Aujourd’hui, je veux parler de… balançoires. Oui, de balançoires et — non, nous n’allons pas retourner en enfance.
Quand je m’imagine sur une balançoire, cela reste évidemment bien loin de la réalité (à moins que l’on n’installe sur les aires de jeux des balançoires conçues pour un poids de 60-120 kg). C’est pourquoi, quand j’ai vraiment envie de faire de la balançoire, cela se passe le plus souvent le week-end, dans un gîte loué, où une large « balançoire pour adultes » est installée sur l’herbe. Là, je suis sûre que la balançoire supporterait encore deux autres personnes comme moi.
Mais ce n’est pas de cela que je veux parler aujourd’hui. D’une certaine façon, les balançoires me donnent confiance. Je vais vous expliquer pourquoi. Dans ma jeunesse, en Europe, nous allions au parc d’attractions et faisions des tours de montagnes russes. Je n’avais pas peur, j’y prenais même plaisir : nous poussions des cris, nous cessions de nous agripper. Pourtant, j’avais conscience d’être solidement attachée par les ceintures de sécurité et que, sauf imprévu, l’installation supporterait cette charge : aucun risque de tomber, même la tête en bas.
Mais aujourd’hui encore, je m’imagine sur une balançoire, d’un autre genre toutefois. Quand certains événements, certaines épreuves me font perdre pied et que je sens que je commence à osciller, comme sur une balançoire. Pour ne pas me sentir déstabilisée, j’imagine que des fils sont attachés à cette « balançoire », par le haut. Et ces fils remontent tout droit vers le Très-Haut. Peu importe donc ce qui se passe en bas : j’ai la certitude que, d’En Haut, on me tient très, très fermement.
Il est impossible de tomber quand le Très-Haut Lui-même vous tient.
Dans la paracha Noa’h, le Midrach raconte comment notre patriarche Avraham fut jeté dans une fournaise. Il ne voulait adorer ni le feu ni l’eau, ni se livrer à aucune forme d’idolâtrie. Quand le roi Nimrod lui demanda qui il adorait, Avraham répondit : le Très-Haut. Et on le jeta dans la fournaise. Son frère Haran était aussi avec lui, et Nimrod lui posa la même question. Avant de répondre, Haran voulait voir ce qu’il adviendrait d’Avraham. S’il brûlait, Haran serait du côté des idoles ; s’il survivait, du côté du Tout-Puissant. Une foi sous condition. Lorsqu’il vit qu’Avraham se promenait dans la fournaise comme dans des prairies alpines, en admirant la nature, il décida qu’il pourrait en faire autant. Nos Sages disent que lorsque Haran déclara qu’il était lui aussi prêt à affronter l’épreuve, on le jeta dans la fournaise, mais il brûla avant même de l’atteindre. Un Juif, en ce monde, doit être relié au Très-Haut sans poser la moindre condition. Une foi « sous condition » ne peut permettre d’être miraculeusement sauvé d’une épreuve.
Par les épreuves de notre vie, le Très-Haut « frappe » en quelque sorte sur l’être humain. À vrai dire, je compare cela à un phénomène que je ne parviens pas à comprendre, malgré tous mes diplômes d’études supérieures. Pour savoir si une pastèque est suffisamment bonne, sucrée et mûre, on frappe dessus et on écoute le son qu’elle rend. Cela rappelle de loin la manière dont le Très-Haut frappe sur nous par les épreuves, pour vérifier à quel point nous sommes bons.
Je veux raconter une histoire que j’ai lue un jour. Elle porte sur ce qui s’est passé au Beth ‘Habad de Mumbai en 2008. La mère de l’un des machgui’him de cacherout (inspecteurs de la cacherout), tué lors de cet attentat, répondait à la question de savoir comment elle restait fidèle au Très-Haut malgré cet événement.
Elle raconta : « Je veux dire que mon fils n’aurait absolument pas dû se trouver au Beth ‘Habad à ce moment-là. Il était à l’hôtel avec son ami et ils n’avaient pas prévu au départ de se rendre au Beth ‘Habad. Ils étaient très fatigués et comptaient aller se coucher ; ils avaient prévu d’étudier dans l’avion. Mais son ami lui dit ensuite : “Non, écoute, ce serait dommage de laisser passer une telle occasion : il y a ici un Beth ‘Habad, allons-y, étudions, puis nous rattraperons notre sommeil dans l’avion.” Ils se mirent à nouveau d’accord avec le chauffeur de taxi pour qu’il vienne les chercher au Beth ‘Habad plutôt qu’à l’hôtel. Quand il arriva à l’heure convenue, ils étaient déjà morts. Je ne comprends pas », dit la mère du machguia’h, « existe-t-il quelque chose de plus clairement indiqué par le Ciel que ces événements ?! »
Ses paroles sont précisément ce son clair que rend la pastèque et qui montre qu’elle est mûre. C’est précisément cet écho de la foi que le Très-Haut veut entendre de nous dans toute épreuve.
Le roi David dit dans les Téhilim (92 : 2,3) : « Il est bon de louer l’Éternel et de chanter Ton nom, Très-Haut, d’annoncer Ta bonté le matin et Ta fidélité la nuit. » Le matin, quand tout est bien visible, nous remercions le Très-Haut pour Sa bonté. Mais la nuit, quand les dangers se cachent dans l’obscurité, nous nous sentons mal à l’aise. Nous ne voyons ni ne comprenons ce qui se passe : nous avons alors besoin de notre foi, de croire que, même dans les épreuves, Il veut notre bien, Il est avec nous.
Si nous nous accrochons fermement aux fils de la foi, aucune oscillation ne fera se dérober la « balançoire » sous nos pieds. Ce n’est qu’alors que, par ces fils, nous recevrons le salut, nous recevrons les forces intérieures nécessaires pour surmonter ces épreuves.
Nous avons déjà parlé de Noa’h. Le Très-Haut dit à Noa’h : entre dans l’arche (téva). Le Baal Chem Tov commente ce passage ainsi : téva signifie aussi un mot, un mot de prière. Quand c’est difficile, quand tu es dans l’obscurité, imagine que tu es reliée au Très-Haut par des fils solides, par des cordes : tu ne tomberas pas. Mais recours aux paroles de prière et de supplication pour recevoir de Lui les forces intérieures nécessaires pour surmonter l’obscurité, pour surmonter les épreuves.