S’éloigner du mensonge
26. Il est parfois permis de modifier certains éléments afin d’éviter les conflits et les situations désagréables. La Torah accorde une grande attention aux lois qui régissent les relations humaines, l’objectif ultime étant d’amener les êtres humains à l’unité et à l’amour. Les dissensions et la haine ont toujours été à l’origine de nombreux malheurs dans le monde, notamment l’assimilation et les persécutions de la part de personnes d’autres confessions. Pour éviter cela, dans diverses situations délicates, la Torah permet de recourir à des méthodes « non conventionnelles », c’est-à-dire de donner des informations inexactes lorsqu’on redoute un conflit imminent.
Exemple :
Vous êtes très pressée de rentrer chez vous. En chemin, un passant tente de vous arrêter pour vous demander un stylo. Il doit noter quelque chose de toute urgence. Vous lui répondez sans vous arrêter : « Je n’ai pas de stylo. »
Selon la loi, il est permis de dire que vous n’avez pas de stylo pour ne pas le vexer, puisque vous n’avez pas, à ce moment-là, la possibilité de lui en prêter un. Selon une autre opinion, en cas de nécessité, il n’est permis de mentir qu’à condition que vos paroles puissent être comprises de deux façons (par exemple, « mon stylo est à la maison » : première possibilité, la personne a oublié son stylo à la maison ; seconde possibilité, elle a un stylo à la maison, mais elle en a aussi un dans sa poche.)
Il faut néanmoins, à chaque fois, examiner soigneusement s’il convient de mentir dans le cas en question.
27. Le Talmud de Babylone, dans le traité « Ketoubot », examine la question de savoir comment louer et célébrer la mariée devant le marié au festin de noces. Il existe une mitsva : réjouir le marié pendant toute la première semaine qui suit le mariage. Il faut notamment faire l’éloge de son épouse : qu’est-ce qui pourrait davantage le réjouir et l’enthousiasmer ?
Les sages de l’école de Chammaï disent : « On ne peut louer chez la mariée que les qualités qu’elle possède. Selon eux, on ne peut faire son éloge pour des qualités inexistantes, car il est interdit de mentir.
Par exemple, on peut louer une mariée querelleuse pour son intelligence et ses talents de maîtresse de maison, mais pas pour son caractère. » Les sages de l’école de Hillel affirment que toute mariée est belle et vertueuse. (On peut le dire à chaque marié.)
Mais qu’en est-il de l’interdit « éloignez-vous du mensonge » ? En réalité, aux yeux du marié lui-même, elle est bel et bien belle et vertueuse (ou, du moins, peut le devenir), et il en est sincèrement convaincu.
La loi a été fixée conformément à l’opinion de l’école de Hillel, et il est considéré comme très important, lors d’un mariage, de couvrir la mariée d’éloges, même si elle n’est pas très belle, si elle est aveugle ou même laide. Il est également permis de parler de qualités intérieures qu’elle ne possède pas. Ce n’est pas seulement permis : c’est une instruction explicite des sages des générations passées.
28. C’est une grande mitsva de prononcer un discours consacré au défunt lors d’une cérémonie de deuil (hesped). Il est alors permis d’exagérer légèrement en évoquant ses bonnes actions et ses qualités. Mais il ne faut ni exagérer outre mesure ni évoquer des vertus qu’il ne possédait absolument pas. Cela peut porter préjudice à l’orateur lui-même et faire souffrir l’âme du défunt.