Anat Broussilovski
Depuis peu, je repense chaque soir à la journée écoulée. Les images des événements se succèdent une à une — du tout petit matin jusque très tard le soir — et, toutes ensemble, elles composent un étonnant puzzle que j'emporte avec moi au pays des rêves.
Hier soir, j'étais allongée dans la chambre sombre des enfants, et les petits ronflements réguliers de mon petit dernier, allongé près de moi, emplissaient mon cœur de tendresse.
Soudain, j'entendis une mélodie douce et familière. L'une de mes filles chantait une chanson, qu'elle avait apprise seulement quelques jours auparavant à son cours de chant. C'était une ancienne chanson d'Ouzi Hitman sur le Très-Haut et sur la paix dont nous attendons toujours l'avènement. Cette chanson me ramena en un instant vingt ans en arrière, à l'époque où ma meilleure amie Keïla la chantait tout aussi doucement, tout près de moi. Je sentis soudain la tendresse envahir davantage encore mon cœur et tout mon être, puis déborder pour remplir toute la chambre des enfants, toute la rue et le monde entier.
Ce Chabbat, nous commençons à lire un nouveau livre de la Torah : Chemot.
C'est sans aucun doute le livre le plus dramatique de la Torah. Les Juifs devront y traverser bien des épreuves, souffrir, subir des mutilations, et certains devront même mourir. Mais le livre commence par des noms. Le Très-Haut énumère les noms des descendants de Yaakov — Il les compte comme on compte des pièces d'or ou des diamants — et cette énumération exprime Son amour et Sa tendresse. C'est précisément cet amour qui est à l'origine de tout et qui nous assure qu'une fin heureuse nous attend à la fin du livre.
Nous sommes au mois de tévet. C'est au cours de ce mois qu'Esther vint auprès d'Assuérus. Les Sages expliquent que cela tient au fait qu'en tévet — au cœur de l'hiver — il fait froid et que « les corps des gens se réchauffent les uns contre les autres ». Vous en conviendrez, il est beaucoup plus agréable de prendre ses connaissances dans ses bras dans la rue au milieu de tévet qu'au milieu d'av, par exemple.
Il me semble que c'est le moment de se rappeler les noms de nos amis et de nos proches, de penser à ceux que nous n'avons pas pris dans nos bras depuis longtemps — en personne ou en ligne — et de rattraper le temps perdu.
Car si le froid nous est envoyé, c'est que quelqu'un en a besoin.
De plus, aujourd'hui — 20 tévet — c'est le yahrzeit du grand sage juif, rabbi Moché ben Maïmon, le Rambam.
Pour moi, le Rambam, c'est aussi l'amour. L'amour du Très-Haut et l'amour des Juifs. Car « de Moché à Moché, il n'y eut personne comme Moché ». Et le Rambam, c'est aussi un petit garçon qui n'est devenu ni amer ni insensible, et qui nous a transmis à tous un message essentiel : aimez vos enfants (et vous-mêmes) tels qu'ils sont. Juifs, ne lésinez pas sur l'amour, les caresses et le thé à infuser.
Et pour finir, je voudrais vous souhaiter un bon Chabbat, un sommeil profond, de délicieux petits biscuits, du thé chaud et beaucoup, beaucoup de chaleur et d'amour. Et que tout se termine uniquement par une fin heureuse.