« Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier » (Chemot, 20:8).
Le saint jour du Chabbat, nous avons un commandement particulier de nous en souvenir, et un autre commandement de nous y préparer, de préparer des plats particulièrement savoureux pour Chabbat.
À première vue, comment est-ce possible ? Pour être acquitté lors du jugement de Roch Hachana, il faut sonner du chofar, qui, comme on le sait, recèle une puissance immense. Il en va de même pour le loulav, la matsa et les autres commandements. Mais comment peut-on mériter Chabbat en mangeant des plats savoureux ?
La réponse est que ce n'est pas grâce à la nourriture qu'on mérite Chabbat.
Il n'existe aucun moyen de mériter Chabbat, car c'est un don du Très-Haut. Nous devons seulement désirer Chabbat. Quand une personne prépare différents mets pour Chabbat, surtout si elle commence à s'y préparer dès le dimanche, elle montre ainsi qu'elle attend Chabbat avec ardeur ; et celui qui le désire le méritera.
Dans le « Choul'han Aroukh », dans les lois du Chabbat, il est fait mention du principe de la confiance dans le Créateur : « C'est une grande mitsva de ne pas y penser du tout (aux affaires, aux activités professionnelles — pendant Chabbat), et que l'on s'imagine que toutes ses affaires sont déjà réglées ». Pendant Chabbat, on laisse de côté toutes ses affaires et on ne s'inquiète absolument pas de savoir d'où viendra son revenu.
Pendant Chabbat, nous ne lisons pas non plus ce qui concerne les jours de semaine. Pourquoi ? La réponse est simple : imaginez que des parents, venus de loin, rendent visite à leur fils, et que celui-ci les laisse pour s'installer et lire le journal…
Pendant Chabbat, il est également interdit de cuisiner, de faire cuire des gâteaux. Pourquoi ? Reprenons le même exemple : les parents sont venus en visite, le père demande : « Où est Rachel ? » Et son gendre répond : « Elle est à la cuisine, elle fait cuire un gâteau… » — « Je ne suis pas venu manger du gâteau, dit le père. Je suis venu m'asseoir avec vous et discuter. Asseyez-vous ici, près de moi, et réjouissons-nous d'être ensemble. »
C'est précisément ce que le Très-Haut attend de nous pendant Chabbat. Si vous avez préparé des mets délicats avant Chabbat, mangeons-les ensemble. Mais si vous ne les avez pas préparés, ce n'est pas maintenant qu'il faut les préparer !
Maintenant, nous sommes assis à table, nous échangeons des paroles de Torah et nous nous réjouissons d'être ensemble. Pendant Chabbat, nous sommes avec le Très-Haut. On connaît ces paroles du Talmud de Jérusalem : « C'est à peine si l'on a permis de demander “Es-tu en paix ?” pendant Chabbat ». Pourquoi ? Parce que lorsqu'on se trouve en présence du Roi des rois, le Très-Haut, on ne demande pas à quelqu'un comment il va.
Comment créer cette atmosphère ? Il n'y a rien à créer : il suffit de se souvenir qu'aujourd'hui, c'est Chabbat, et de ne pas la gâcher. La table doit être une table de Chabbat. Et il faut savoir qui est présent à cette table : c'est la table du Très-Haut !
Cela nous aidera à comprendre encore un autre point. Pendant Chabbat, nous ne prions pas pour nos besoins matériels. Pourquoi ?
On raconte l'histoire d'un collecteur de dons qui rencontrait un grand succès. Lorsqu'il voulait aborder un homme riche, il se renseignait à l'avance sur toute sa famille, ses parents, ses frères et sœurs, et ainsi de suite. Et quand il venait chez cet homme riche, il commençait par s'asseoir et lui parler de sa ville natale, de son grand-père, de son oncle, etc.
Puis l'homme riche lui demandait : « Que veux-tu ? »
« Oh, rien, rien, répondait-il, je repasserai une prochaine fois… »
Finalement, au lieu de dix-huit dollars, il recevait mille huit cents. C'est un très bon moyen d'obtenir de l'argent des riches…
On raconte une histoire semblable à propos du rav de Brisk. Un jour, il vint chez un homme riche. Celui-ci lui demanda : « Que désire le rav ? » Le rav répondit qu'il demandait qu'on lui accorde quinze minutes. Et pendant ces quinze minutes, le rav se contenta de parler avec lui, d'échanger avec lui, sans mentionner une seule fois ce dont il avait besoin.
C'est, au fond, notre comportement pendant le saint Chabbat. Nous parlons avec le Très-Haut sans rien lui demander — ni pour les malades ni pour nos revenus.
Nous voulons seulement créer un lien.
Nous ouvrons la Torah, le livre des Téhilim. Et après Chabbat, c'est comme si nous disions au Très-Haut : « Nous sommes amis, n'est-ce pas ? Alors, s'il Te plaît, guéris tel malade. » Nous avons ainsi la possibilité de demander tout ce dont nous avons besoin pendant les jours de semaine, puisque le Très-Haut reste, pour ainsi dire, lié à nous.
Si, en revanche, nous présentons nos demandes pendant Chabbat, nous gâchons tout. Pendant Chabbat, il faut laisser toutes les inquiétudes derrière soi : c'est un jour de joie. Nous portons même des vêtements de fête pour exprimer notre joie.
En réalité, c'est beaucoup plus facile qu'il nous semble.