Nechama Cheli

Un autre jeu

Une histoire pour enfants d’après les textes de la publication « Michméret Hachalom » Tsipi et Sari sortirent en courant dans la cour, sautant par-dessus les marches tout en sautant à la corde. — Oh, regarde, Chifra est là ! Invitons-la à jouer avec nous, proposa Sari. Tsipi haussa les épaules : — Ah non, on ferait mieux de ne pas l’inviter… Sari s’éton…

Bassia Tsiboukmakher

Un autre jeu

Une histoire pour enfants d’après les textes de la publication « Michméret Hachalom »

Tsipi et Sari se précipitèrent dans la cour, sautant par-dessus les marches tout en sautant à la corde.

– Oh, regarde, Chifra est là ! Invitons-la à jouer avec nous, proposa Sari.

Tsipi haussa les épaules :

– Ah non, mieux vaut ne pas l'appeler…

Sari s'étonna :

– Mais pourquoi pas ?

– Eh bien… Comment te dire… si je commence à tout raconter maintenant, cela risque d'être du lachone hara !

– Du lachone hara ? répéta Sari presque machinalement. Elle pensa aussitôt qu'elle n'avait aucune intention d'écouter du lachone hara, mais tout de même, qu'avait voulu dire Tsipi ?

Les filles allèrent à l'autre bout de la cour et y invitèrent toutes celles qui avaient envie de sauter à la corde. Tsipi espérait que Chifra, qui donnait à manger à son petit frère à ce moment-là, n'entendrait pas l'invitation. Mais elle reporta aussitôt son attention sur les filles qui accouraient de tous les coins de la cour pour sauter et qui fixaient déjà l'ordre de passage : première, deuxième, troisième ! La corde s'éleva dans les airs et se mit à tourner sans interruption, au rythme des paroles entraînantes d'une comptine…

Chifra semblait ne s'intéresser aucunement au jeu collectif. Assise sur un banc, elle donnait patiemment à manger à son petit frère, cuillerée après cuillerée. Lorsque le petit pot pour bébé fut vide, elle joua encore quelques minutes avec son frère, puis se leva pour aller sur une autre aire de jeux. « Mes amies vont bientôt me remarquer sur ce banc, pensa-t-elle, alors mieux vaut partir avant. » Chifra se leva résolument et, poussant la poussette devant elle, disparut bientôt de leur vue.

Ce n'était pas parce qu'elle était de mauvaise humeur que Chifra Levin évitait ses amies. Bien des années auparavant, lorsque Mme Levin avait amené Chifra, alors âgée d'un an, chez le pédiatre pour un examen de routine, le médecin s'était étonné : pourquoi ne marchait-elle pas encore à quatre pattes ? Sa mère, embarrassée, avait répondu que la petite avait du mal à se tenir à quatre pattes. Le pédiatre avait réfléchi un instant, puis s'était mis à taper rapidement quelque chose sur son ordinateur. Mme Levin s'était sentie très mal à l'aise : le médecin ne plaisantait manifestement pas. Il avait adressé sa fille à un centre de développement de la petite enfance : « À votre place, je me dépêcherais de prendre rendez-vous ! »

Sans tarder, la maman de Chifra prit rendez-vous dès le lendemain, et les séances de kinésithérapie commencèrent, semaine après semaine. D-ieu merci, Chifra se révéla être une enfant intelligente et persévérante, mais ses muscles, eux, ne suivaient pas : depuis sa naissance, ils étaient trop faibles et ne se laissaient pratiquement pas renforcer par l'entraînement. Ce fut uniquement grâce à la grande volonté et à la persévérance de sa mère qu'au bout d'un certain temps, Chifra réussit à apprendre à marcher à quatre pattes, à s'asseoir et à se tenir debout. Bientôt, elle se déplaçait déjà toute seule dans l'appartement en s'appuyant sur les meubles. Une longue année d'exercices épuisants, et enfin, à deux ans, Chifra parvint à marcher seule.

Malheureusement, malgré un entraînement incessant, Chifra ne parvint jamais à devenir comme la plupart de ses amies. « Quels muscles stupides j'ai ! » se lamentait-elle. Comment était-il possible qu'une élève de quatrième année ne sache pas sauter à la corde ? Elle s'entraînait encore et encore, mais elle n'arrivait toujours pas à maîtriser la corde à sauter. Malgré son calme apparent, il lui était très difficile d'être la seule fille à ne pas participer au jeu.

Sari ne pouvait détacher son regard de Chifra et, à cause de cela, manqua plusieurs fois son tour de sauter. Rachel tenta de ramener son amie au jeu : « Sari, tu ne fais pas attention à la façon dont tu fais tourner la corde ! » Sari essaya sincèrement d'être plus attentive, mais elle ne voyait que Chifra. Elle la regardait donner patiemment à manger à son petit frère, se lever du banc, puis quitter l'aire de jeux. Elle remarqua la déception sur le visage de Chifra, même si celle-ci était si loin.

– J'en ai assez de sauter ! Jouons à autre chose ! – Sari avait dit cela à sa propre surprise et ne reconnut pas sa propre voix. – Cela fait cent ans que nous n'avons pas joué à cache-cache !

Oui ! Super ! Allons-y ! L'idée plut à toutes, et les filles lâchèrent aussitôt leurs cordes à sauter. À ce moment-là, Chifra passait par là « comme par hasard ». On pouvait lire sur son visage la joie – et le soulagement – de pouvoir facilement participer au nouveau jeu.

Chevi commença à compter jusqu'à dix et, en moins d'une minute, toutes les filles semblèrent s'être volatilisées de la cour. L'une s'était cachée derrière les poubelles, une autre s'était baissée derrière un banc, une autre encore s'était plaquée contre un arbre.

– Sari, chuchota Chifra depuis leur cachette secrète entre le tableau électrique et la porte d'entrée de l'immeuble, je sais que c'est toi… celle… qui a décidé de jouer à un nouveau jeu… enfin… merci !

Traduction : A. Chvalb.