R. M. Lévi
D’après les cours de la rabbanite M. Lévy (fille du rav Chimchon David Pinkous)
Nous vivons dans un monde où des tragédies se produisent autour de nous. Qu’est-ce qu’une tragédie à nos yeux ?
La mort, la maladie, la stérilité, un enfant qui se comporte de façon odieuse… Tout cela est vraiment difficile. Mais tout cela prend fin ici. 80, 90, 100 ans, et tout cela sera terminé. Les véritables tragédies commencent après. Après ce monde, le monde de l’Éternité nous attend. Notre âme commence son chemin ici, mais ce n’est que le début.
La vraie vie est dans l’Éternité. Le péché qu’une personne commet ne prend pas fin ici. Il peut l’accompagner pour les siècles des siècles, à moins qu’elle ne s’en soit repentie et ne l’ait effacé. Et c’est cela, une véritable tragédie. Arriver dans le Monde éternel avec un péché est ce qu’il peut y avoir de plus terrible. Cela ne souffre aucune comparaison avec les pires catastrophes de ce monde que nous puissions imaginer et que nous avons tant de mal à accepter.
Nous voulons que le monde soit bon, beau, qu’il nous sourie, que tout se passe sans heurts, exactement comme nous l’avons prévu… Mais c’est une vision très simplifiée du monde.
Un jour, une jeune femme est venue voir papa. Elle traversait une période très difficile : elle avait plusieurs enfants en bas âge, nés littéralement les uns à la suite des autres, et avait du mal à s’en occuper. Elle était venue demander au rav comment elle pouvait changer sa situation. Papa lui a dit : « Pendant combien d’années pourras-tu encore avoir des enfants ? Pendant combien d’années cela te sera-t-il encore si difficile ? Quinze ? Vingt ? Chaque âme juive, c’est l’Éternité ! Peut-on comparer vingt années difficiles à l’Éternité ?
C’est ce que papa répétait dans de nombreuses situations difficiles. Que représentent quelques dizaines d’années remplies de difficultés face à l’Éternité ?
Bien sûr, nous prions pour que le Tout-Puissant ne nous envoie pas de dures épreuves. Et notre prière nous épargne bien des problèmes ! Mais il reste des difficultés que nous devons traverser selon le dessein du Tout-Puissant. Et nous levons la tête, désemparés : « Pour quelle faute ? Laisse-nous vivre en paix ! »
Cette même sœur qui, au moment de l’accident, était une fillette de 11 ans, douée, heureuse, belle, gâtée… En un instant, le Tout-Puissant a bouleversé sa vie d’une manière inimaginable ! Dans tous les domaines, physiques, spirituels… Et tout cela, elle a dû le traverser, enfant, sans le soutien de ses parents !
Combien de souffrances une petite fille peut-elle supporter ? Comment répondre à cette question ? Nous parlons des souffrances du corps dans ce monde. Tenons-nous compte de l’existence de l’âme ? Savons-nous ce qu’il y avait avant ? Ce qu’il y aura ensuite ? Ce qui l’attend ? Oui, en ce moment, c’est très, très dur pour elle. Mais le monde ne s’arrête pas ici. Il existe un monde vaste et magnifique, le monde de l’Éternité. Qu’emporterons-nous là-bas ?
À l’époque du Temple, un Juif pouvait venir avec son péché, offrir un sacrifice et repartir sans péché !
Quel bonheur, quel cadeau inestimable ! Mais si le cohen faisait quelque chose de travers, ou si le sacrifice était offert par quelqu’un qui n’était pas cohen, le péché demeurait. Et c’est une tragédie ! C’est une blessure profonde pour l’âme. À plus forte raison à Yom Kippour. Le Grand Prêtre devait expier les péchés de tout le peuple juif, et même une seule pensée erronée de sa part pouvait tout gâcher. Le peuple juif tout entier pouvait rester avec des péchés non expiés ! C’est une tragédie si terrible que le Grand Prêtre par la faute duquel cela se produisait en mourait !
Le Temple était le cœur du peuple juif ! De même que notre cœur fournit à tout le corps le sang nécessaire au maintien de la vie, le Temple était une source de spiritualité pour tout le peuple juif.
Chabbat Kodech, le cœur du judaïsme
Les lois du Chabbat sont si strictes parce qu’en les transgressant, nous frappons le cœur ! De même que le Temple était le lieu où l’on ressentait la présence du Tout-Puissant, Chabbat Kodech est le moment où nous ressentons Sa présence.
Chabbat est une journée entière de proximité particulière avec le Tout-Puissant. On peut établir de nombreux parallèles entre le Temple et Chabbat.
D’où les Sages apprennent-ils qu’il faut porter des vêtements particuliers le Chabbat ? Du fait que le cohen portait des vêtements particuliers pendant son service au Temple. Il ne convient pas d’entrer dans la maison du Tout-Puissant en vêtements de tous les jours ! Chabbat est un temps qui appartient au Tout-Puissant. Il ne convient pas de passer ce temps en vêtements de tous les jours !
Il faut se laver avant Chabbat, de même que les cohanim se lavaient (sanctifiaient) les mains et les pieds et s’immergeaient dans le mikvé avant de commencer leur service. L’allumage des bougies de Chabbat correspond à l’allumage de la Ménorah du Temple. La table de Chabbat, recouverte d’une nappe, correspond à la table du Temple.
Il existe une coutume, que certaines d’entre vous suivent peut-être, de faire cuire douze ‘hallot, en parallèle aux douze pains du Temple. Je ne vais pas m’y attarder ; on peut le lire dans le livre de papa, où il établit de manière détaillée et très belle les parallèles entre le Temple et Chabbat.