Zissi Skarjinskaïa
Sans aborder les significations profondes, telles que « le vêtement de l’âme : les traits de caractère » ou « le vêtement dans le monde futur : les commandements accomplis », autrement dit, si l’on considère le vêtement dans son sens simple, en ce monde, voici ce qui en ressort.
Le vêtement est destiné à protéger le corps des influences extérieures : conditions météorologiques, insectes, rayons du soleil. Mais il peut aussi protéger des autres personnes. Le vêtement parle, en quelque sorte, de celui qui le porte ; plus exactement, une personne envoie toujours un certain message en s’habillant d’une certaine manière.
Par exemple, une personne en costume d’affaires affiche son statut, son activité professionnelle, le sérieux de ses intentions. C’est ainsi qu’on se rend à des rendez-vous importants, en se présentant comme un partenaire d’égal à égal, voire d’un rang supérieur…
Une personne en survêtement manifeste une plus grande ouverture ; elle se sent à l’aise avec elle-même et avec les autres, elle est prête à « jouer en équipe » et cherche à paraître agile et « en bonne forme ».
Lorsqu’on décide de passer une agréable soirée, on met une robe particulièrement belle : on envisage un certain moment de loisir. Ce n’est pas une tenue de travail : elle n’est pas toujours confortable, mais elle est belle. On sort « pour voir du monde et se faire voir ». Il faut faire impression.
Et ainsi de suite…
Cependant, ces derniers temps, les styles se mélangent complètement. Plus encore, les vêtements n’ont plus de sexe : ils sont désormais les mêmes pour tous. Chacun peut parler de lui à travers sa tenue. On peut pratiquement tout dire, même « je n’ai aucune honte ».
Mais venons-en au fait.
Quand une femme pratiquante et mariée sort dans la rue, que veut-elle dire par sa tenue ? Qu’elle est une femme pratiquante et mariée. Plus exactement : Moi. Pratiquante. Mariée. Femme.
Sa tenue comporte des éléments qui ne correspondent qu’à ELLE : c’est la composante « moi ». C’est son style, sa conception de la beauté et du confort. C’est ce qui, selon elle, lui va. C’est sa façon de s’exprimer.
En outre, son apparence doit montrer que c’est une femme pratiquante : autrement dit, on doit voir qu’elle connaît les exigences de la halakha (la loi juive). Elle peut y adhérer à 30 %, à 50 % ou à 100 %, et son apparence le reflétera. « Chacun choisit à sa mesure Bouclier et armure. Bâton et pièces rapportées. » Pour reprendre les mots du poète Iouri Levitanski, toutes ne choisissent pas de se protéger par leurs vêtements ; certaines aiment aussi les pièces rapportées : on couvre un peu ici, un peu là…
L’élément suivant : mariée. On doit comprendre en la voyant qu’elle est mariée. Et cela ne se résume pas à une petite bague au doigt. Tous ceux qui l’entourent doivent voir que cette femme est mariée. Pas « je suis plus ou moins mariée », ni « si l’on regarde de très près ». C’est un statut. Cela doit être suffisamment clair pour qu’on s’adresse à elle dans la rue avec le respect qui lui est dû.
Et enfin : femme. Une femme est féminine. Elle peut vouloir ressembler à une petite fille jusqu’à 120 ans, libre à elle. Mais pas porter des vêtements résolument masculins. N’entrons pas dans le débat sur les pantalons masculins et féminins : à notre époque, une décision prescrit de porter uniquement une jupe. Mais un manteau de pluie, une veste, un chapeau et des chaussures peuvent aussi avoir une silhouette féminine ou masculine. Mieux vaut tout de même une silhouette féminine. Une femme qui choisit des éléments masculins préfère le confort à la beauté, l’agressivité à la douceur. Ce n’est pas une attitude juive, excusez-moi. Par leurs vêtements, les hommes exigent le respect ; voilà pourquoi leur tenue est agressive. Une femme s’habille de telle sorte que ce respect aille de soi : c’est un respect pour son essence intérieure, « kol kevoda bat mélekh penima» («La dignité de la femme est intérieure »). Une femme en vêtements masculins renonce à sa composante féminine ; elle veut devenir pour l’homme un « ami » ou un « rival », ce qui sème la confusion dans sa pauvre tête. Il sait qu’il est programmé pour la protéger, mais voilà que, par son apparence, elle se présente comme son adversaire, ou risque à tout moment de lui « prêter main-forte », en commençant à l’aider dans des affaires purement masculines (dans le meilleur des cas, par des conseils). Les vêtements masculins portés par une femme affaiblissent l’essence de l’homme : que lui reste-t-il ? Lui ne va tout de même pas enfiler une jupe à pois…
Les vêtements masculins se sont solidement installés dans la garde-robe féminine après la Seconde Guerre mondiale. Coco Chanel, qui donnait le ton en matière de mode, a commencé à les faire entrer dans notre conception de l’habillement (pas immédiatement dans nos garde-robes : toutes n’étaient pas aussi audacieuses). Pendant la guerre, les femmes ont pris la relève des hommes à de nombreux postes. Elles ont travaillé jusqu’à l’épuisement à des tâches masculines. Elles ont compris qu’elles étaient capables de s’en charger (elles n’avaient pas le choix). Après la guerre, lorsque les hommes sont revenus, les femmes n’ont pas immédiatement voulu leur rendre leur place. Elles se sont donc mises à rivaliser avec eux, en le montrant notamment par leurs vêtements.
Aujourd’hui encore, nous nous sentons plus fortes lorsqu’un élément de notre tenue a une silhouette masculine. Mais pourquoi ? Aujourd’hui, on peut se permettre de relâcher la pression, particulièrement quand on est une femme pratiquante. Nous perdrons dans une confrontation directe avec la force masculine : aucune tenue agressive ne nous aidera. Mais les hommes sont désarmés devant notre douceur, parce qu’ils sont programmés pour protéger (à condition, bien sûr, de ne pas être complètement déboussolés à notre époque).
Nous pouvons nous permettre de laisser paraître un peu de faiblesse, puisque nous savons à quel point nous sommes fortes en réalité.