Par quoi commence une famille juive ? Par quoi commence la construction d’un foyer juif ?
Quiconque a déjà assisté à un mariage juif sait qu’on y prononce, ainsi que pendant les sept jours qui suivent, des bénédictions particulières, les « chéva berakhot ». Elles recèlent un sens particulier qui constitue le fondement de la construction d’un foyer juif épanoui.
Qu’est-ce qu’un foyer ? Non pas un bâtiment, mais une famille. Lorsque nous parlons d’un foyer, nous imaginons, d’un côté, un système complexe dont la création exige de la réflexion et un certain savoir-faire. Mais, d’un autre côté, c’est quelque chose de simple, de confortable pour nous et de facilement tangible.
Un foyer paraît simple de l’extérieur, mais il se compose de nombreux éléments réunis selon des lois complexes. De même, les relations entre époux doivent elles aussi être simples.
Rav Chlomo Wolbe disait que, pour créer un bon foyer (une famille), il faut prendre conscience de toute la complexité et des multiples facettes de cette notion… et créer sur cette base quelque chose de simple et de compréhensible. Une mosaïque, si on l’envisage comme un ensemble de pièces séparées, est très complexe. Mais dès qu’elles sont assemblées, on obtient un dessin simple et compréhensible. C’est ce dont parle l’une des sept bénédictions nuptiales : « Qui a créé l’homme… et a bâti de sa propre chair un édifice éternel ».
Une autre bénédiction dit : « Accorde la joie à ceux qui s’aiment, comme Tu as jadis réjoui au Gan Éden celui que Tu avais créé (l’homme) ».
L’épouse représente pour son mari une partie de cet édifice uni et éternel qu’ils doivent bâtir ensemble.
Pour accomplir pleinement la mission de perpétuer la lignée, l’être humain a besoin de trois générations. Toutes les créatures sur terre, à l’exception de l’être humain, n’ont que deux générations : les parents et les enfants. Seul l’être humain a une troisième génération : les grands-mères et les grands-pères. Ainsi, la troisième génération est ce qui élève l’être humain, ce qui lui donne sa différence essentielle et spirituelle avec le monde animal.
Et l’épouse représente pour son mari le premier pas vers cette spiritualité.
Que signifie « comme Tu as jadis réjoui au Gan Éden » ? De quelle époque s’agit-il ? De celle qui a précédé la première faute. Mais comment y revenir ?! La faute a déjà eu lieu : pourquoi demander ce qu’il est impossible de retrouver ? Pourtant, dans les sept bénédictions nuptiales, nous demandons au Créateur de nous ramener précisément à cet état d’unité et de joie.
Les deux bénédictions évoquées, celle de « l’édifice éternel » et celle de « la joie au Gan Éden avant la faute », indiquent que la construction d’une famille est un processus très complexe, fondé sur des notions qui relèvent des catégories spirituelles les plus élevées, complexes et difficiles à saisir. Pourtant, toutes ces notions se manifestent dans la vie familiale sous une forme très simple et accessible. Se souhaiter « bonjour » et « bonne nuit », entretenir la maison, prendre soin des enfants. Tout cela est simple et compréhensible pour chacun. Voilà à quoi doit ressembler un foyer juif : les notions spirituelles les plus élevées sont à la base de gestes et de paroles simples et évidents.