquoi ce phénomène est-il plus rare chez les hommes ?
Au début, nous avons expliqué que la structure psychique féminine, tournée vers le « partenariat », est adaptée au lien conjugal et répond davantage aux besoins de relations longues et complexes que la structure de l’âme masculine, « non tournée vers le partenariat ».
Cette conception nous permettra de comprendre pourquoi la femme parle plus que l’homme : elle est encline au partenariat affectif et « se lie » donc à son mari au moyen des outils destinés à créer un lien — la communication et les conversations.
Elle partage donc avec son mari les pensées qui lui traversent l’esprit. Et lorsqu’elle lui demande un conseil ou une solution à un problème, elle commence par décrire en détail tout ce qui s’est passé avant l’événement dont il est question, même les faits qui n’ont aucun rapport avec cet événement. Elle exprime verbalement ses réactions à de nombreuses choses et pose même des questions rhétoriques dans le seul but de partager avec son mari ses pensées, ses sentiments et ses doutes, ou d’obtenir de lui une confirmation ou un soutien pour ses décisions.
Il semble que le fait que son mari écoute ses récits renforce encore son sentiment de partenariat.
Cela tient aux propriétés de la mémoire. Lorsqu’une personne voit ou vit quelque chose, cela s’inscrit dans les cellules de son cerveau liées à la mémoire. Lorsqu’elle raconte un événement qu’elle a vu ou vécu, deux choses se produisent. Du point de vue du cerveau, l’événement se déroule une nouvelle fois, et il est aussi réenregistré dans sa mémoire. Lors de ce nouvel enregistrement, des informations sur la personne qui a écouté le récit et sur le lieu où il a été raconté sont également enregistrées.
Selon ce principe, en théorie, une femme qui raconte des événements se retrouve une nouvelle fois « là-bas » et les revit. Et lorsque son mari écoute ses récits sur son passage à la banque, à l’école ou au magasin, le fait qu’il ait écouté les récits concernant ces lieux s’inscrit également dans ses sentiments et sa mémoire. Elle a ainsi le sentiment — et cela s’inscrit dans sa mémoire — que son mari était en quelque sorte avec elle à la banque, à l’école ou au magasin. C’est le sentiment de partenariat qui lui manquait.
Ce manque de partenariat s’est accumulé dans ses sentiments lorsqu’elle s’est rendue seule dans ces lieux. L’écoute attentive de son mari et sa réaction appropriée à ses récits la soulagent dans ce qu’elle vit et renforcent le lien affectif entre eux.
Le ‘Hazon Ich conseille au mari non seulement d’écouter son épouse, mais aussi de lui faire part de ce qui lui arrive : « dire, au moment de sortir, où il va, et, à son retour, ce qu’il a fait, ainsi que tous les petits détails de ce genre ».
Cela recèle une autre idée profonde. Lorsqu’une personne lit un livre qui décrit certains phénomènes naturels : des montagnes, des plaines, des rues ou des villes, elle a le sentiment de « se promener » dans les lieux décrits, comme si elle s’y trouvait. Lorsque le récit comporte des éléments dramatiques, elle ressent une tension intérieure, même si elle sait que tout finira bien et peut même consulter la fin du livre pour connaître le dénouement. Ce sentiment de tension existe même lorsque le lecteur sait que le récit est inventé et que rien de semblable ne s’est produit dans la réalité. En effet, une personne s’attache affectivement au récit qu’elle lit et a le sentiment de s’y trouver elle-même, car la lecture passe par le cerveau, qui « voit » les descriptions comme si elles se déroulaient réellement sous ses yeux.
Examinons le processus qui se déroule chez une femme lorsqu’elle a vécu un événement qui l’a touchée émotionnellement.
Par exemple, sa fille, encore petite, a répondu intelligemment à une question qu’elle lui a posée. La réponse de sa fille a ému la maman sur le moment, mais elle a vécu cette émotion seule, puisque son mari n’était pas à la maison à cet instant.
Cet événement s’est gravé dans sa mémoire avec la mention « J’étais seule ». Son sens du partenariat éveille en elle le besoin de vivre cette expérience avec son mari. Elle reconstitue donc devant lui toute la scène : ce qu’elle a dit à la fillette et ce que celle-ci lui a répondu. Elle ravive dans sa mémoire cette conversation, en y ajoutant la description des émotions positives qu’elle a éprouvées.
Un phénomène semblable se produit si quelque chose l’a contrariée et qu’elle a vécu ce désagrément seule, sans le soutien de son mari.
Elle a besoin de lui raconter ce qu’elle a vécu pour sentir que son mari est à ses côtés dans cette situation désagréable. Ainsi, lorsqu’elle lui décrit l’événement, on peut remarquer qu’elle fait revivre tout ce qui s’est passé, comme si cela se produisait à présent. Son visage exprime la souffrance, et sa main se pose à l’endroit où elle s’est cognée, ou elle porte la main à son cœur si le désagrément était d’ordre affectif. À ce moment-là, si son mari l’écoute comme il convient et lui témoigne de la compassion ou partage sa joie, cette expérience sera réenregistrée dans la mémoire de sa femme comme si elle l’avait vécue avec lui, et elle se sentira immédiatement soulagée.
Voici un autre exemple de la capacité des femmes au partenariat. Lorsqu’elles écoutent une conférence et entendent quelque chose d’étonnant ou une idée qui, leur semble-t-il, les concerne directement, elles tournent la tête vers l’auditrice à côté d’elles et expriment, par un signe de tête, leur accord avec les propos du conférencier. Ce comportement se rencontre aussi chez les hommes, mais dans une bien moindre mesure.