Nechama Cheli

Un réceptacle qui préserve les bénédictions

La Michna [1] dit : « Rabbi Chimon ben Halafta a dit : le Tout-Puissant, béni soit-Il, n’a trouvé pour Israël aucun réceptacle qui préserve les bénédictions [plus sûrement] que la paix, comme il est dit : “L’Éternel donnera la force à Son peuple, l’Éternel bénira Son peuple par la paix” [2]. Le fondement de la véritable paix est en l’être humain lui-même. Ce n’est que si chaque Jui…

Un réceptacle qui préserve les bénédictions

La Michna [1] dit : « Rabbi Chimon ben Halafta a dit : le Tout-Puissant, béni soit-Il, n’a trouvé pour Israël aucun réceptacle qui préserve les bénédictions [plus sûrement] que la paix, comme il est dit : “L’Éternel donnera la force à Son peuple, l’Éternel bénira Son peuple par la paix” [2].

Le fondement de la véritable paix est en l’être humain lui-même. Ce n’est que si chaque Juif vit en paix avec lui-même, dans l’amour et la fraternité avec les membres de son foyer, que la paix et l’unité sont possibles au sein du peuple d’Israël. C’est l’une des raisons pour lesquelles, à la fin de la prière du Kaddich, nous demandons au Tout-Puissant de nous accorder la paix : « Que nous soient accordées du Ciel une paix durable et la vie, à nous et à tout Israël ! », et répétons aussitôt cette demande : « Celui qui établit la paix dans Ses hauteurs, Lui nous enverra la paix, à nous et à tout Israël. » Avant tout, il faut que  la paix  s’établisse  dans  l’âme  de chaque  personne  en particulier ; ce n’est qu’alors qu’elle sera possible dans tout son entourage.

Le Talmud de Jérusalem [3] raconte quelle grande importance Rabbi Méïr [4] accordait à la paix entre les époux. Un soir de Chabbat, son discours habituel à la synagogue devant les fidèles réunis pour prier se prolongea beaucoup, et l’une de ses auditrices rentra si tard chez elle que les bougies de Chabbat étaient déjà éteintes. Lorsque son mari apprit ce qui l’avait tant retardée, il exigea qu’elle crache au visage de Rabbi Méïr, faute de quoi il ne la laisserait pas entrer chez eux. Cette femme vertueuse refusa d’humilier ainsi le rabbi. Rabbi Méïr, apprenant qu’il était devenu la cause d’une dispute, fit semblant d’avoir mal à un œil. Il demanda à cette femme de lui cracher sept fois sur l’œil, prétendant que cela le guérirait. La femme accéda à sa demande, et le rabbi lui dit alors : « Rentre chez toi et dis à ton mari que tu as craché non pas une fois, mais sept ! » Le mari de cette femme avait manifestement tort ; Rabbi Méïr jouissait d’une autorité qui lui aurait permis de le contraindre à laisser sa femme rentrer chez elle. Mais Rabbi Méïr préféra subir l’humiliation pour rétablir la paix entre les époux [5].

Rabbi Méïr nous enseignait également ceci : en hébreu, les mots « ich » (homme) et « icha » (femme) ont deux lettres en commun, « aleph » et « chin », qui forment  le mot  « ech »  (feu).  Les autres  lettres  de ces  deux mots, « youd » et « hé », forment le Nom du Tout-Puissant. Rabbi Méïr en concluait que si le mari et la femme (« ich » et « icha ») en sont dignes, la Présence divine demeure entre eux. S’ils ne le sont pas, la Présence divine les quitte. Du mot « ich », privé de la lettre « youd », il reste « ech », le feu. Il en va de même pour le mot « icha » sans la lettre « hé ». Et ce double feu dévore les époux [6].

On raconte du rav Chlomo Zalman Auerbach[7], que la mémoire du juste soit bénie, qu’il traitait les gens avec beaucoup d’égards, veillant à ne jamais blesser la dignité de quiconque, et plus encore celle des membres de son foyer. Un jour, quelqu’un fut surpris de voir le rav Auerbach arranger ses vêtements et soigner sa tenue avant d’entrer chez lui. Remarquant son étonnement, le rav expliqua son geste : « Il est dit, en effet : si   le mari   et   la femme   le méritent   –   entre   eux  demeure la Présence divine. Je m’apprête à entrer là où demeure la Présence divine ; voilà pourquoi je soigne ma tenue avant d’y entrer… ».

[1] Michna « Ouktsin », 3:12. La Michna est la première mise par écrit de la Loi orale donnée aux Juifs au mont Sinaï.

[2] Téhilim, 29:11. Les Téhilim sont les Psaumes du roi David.

[3] Pour plus de détails, voir le Talmud de Jérusalem, traité Sota, 1, 4.

[4] Rabbi Méïr vivait en Erets Israël il y a environ 1900 ans. Il était l’élève de Rabbi Ichmaël et de Rabbi Akiva.

[5] Rabbi Méïr expliqua à ses élèves que le Tout-Puissant Lui-même permet d’effacer Son saint Nom d’un parchemin au cours d’une procédure particulière nécessaire pour rétablir la paix entre les époux. Voir Bamidbar, 5:23, le traité Derekh Erets (section sur la paix, halakha 9) et le Talmud, traité Soukka, 53b.

[6] Pessikta Zoutra, Beréchit, 2, ainsi que le traité Sota, 19a.

[7] Né à Jérusalem au début du 20e siècle. Il dirigea pendant de longues années la yéchiva « Kol Torah », à Jérusalem. Il mourut en 1995.