Bassia Tsiboukmakher
Les gens posent souvent la question : pourquoi le Tout-Puissant nous envoie-t-Il de tels malheurs ? Comment a-t-Il pu laisser des Juifs justes souffrir à ce point ? D’un autre côté, les événements heureux et les sauvetages miraculeux qui nous arrivent nous apparaissent souvent comme… de la chance, un concours fortuit de circonstances, etc.
Essayons de comprendre cela à travers une histoire qui s’est déroulée à notre époque aux États-Unis.
3.30 du matin. Le rav Mordekhaï Sultan s’est réveillé en ressentant une douleur aiguë dans la poitrine. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Il n’avait jamais éprouvé de douleurs semblables auparavant. Néanmoins, le rav Sultan a réveillé sa femme et lui a demandé d’appeler « Hatzala » (le service international de secours juif composé de bénévoles). Elle a appelé et a dit à l’opérateur : « Mon mari a ressenti une douleur dans la poitrine. Il est très inquiet… Envoyez-nous quelqu’un. » L’opérateur a répondu qu’il enverrait une ambulance… Et, une demi-minute à peine plus tard, une équipe de « Hatzala » frappait à la porte de la famille Sultan.
Il était évident pour les secouristes que le rav Sultan se trouvait dans un état grave. Mais quelle en était exactement la cause ?
Heureusement, l’équipe de « Hatzala » avait avec elle un appareil particulier, le « Lifepak 12 », qui permet de diagnostiquer les problèmes cardiaques et de pratiquer des gestes de réanimation d’urgence. Les secouristes ont relié le rav Mordekhaï à cet appareil… Soudain, il a dit qu’il se sentait très mal et ses yeux se sont révulsés… Le moniteur indiquait un arrêt cardiaque ! L’homme était littéralement en train de mourir sous les yeux des bénévoles de « Hatzala » et de sa famille ! Les secouristes ont immédiatement utilisé le défibrillateur et ont « redémarré » le cœur du rav Sultan grâce à une décharge électrique… Moins d’une minute plus tard, il a repris connaissance, s’est mis à parler et a reconnu les personnes qui l’entouraient. La seule chose que le rav Sultan ignorait, c’était ce qui s’était réellement passé.
Cette histoire miraculeuse est bien plus longue que les événements survenus en pleine nuit dans la maison du rav Mordekhaï Sultan.
Quelques jours auparavant, un bénévole de « Hatzala » avait reçu l’appel d’un parent vivant dans une région montagneuse à 160 km de New York. Celui-ci lui avait expliqué que son fils se sentait mal depuis plusieurs jours et était très faible. Les médecins locaux l’avaient examiné et avaient signalé des problèmes cardiaques. Les parents avaient décidé d’envoyer leur fils dans un grand hôpital pour enfants à Philadelphie. Pour cela, ils avaient fait appel à « Hatzala ». Compte tenu de la gravité de la situation, les membres de « Hatzala » avaient emporté dans leur véhicule du matériel supplémentaire, qui ne fait pas partie de l’équipement standard et n’est habituellement pas utilisé lors des interventions. Parmi ce matériel se trouvait l’appareil « Lifepak 12 ».
Il avait fallu presque une journée entière pour rejoindre la maison du garçon, puis le conduire à l’hôpital. Ce jour-là, l’équipe de « Hatzala » était complètement épuisée. Sur le chemin du retour, le chauffeur a accidentellement manqué la bifurcation qu’il devait prendre sur l’autoroute… Puis une autre. Ils ont fini par tourner, mais la route choisie traversait une ville qu’il fallait parcourir pendant quinze minutes avant de retrouver la bonne autoroute. L’équipe luttait de toutes ses forces contre la fatigue ; il était très tard dans la nuit… 3.30 du matin. En traversant cette petite ville, l’équipe de « Hatzala » a reçu ce fameux appel de la femme du rav Sultan et, trente secondes plus tard, s’est retrouvée précisément là où l’on avait besoin d’elle…
Regardons maintenant toute cette histoire comme des observateurs indépendants qui auraient tout vu, du début à la fin.
Bien avant que le rav Sultan se réveille en se sentant mal, son « secours » se hâtait déjà vers lui ! Ce n’est pas pour sauver le rav Sultan que l’on avait placé dans le véhicule cet appareil particulier, qui ne fait pas partie de l’équipement standard des secouristes de « Hatzala ». Et encore moins pouvait-on prévoir que le chauffeur fatigué, qui avait manqué deux bifurcations qu’il devait prendre, amènerait l’ambulance précisément à l’endroit où l’on en aurait tant besoin ! Peut-on croire à un tel concours de circonstances ? Oui, si l’on garde toujours à l’esprit les paroles de nos Sages (Meguila, 13b), selon lesquelles le Tout-Puissant « prépare le salut avant d’envoyer le châtiment ». Il est parfois très difficile de voir la main du Créateur derrière un concours de circonstances.
Chacun a ses propres souffrances, sa propre douleur, qui lui font souvent oublier que tout ce qui vient du Créateur est pour le bien.
Lorsque nous avons du mal à trouver un emploi, que nous ne parvenons pas à trouver un chidoukh, que nous rencontrons des difficultés dans l’éducation de nos enfants, nous devons, dans chaque situation, nous rappeler qu’avant même que nous ayons rencontré le problème, le Tout-Puissant avait déjà préparé une solution pour nous. Tout ce qui nous est demandé, c’est de nous en remettre à Lui et de croire de toute notre âme qu’Il ne nous veut que du bien !
C’est seulement ainsi que les « concours fortuits de circonstances » deviendront pour nous une véritable hachgaha pratit, la manière dont le Créateur dirige personnellement notre vie.
« Car tu [as dit] : l’Éternel est mon refuge ; tu as fait du Très-Haut ta demeure. Aucun malheur ne t’arrivera, et aucun fléau n’approchera de ta tente. Car Il donnera à Ses anges l’ordre de te garder dans toutes tes voies » (Téhilim, 91:9-11).