Nechama Cheli

Un hasard ou… ?

Le train express Berlin-Munich s’arrêta à l’improviste à la gare de la petite ville de Gera. Cet arrêt n’était pas prévu, car la petite ville de Gera (l’histoire se déroulait entre les deux guerres mondiales) était à l’écart et ne faisait pas partie du réseau ferroviaire international. Mais, en ce soir d’hiver, d’abondantes chutes de neige blo…

Rav A. A. Rabinovitch

Un hasard ou… ?
Le train express Berlin-Munich s’arrêta à l’improviste à la gare de la petite ville de Gera.

Cet arrêt n’était pas prévu, car la petite ville de Gera (l’histoire se déroulait entre les deux guerres mondiales) était à l’écart et ne faisait pas partie du réseau ferroviaire international.

Mais, en ce soir d’hiver, d’abondantes chutes de neige empêchaient le train d’avancer, recouvrant les rails d’une épaisse couche de neige. Les passagers du train express regardaient avec étonnement, par les fenêtres, cette gare enneigée qu’ils n’avaient encore jamais vue.

Au début, personne ne pouvait dire combien de temps durerait cet arrêt. Mais, au bout d’une heure environ, on annonça aux passagers que la situation était sans issue : il était absolument impossible de poursuivre le trajet ce soir-là. On leur demanda de quitter le train immobilisé et de chercher où passer la nuit dans la petite ville.

Mécontents et déçus, les passagers se dispersèrent dans la ville enneigée à la recherche d’un abri, maudissant ce fâcheux hasard. Parmi eux se trouvait Herr König, un Juif pratiquant de Berlin. Contrairement aux autres passagers, il marchait calmement, sans se presser, cherchant du regard quelque chose de précis dans les rues de la ville.

C’était Hanoucca, et Herr König cherchait un endroit où il pourrait accomplir le commandement d’allumer les lumières de Hanoucca. Après de longues recherches, il parvint à apercevoir de loin une fenêtre où brûlaient des bougies. En s’approchant, il distingua même les sons de l’hymne « Maoz Tsour » !

« D.ieu soit loué », pensa Herr König. « Ici, je trouverai à la fois un endroit où passer la nuit et la possibilité d’allumer la hanoukia ! » Il frappa avec précaution et expliqua sa situation aux maîtres de maison... Et il fut reçu à bras ouverts dans ce chaleureux foyer juif.

Après que M. König eut allumé les lumières de Hanoucca, on l’invita à partager le dîner avec la famille. Il se sentit bientôt comme chez lui et décida même de participer au traditionnel jeu de toupie, le dreidel.

L’invité avait un talent étonnant pour gagner la sympathie des enfants ; bientôt, il jouait avec eux comme s’il n’avait fait que cela toute sa vie. La petite Léa retint particulièrement son attention : elle restait de bonne humeur, qu’elle gagne ou qu’elle perde au jeu.

Ayant soif, M. König s’adressa à la fillette : « Ma petite, voudrais-tu m’apporter un verre d’eau ? »

Un silence s’installa dans la pièce ; la fillette resta assise, tandis que son frère se leva rapidement pour apporter de l’eau à l’invité. M. König décida de demander à ses hôtes ce que signifiait ce silence.

Le père de la fillette lui répondit à voix basse : « À notre grande douleur à tous, notre Léa ne peut pas marcher. Voilà un an que ses jambes sont paralysées. »

M. König se sentit terriblement mal : par sa question maladroite, il avait brisé l’ambiance de fête qui régnait dans la maison ! Mais Léa intervint alors : « Je vous demande à tous de ne pas être tristes à cause de moi aujourd’hui. S’il vous plaît, ne gâchez pas ma merveilleuse soirée de Hanoucca ! »

Les enfants retrouvèrent bientôt leur bonne humeur, mais l’invité ne pouvait pas chasser aussi facilement ce problème de son esprit. Il s’entretint encore longuement avec les parents de Léa. Ils lui racontèrent qu’ils avaient déjà essayé tout ce qui était possible, sans ménager ni leur temps ni leur argent, mais que les médecins de la région n’avaient plus aucun espoir de voir la fillette guérir.

M. König tenta de redonner espoir aux parents de la petite Léa : il avait entendu parler d’un cas semblable où même des professeurs renommés « s’en étaient lavé les mains » ; pourtant, après un long traitement au célèbre hôpital berlinois de la Charité, le patient avait complètement guéri !

L’invité conseilla aux parents de Léa d’envoyer la fillette se faire soigner à Berlin. Il était prêt à l’y conduire lui-même et à prendre soin d’elle avec sa famille. De plus, il connaissait personnellement le directeur de l’hôpital et s’efforcerait de faire bénéficier la fillette de son appui...

Les parents furent touchés par cette proposition, mais laissèrent leur fille décider si elle souhaitait partir avec M. König. Sans hésiter longtemps, la fillette accepta.

À Berlin, la famille König accueillit Léa comme l’une des siens. Quelques jours plus tard, M. König la conduisit à l’hôpital pour qu’un professeur l’examine. Après un examen approfondi, celui-ci constata avec regret : « Je ne peux promettre aucun résultat positif. La paralysie est déjà très avancée. Mais je m’efforcerai de faire tout ce qui est en mon pouvoir ; le reste est entre les mains de D.ieu. »

La famille König organisa la livraison de nourriture cachère pour la fillette et lui rendit visite chaque jour. Les premières semaines passèrent sans la moindre amélioration de l’état de la petite Léa...

Environ deux mois plus tard, lors d’une visite à Léa, M. König fut stupéfait : la fillette s’était mise debout toute seule ! Lui et le professeur ne trouvaient pas de mots pour exprimer leur joie devant une telle amélioration. M. König voulut réjouir les parents de Léa en leur envoyant un télégramme urgent, mais le professeur l’en empêcha : il savait par expérience que, dans de tels cas, une « rechute » pouvait ramener le patient à son état antérieur et conseilla d’attendre avant d’annoncer la bonne nouvelle.

Pendant ce temps, l’état de Léa s’améliorait ; à Pessa’h, elle put célébrer le séder chez la famille König. Une fois encore, M. König voulut envoyer un message à sa famille, mais cette fois, ce fut Léa elle-même qui l’en empêcha : « Je veux faire une surprise à mes parents quand, avec l’aide de D.ieu, je serai complètement guérie ! »

Un an passa. Hanoucca revint.

« Voilà déjà un an que nous avons envoyé notre petite Léa à Berlin », dit le père de Léa à sa femme. « Elle nous écrit assez souvent, bien sûr, mais ses lettres ne disent pas un mot des résultats du traitement... » Sa femme répondit qu’elle ne pouvait plus supporter l’absence de sa fille : « Après Hanoucca, nous devons aller la chercher et la ramener à la maison ! »

Une fois encore, la famille se réunit autour de la table après l’allumage des bougies de Hanoucca, et les enfants jouaient au dreidel. Soudain, on frappa à la porte, et M. König apparut sur le seuil. Toute la maisonnée le pressa de questions : comment allait Léa, et quand pourrait-elle rentrer à la maison ?

M. König fit semblant de ne pas entendre les questions et s’adressa aux enfants : « Mes chers petits, je vous ai apporté un merveilleux cadeau de Hanoucca. Comme le paquet est vraiment énorme, j’ai dû le laisser devant la porte... » Les enfants se précipitèrent dehors et se retrouvèrent devant une fillette vêtue pour la fête, qui se tenait bien droite sur ses jambes, sans aucun soutien. C’était leur Léa ! Les parents de Léa pleuraient de joie, et Léa elle-même, ses frères et ses sœurs pleuraient aussi. C’était le plus merveilleux des cadeaux de Hanoucca !

Reste à décider si les rails ensevelis sous la neige près de la petite ville de Gera étaient le fruit du hasard, ou bien de la Providence divine, la hachga’ha pratit...
(tiré du livre Em be-Israël)