Nechama Cheli

Questions embarrassantes, canulars et plaisanteries aux dépens d'autrui

L'interdiction de blesser et de faire souffrir (onaat devarim) 11. Lorsqu'un commerçant ne dispose pas du produit demandé, il lui est interdit d'envoyer les clients dans un autre magasin s'il sait que ce dernier n'a pas non plus ce type d'article en stock à ce moment-là. (Il arrive qu'un commerçant soit gêné de laisser les visiteurs sans réponse ou qu'il ne par…

Questions embarrassantes, canulars et plaisanteries aux dépens d'autrui

L'interdiction de blesser et de faire souffrir (onaat devarim)

11. Lorsqu'un commerçant ne dispose pas du produit demandé, il lui est interdit d'envoyer les clients dans un autre magasin s'il sait que ce dernier n'a pas non plus ce type d'article en stock à ce moment-là. (Il arrive qu'un commerçant soit gêné de laisser les visiteurs sans réponse ou qu'il ne parvienne pas à faire face à l'affluence ; cette solution peut donc lui sembler, à tort, tout à fait acceptable).

12. Si l'on appelle un taxi, commande une pizza ou fait appel à d'autres services dans le seul but de s'amuser, on transgresse également l'interdiction de « blesser autrui ». En outre, lorsqu'un tarif fixe est prévu pour le déplacement à domicile, le « plaisantin » est également tenu de réparer le préjudice causé. S'il s'agit d'appels à la police, aux pompiers ou aux services médicaux d'urgence, un appel inutile peut directement mettre en danger la vie de quelqu'un. En effet, il faut parfois envoyer un véhicule de secours à un autre endroit, où on l'attend réellement ; s'il est alors en route pour répondre à l'appel du « plaisantin », une personne gravement malade risque de ne pas recevoir les secours d'urgence à temps.

De telles plaisanteries sont également interdites envers les particuliers (par exemple, lorsqu'on les appelle pour leur annoncer qu'ils ont gagné une grosse somme d'argent, etc.), car on leur fait ainsi perdre leur temps inutilement et on les fait souffrir.

**** Les vacances d'été avaient commencé. Hanna jouait avec ses amies sur l'aire de jeux. Une autre famille nombreuse y arriva à ce moment-là. On voyait qu'elle n'habitait pas le quartier. L'un de ses membres s'approcha de Hanna et lui demanda où l'on pouvait acheter du lait infantile. Hanna se souvint aussitôt d'une vieille dame qui s'était plainte plus d'une fois à ses parents du bruit dans la cour et de son comportement.

« Il y a ici une dame qui tient un guema'h[1] pour les personnes qui ont besoin de ce lait infantile », dit Hanna. Puis elle ajouta que cette femme était très âgée, qu'elle avait peur des cambrioleurs et des agents du fisc, et qu'il leur faudrait donc lui expliquer qui ils étaient réellement.

La famille se rendit chez la vieille dame, tandis que Hanna et ses amies rentrèrent en courant à la maison pour observer la suite des événements. Les fillettes regardaient la scène en se tordant de rire : les membres de cette famille essayaient de convaincre la voisine qu'elle n'avait rien à craindre et qu'ils avaient simplement besoin de lait infantile, tandis qu'elle criait qu'elle ne savait rien et que, si on ne la laissait pas tranquille, elle appellerait la police.

Hanna a transgressé trois commandements : « Ne te venge pas », « Aime ton prochain » et l'interdiction d'« onaa ». Quant à ses amies, elles auraient dû essayer d'arrêter Hanna et, en tout cas, ne pas participer à un tel acte.

13. Si une question a été posée à un groupe de personnes et que nous ne sommes pas sûrs qu'une personne présente en connaisse la réponse, il est interdit de nous adresser à elle en disant : « Alors, qu'en dis-tu ? »

14. Il est interdit aux élèves de poser une question qui pourrait mettre leur enseignant dans l'embarras.

15. Si quelqu'un a posé par erreur une question déplacée, voire stupide, il ne faut pas aussitôt le regarder. Il éprouvera moins de peine et de honte si on ne lui lance pas de regards ironiques.

Madame Sosnova discutait avec une amie au mariage de sa nièce. Soudain, le verre de prix qu'elle tenait lui échappa des mains et se brisa. De nombreux invités se retournèrent aussitôt pour la regarder. Elle surprenait ces regards et se sentait très honteuse et embarrassée. Une seule chose la consola : les plus respectées des épouses de rabbins, assises à la table d'honneur, n'avaient même pas levé les yeux et continuaient à vaquer à leurs occupations.

En réalité, les femmes assises à la table d'honneur avaient elles aussi entendu le tintement du verre brisé, mais avaient décidé qu'il valait mieux ne pas regarder dans cette direction.


[1] Abréviation de « guemilout 'hassadim » — accomplissement d'actes de bonté désintéressés. On désigne habituellement par ce mot des fonds privés auprès desquels on peut obtenir un prêt sans intérêt, emprunter des objets du quotidien dont on a besoin de toute urgence ou bénéficier d'autres services gratuits. Dans les annuaires téléphoniques destinés aux régions habitées par des Juifs fidèles à la Torah, on trouve des pages entières remplies des coordonnées de ces guema'him — par exemple, des guema'him de chaises, de biberons, de médicaments, et même un lieu d'accueil pour les enfants qui se sont perdus.