Rabbanite Léa Gans
Troisième partie : Quand survient une crise
Souvent, au début de la vie conjugale, tout va bien. Quelques années plutôt heureuses passent, puis vient le temps des épreuves : des difficultés financières, des problèmes de santé, le décès d’un proche (que D.ieu nous en préserve). Toutes ces choses auxquelles on ne pense pas au début, que l’on ne souhaiterait pas à son ennemi, surviennent brusquement. Alors, ce qui paraissait immuable, permanent, ne fonctionne plus, et il faut de nouveau travailler sur soi, sur ses qualités, travailler à la construction de son foyer. Pour la femme qui n’a cessé de s’investir dans son mariage durant tout ce temps, la période des épreuves sera sensiblement plus facile. Elle sait qu’ensemble, son mari et elle peuvent surmonter cela.
Si un couple n’est pas prêt à s’investir dans son mariage, il pourra encore, tant que la route est plane, tant bien que mal « tirer la charrette ». Mais à la première bosse, à la première épreuve, la famille risque de se disloquer. Je connais beaucoup de familles de ce genre. L’enfant de personnes de ma connaissance est tombé gravement malade (que D.ieu en préserve tout le monde). Les soins, les déplacements à l’hôpital, les dépenses importantes ont commencé : c’en était fini de cette famille. Ils se sont séparés. Apparemment, c’est dans de telles situations que l’on vérifie s’ils étaient suffisamment « ensemble », unis.
Et dans la pratique ?
À propos de 'Hava, il est écrit : « Et vers ton mari se portera ton désir. » Selon l’une des explications, avant la faute, l’amour d’Adam et de 'Hava était semblable à celui d’un parent pour son enfant : il était naturel et accueillant. Mais après la faute, 'Hava doit faire un travail pour que « son désir » se porte vers son mari.
Que signifie, dans la pratique, « être ensemble », « laisser l’autre entrer dans son égoïsme » ?
Cela signifie, par exemple, ressentir ses propres émotions et supposer que l’autre ressent peut-être la même chose. Imaginons qu’une famille rentre d’un voyage le soir. La maman fatiguée sent qu’elle a envie de boire un verre d’eau et de se reposer ! Mais que ressentent les autres ? Nous comprenons ce que ressentent les enfants, c’est naturel. Les petits sont eux aussi fatigués et ont soif : je leur donnerai à boire en premier, avant même de boire moi-même. Avec le mari, ce n’est pas pareil. Nous ne ressentons pas naturellement ses besoins. Notre tâche est donc d’intégrer ses besoins aux nôtres, pour les ressentir comme nos propres besoins. Il y a des femmes qui s’y appliquent et ont le mérite d’y parvenir.
Je me souviens que, chaque année, mon beau-père disait à ma belle-mère de s’acheter quelque chose qui lui ferait plaisir, un cadeau. Mais elle avait des besoins si modestes, tant de possessions lui étaient si peu nécessaires… Elle demandait : « Mais qu’est-ce que je vais acheter ?! Je n’ai besoin de rien ! » Il lui répondait pourtant chaque fois : « Non, tu dois absolument te faire plaisir ! » Elle est donc allée lui acheter un manteau neuf : « Voilà ! Maintenant, j’ai acheté quelque chose qui me fera plaisir ! » Et c’était vraiment ce qu’elle ressentait.
Imaginons que tout le monde soit enfin couché après une journée épuisante. La femme se souvient alors que la porte n’est pas fermée à clé. Qui doit se lever pour la fermer à clé ? Notre égoïsme dit : « Je suis tellement fatiguée ! J’ai nourri, lavé et couché les enfants ! Qu’il se lève ! » Mais celle qui travaille sur elle-même dira : « On dit seulement qu’ils sont le sexe fort et nous le sexe faible. En réalité, les femmes ont beaucoup plus de force intérieure et de ressources cachées. Je vais me lever et fermer la porte à clé moi-même. »
Comment l’union de deux personnes devient-elle une unité ? Lorsqu’elles travaillent à intégrer l’autre en elles-mêmes, à le ressentir comme elles-mêmes, à considérer ses besoins comme les leurs. Alors disparaît la frontière au-delà de laquelle se trouve « l’autre », et il devient « moi ».
Lorsqu’on bénit les mariés, on dit « chétizkou lébinyan adé ad » (« que vous ayez le mérite d’un foyer éternel », c’est-à-dire que leur famille donne naissance à une descendance solide). Cela peut aussi se comprendre comme « que vous ayez le mérite de bâtir sans cesse », car dès que l’on cesse de construire, la destruction commence, que D.ieu nous en préserve.
Préparé par Mme Zissi Skarjinskaïa