Nechama Cheli

Qui est le maître des lieux ?

D’après les cours de la rabbanite M. Lévy (fille du rav Chimchon David Pinkous) Les Sages discutent d’une question intéressante liée aux lois du Temple. Un cohen a accompli les kiddouchin avec une femme en utilisant de la viande d’un sacrifice à la place d’une bague. Est-elle devenue sa femme ? On sait que l’objet au moyen duquel un homme a…

R. M. Lévi

Qui est le maître des lieux ?
D’après les cours de la rabbanite M. Lévy (fille du rav Chimchon David Pinkous)

Les Sages discutent d’une question intéressante liée aux lois du Temple. Un cohen a accompli les kiddouchin avec une femme en utilisant de la viande d’un sacrifice à la place d’une bague. Est-elle devenue sa femme ? On sait que l’objet au moyen duquel un homme acquiert une femme pour épouse doit remplir deux conditions : avoir de la valeur et appartenir à cet homme. Si cet objet ne lui appartient pas, la femme ne devient pas son épouse. La viande du sacrifice appartient-elle au cohen ? Les Sages répondent : non ! Elle n’est pas devenue sa femme. Certes, il a le droit de manger cette viande, mais elle ne lui appartient pas.

Dans la maison du Très-Haut, tout appartient au Très-Haut !

Et qu’en est-il de nous, qui savourons les mets de Chabbat ? Nos Sages enseignent que toutes les dépenses jusqu’à la fin de l’année sont fixées à Roch Hachana, à l’exception des dépenses pour les Chabbat, les fêtes et l’enseignement de la Torah aux fils.

Papa expliquait très joliment pourquoi le Très-Haut rembourse l’argent dépensé pour l’étude des fils. On sait que trois prennent part à la création d’un enfant : le père, la mère et le Très-Haut. Le père donne les os, la mère, le sang, et le Très-Haut, l’âme. De quoi les os ont-ils besoin ? De vêtements. Le père doit fournir des vêtements à l’enfant. Qu’est-ce qui nourrit le sang ? La nourriture. Le rôle de la mère est de nourrir. Et de quoi l’âme a-t-elle besoin ? De l’étude de la Torah ! C’est le Très-Haut qui la paie ! Et Il la paie réellement ! Ce ne sont pas de vaines paroles ! Si l’enfant a besoin d’un professeur particulier, ou s’il faut le changer de 'heder pour un autre auquel on ne peut se rendre qu’au moyen d’un transport coûteux, ne faites pas d’économies : le Très-Haut remboursera tout !

Les dépenses de Chabbat sont elles aussi remboursées. « Empruntez à Mon compte, Je paierai », dit le Très-Haut.

C’est Son jour, qu’Il passe avec nous, et c’est Lui qui en assume les frais. (Je ne vais pas tenter de trancher la question halakhique de savoir combien d’argent nous avons le droit de dépenser en l’honneur de Chabbat et de quelle manière.) J’ai eu le mérite de grandir dans la maison de mon éminent père, pour qui cela était une réalité. Chez nous, il n’y avait jamais d’argent en trop, mais je ne l’ai compris qu’après mon mariage, lorsque j’ai dû gérer mon propre compte bancaire. Chez mes parents, nous ne ressentions aucun manque. Nous étions heureux, nous avions tout ce qu’il nous fallait !

Mais Chabbat était tout à fait particulier ! Papa ne faisait généralement pas les courses, mais avant Chabbat, il allait lui-même au magasin, accompagné de l’une de ses filles (pendant de nombreuses années, ce fut moi). Il ne regardait pas à la dépense et répétait : « Pourquoi hésites-tu ? C’est gratuit ! Ça ne coûte rien ! » Maman essayait de protester : « Mais nous ne mangerons jamais tout cela ! » Papa répondait : « L’abondance est une marque de respect envers Chabbat. Je veux qu’il y ait de l’abondance sur la table. J’achète pour Chabbat. Et s’il reste quelque chose, nous le finirons plus tard, car il est dit que Chabbat est la source de bénédiction pour toute la semaine. »

Un avrekh avec qui papa avait étudié de nombreuses années auparavant racontait comment ils avaient étudié cette souguia : « Empruntez à Mon compte, Je paierai. » Papa avait dit : « Allons au magasin vendredi et montrons-nous concrètement l’un à l’autre que nous achetons les provisions de Chabbat aux frais du Très-Haut. » Cet avrekh avouait que cela lui avait été très difficile. Papa longeait les rayons du magasin et disait : « Prends ! C’est gratuit ! Quoi, tu n’y crois pas ? Le Très-Haut le promet, et tu n’y crois pas ?!! »

Il ne fait aucun doute que le Très-Haut rembourse les dépenses de Chabbat à ceux qui y croient !

Il ne s’agit pas, après avoir cédé à la tentation de cerises à quarante shekels le kilo, de nous persuader à tort que nous les achetons en l’honneur de Chabbat. Si nous les achetons réellement en l’honneur de Chabbat et si nous croyons réellement que le Très-Haut rembourse les dépenses de Chabbat, alors Il nous remboursera les cerises.

Tout est très simple. Ce jour appartient au Très-Haut. Le Très-Haut est le maître de maison. C’est Lui qui paie, c’est Son repas.

Nous sommes assis à la table de Chabbat, nous mangeons les plats que j’ai préparés, le gâteau que j’ai cuit, la mousse que j’ai montée, tout cela se passe dans la maison que j’ai nettoyée, mais je ne suis pas la maîtresse de maison ici ! Ce jour-là, c’est le Très-Haut qui est le maître de maison !

Qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Nous nous efforçons toutes de faire en sorte que notre table de Chabbat soit comme il se doit. Des paroles de Torah, des chants de Chabbat… Mais je dois avouer, et cela vous arrive peut-être aussi… Tout ne se passe pas toujours comme prévu. Il m’arrive de me retrouver soudain, je ne sais comment, sur le canapé… Ou de m’emporter contre un enfant qui a renversé du Coca-Cola sur le sol propre… Tout peut arriver.

Mais je peux vous garantir que je me conduirai de façon irréprochable, que je ne me fâcherai contre personne et que j’écouterai attentivement les paroles de Torah prononcées à table si je suis invitée chez une personne importante.

Mon frère aîné est devenu le rabbin d’Ofakim à la place de papa. Que le Très-Haut lui donne beaucoup de forces, il fait énormément pour la communauté… Un jour, nous étions invités chez lui. Il y avait aussi une femme de la communauté, une veuve avec deux enfants. Elle s’agitait, comme sur des charbons ardents, et faisait sans cesse taire ses enfants pour qu’ils se tiennent bien, ne les laissant littéralement pas respirer. J’essayais de lui dire de ne pas s’inquiéter, en citant l’exemple de mes propres enfants qui se déchaînaient à leur guise. Et soudain, en la regardant, j’ai compris ce que signifie être invité chez quelqu’un que l’on respecte énormément.

À notre table de Chabbat, nous ne sommes pas les maîtres de maison. Le Très-Haut est le maître de maison. Pendant le troisième repas, nous chantons : « Ce repas est pour le Saint Éternel »...

Papa nous a un jour demandé ce que cela signifiait. Nous avons répondu que le Très-Haut était présent avec nous au repas. Papa a dit : « Ce n’est pas exact ! C’est le repas du Très-Haut ! Il n’est pas exact de dire qu’Il est notre invité ! C’est Lui le maître de maison ! Et nous sommes Ses invités. » Et si le Très-Haut est le maître de maison, alors nous ne ferons pas tout ce qui nous passe par la tête.

à suivre
traduction et adaptation : Mme Kh. Berman