Rabbanite Hava Kouperman
Le chapitre 12 est le discours de Chmouel, qui quitte ses fonctions ; il a toutes les raisons de le faire, car le peuple n'a plus besoin de lui.
Mais nous devons, vous et moi, nous souvenir que Chmouel est la source de la force spirituelle de Chaoul. Au moment où Chmouel mourra, Chaoul perdra la racine de sa vie. Au chapitre 22 (au verset 6), nous lirons : « …Et Chaoul était assis à Guiv'a (sur une hauteur), sous le tamaris, sa lance à la main… » Le tamaris est le symbole de Chmouel, tout comme le lieu élevé. Le symbole de Chaoul est la colline de Guiv'a. Chaoul ne peut exister qu'à l'ombre du tamaris.
On trouve plusieurs fois de tels discours dans le Tanakh : d'éminents dirigeants du peuple juif les prononcent au terme de leur parcours terrestre. Ils s'adressent au peuple tantôt comme des parents, tantôt comme des chefs. Yaakov prononce un discours de ce genre (la 49e section de la dernière paracha du livre de Beréchit lui est consacrée). Le patriarche réprimande ses fils et les bénit. Moché prononce lui aussi un tel discours d'adieu : tout le dernier livre de la Torah, Devarim, lui est consacré. Ce discours comporte également des reproches adressés au peuple, mais, en fin de compte, Moché bénit les Juifs.
Dans son discours, Chmouel plaide en quelque sorte sa cause face aux Juifs : il leur démontre son innocence, tout en leur faisant des reproches et en les mettant en garde.
Si nous nous tournons vers le livre des Rois, nous verrons que David laisse lui aussi un testament à son fils Chlomo.
Mais revenons maintenant à Chmouel, qui suit dans une certaine mesure les traces de Yaakov et de Moché. (Nous avons déjà dit qu'il est comparé à Moché à bien des égards, et cela ressort tout particulièrement dans son discours final.)
Chmouel interpelle le peuple : « Soyez mon témoin devant l'Éternel et devant Son oint… » (12:3). Le mot « témoin » est employé au singulier, ce qui souligne que les Juifs ne sont pas dispersés, séparés les uns des autres : ils forment une communauté unie. Chmouel demande : « …À qui ai-je pris un bœuf et à qui ai-je pris un âne, qui ai-je lésé et qui ai-je opprimé, de la main de qui ai-je accepté un pot-de-vin qui m'ait aveuglé ? Je vous le rendrai » (ibid.). Non, tu n'as rien fait de mal, lui répond le peuple : tu n'as lésé, trompé ni opprimé personne.
La tradition orale rapporte que, dans toute l'histoire du peuple juif, l'Écho du Ciel s'est fait entendre à trois reprises au cours d'un procès terrestre ; autrement dit, il y eut une prophétie.
(La prophétie est un phénomène qui comporte plusieurs niveaux. L'Écho du Ciel, ou Bat Kol, « Fille de la Voix », en est le niveau le plus bas, accessible au plus grand nombre de personnes. La Bat Kol intervient dans des situations particulièrement délicates et critiques.)
L'Écho du Ciel retentit pour la première fois lorsque Yéhouda reconnut que Tamar était enceinte de lui. Selon une version, il prononça ces mots : « Elle est plus juste que moi » ; selon une autre : « Elle a raison, c'est de moi ! » Mais il existe encore une troisième version. Yéhouda dit : « Elle a raison. » Et l'Écho du Ciel transmit les paroles du Tout-Puissant, qui ajouta : « De Moi ! » Autrement dit : « C'est ainsi que Je l'avais voulu ! »
La deuxième fois, l'Écho du Ciel intervient lors du procès de Chmouel, et le « témoin » au singulier est le Tout-Puissant.
La troisième fois, l'Écho du Ciel se manifeste lors du jugement où le jeune roi Chlomo départage deux femmes qui revendiquent le même enfant. Cette histoire est largement connue. Toutefois, selon une tradition, ce n'est pas Chlomo qui désigna celle qui avait renoncé au nourrisson pour lui sauver la vie en disant : « C'est elle, sa mère », mais la Voix du Ciel.