Amira Chaïn
Parfois, nous cherchons du travail sans en trouver pendant des mois, des années. Le temps file et nous soupirons : « Tout marche au piston », « On n’aime pas les Russes/les personnes pratiquantes », « Je suis trop jeune/trop âgée », « Personne ne veut embaucher une jeune fille sans expérience/une maman avec des enfants », etc. Nous justifions en quelque sorte ce qui se passe, nous nous l’expliquons par des causes « naturelles ».
Pourtant, il arrive aussi que nous « repoussions » nous-mêmes les possibilités d’embauche.
C’est de cela que je voudrais parler aujourd’hui. Pourquoi cela se produit-il ? Peut-être qu’au fond de nous, nous souhaitons autre chose : consacrer notre énergie à nos enfants, à notre foyer ? Et, avant de nous replonger dans la recherche d’un poste, peut-être faut-il comprendre pourquoi nous tenons tant à travailler ? En dehors de l’argent, bien sûr. Qu’est-ce qui nous fait souffrir de ne pas avoir de travail ?
Tout d’abord, il semble que nous souhaitions travailler pour nous prouver à nous-mêmes et montrer aux autres que « je vaux quelque chose ». Certaines d’entre nous trouvent plus facile de mesurer leur valeur au salaire qu’elles perçoivent ou à l’importance du poste qu’elles occupent. Et ainsi de « mériter » l’amour. Cette impression qu’il faut faire énormément d’efforts pour mériter l’amour est trompeuse, fondamentalement erronée.
Dans un prochain article, j’essaierai d’expliquer pourquoi nous nous donnons tant de mal pour « mériter » l’amour de notre entourage.
Qu’est-ce qui fait donc naître en nous le désir de travailler ?
- Nous nous inquiétons pour nous-mêmes et pour nos proches. Bien sûr, « si je ne suis pas pour moi… » « Si je ne le fais pas, qu’arrivera-t-il ?.. »
- Nous assumons la responsabilité de tout, y compris des revenus.
- Nous recherchons la satisfaction et le bonheur. Nous choisissons le chemin auquel nous sommes habituées depuis l’école, depuis l’enfance : étudie assidûment, la réussite viendra alors et tu éprouveras donc de la satisfaction, du bonheur, le sentiment de valoir quelque chose.
Nous pouvons maintenant examiner l’autre face de la question :
- Quelque chose en moi me dit : j’en ai assez de prouver que je vaux quelque chose.
- Je veux qu’on m’aime tout simplement, sans effort de ma part, puisqu’on aime bien les petits enfants sans qu’ils aient à faire quoi que ce soit pour cela.
- Je veux vivre ma vie sans éprouver le besoin de prouver quoi que ce soit à qui que ce soit, même à moi-même.
- Je ne veux assumer aucune responsabilité qui ne relève pas de mes obligations ; je veux qu’on me gâte, qu’on prenne soin de moi.
Le bonheur intérieur, la joie profonde et la satisfaction ne peuvent venir de l’extérieur.
Une femme ne pourra jamais se satisfaire de succès et de réussites extérieurs, comme une carrière. La carrière ne peut être qu’une agréable toile de fond, mais pas l’essentiel.
Comment réagissons-nous à un « récit de réussite » du genre : « Sara a consacré toute sa vie aux affaires, elle est partie de zéro et a gagné des millions ; elle était respectée et honorée. Elle ne s'est jamais mariée et n'a pas d'enfants » ? Le cœur se serre de pitié !
Ou prenons un autre récit : « Mira a vécu toute sa vie dans une terrible pauvreté ; elle était mariée à un homme merveilleux, avec qui elle vivait en paix. Elle a élevé des enfants. Elle a savouré la compagnie de ses petits-enfants et de ses arrière-petits-enfants. »
Ce récit n'évoque-t-il pas un sentiment de chaleur, de satisfaction dans la vie et de simple bonheur féminin ?
Pour faire le contraste, je voudrais donner l'exemple d'un homme qui a réussi. Le récit de la réussite d'un homme est toujours celui d'une réussite en dehors du foyer, en dehors de la famille. Lorsqu'on veut décrire un homme qui a réussi dans la vie, on évoque sa position sociale, sa progression professionnelle, un poste important, d'autres réalisations, comme la rédaction de livres sur la loi juive ou de commentaires de la Torah.
Les hommes ont le commandement de « conquérir la terre ». Notre carrière de femmes s'oriente, pour l'essentiel, vers les profondeurs de notre âme féminine et s'accomplit au sein du foyer ; les relations chaleureuses et harmonieuses avec notre mari, notre famille et, bien sûr, avec nous-mêmes y occupent une place essentielle.
À propos des responsabilités des autres, que nous avons tendance à prendre sur nous.
Nous, les femmes, rêvons de nous appuyer sur une solide épaule masculine. Alors pourquoi ne faisons-nous pas toujours confiance ? Pourquoi intervenons-nous, faisons-nous des remarques, comme une mère à un petit garçon ? Et non comme une épouse à son mari adulte, sensé et responsable. Après tout, nous avons épousé quelqu'un sur qui l'on peut compter.
Je pense que c'est là que se cache la raison de notre résistance inconsciente au travail (à l'extérieur du foyer). Lorsque notre maison est remplie d'amour, que la paix y règne, que nous y consacrons nos forces et qu'elle est notre préoccupation principale, le travail arrive lui aussi, exactement celui dont nous rêvions, celui qui nous permet de nous accomplir et de montrer nos capacités. Tout se met soudain en place, comme les pièces d'un puzzle.
Bien sûr, il y aura différentes périodes, des hauts et des bas, et il est important que nous soyons plus douces envers nous-mêmes.
L'homme est déterminé, fort, il va de l'avant. La femme est douce, chaleureuse ; elle permet à son mari et à ses enfants de grandir et de s'épanouir, même si l'on considère cela au sens physique le plus simple : pendant la grossesse. Que demande-t-on à la femme pendant la grossesse pour la santé du bébé ? De courir à toute allure, sans penser à elle, de s'inquiéter de savoir où trouver encore de l'argent. Ou de manger sainement et à heures régulières, de se reposer, de ne pas se surmener, d'être de bonne humeur, bref, simplement d'être en bonne santé, soignée et joyeuse ?
Bien sûr, moi aussi, je cours pendant ma grossesse après mes jeunes enfants. Mais je voulais souligner que notre contribution et notre responsabilité consistent avant tout à être auprès d'eux : douces, fortes et en bonne santé.