Rav A. A. Rabinovitch
Comme on le sait, selon la loi, l’obligation d’allumer les lumières de Hanouka est accomplie si l’on allume chaque jour "Ner ich ou-véto" - "(une) bougie pour une personne et son foyer", comme le mentionne la Guemara.
"Véhaméhadrin" - poursuit la Guemara, c’est-à-dire ceux qui souhaitent embellir la mitsva - "Ner lé-kol é'had vé-é'had" - "une bougie (distincte) pour chaque membre de la famille" (à l’exception de l’épouse, puisqu’elle est considérée, avec son mari, comme une seule personne).
"Véhaméhadrin min haméhadrin" - ceux qui souhaitent accomplir la mitsva à un niveau encore plus élevé - "allument, selon la loi de l’école de Hillel, une bougie supplémentaire chaque jour". (Chabbat 21 b)
La question s’impose d’elle-même : pourquoi la mitsva des lumières de Hanouka est-elle précisément associée à tant de "hidourim" - d’embellissements ? L’expression "méhadrin min haméhadrin" ne se rencontre nulle part ailleurs...
La réponse réside dans la nature même du miracle survenu à Hanouka.
Le miracle de la petite fiole d’huile était nécessaire, car on n’avait trouvé qu’une seule petite fiole d’huile pure, non souillée, dont la quantité ne pouvait suffire que pour un jour, alors que la fabrication d’une nouvelle huile pure nécessitait encore sept jours... Nous nous trouvons alors devant une énigme : selon la loi, "touma houtra bétsibour" - si la majorité du peuple juif a le statut de "tamé", c’est-à-dire rituellement impur, il est néanmoins possible, par exemple, d’offrir le korban Pessah. Autrement dit, ils avaient parfaitement le droit d’allumer la Ménora du Temple avec de l’huile impure, souillée ! Le miracle de l’huile de Hanouka lui-même n’était donc absolument pas indispensable ! (voir le commentaire du Pné Yehochoua sur la Guemara)
Mais les Juifs voulaient rallumer la Ménora précisément avec de l’huile pure, ce qui représentait un degré supérieur, un plus grand "embellissement" - hidour, bien que toute autre huile eût été parfaitement casher dans leur situation.
On comprend maintenant mieux pourquoi l’allumage des lumières de Hanouka est précisément associé, chez nous, à de nombreux hidourim - embellissements : le miracle de Hanouka lui-même n’a eu lieu que parce que les Hasmonéens voulaient accomplir la mitsva de l’allumage de la Ménora bé-hidour, de la meilleure façon possible !
En souvenir de cela, aujourd’hui encore, nous nous efforçons de tout mettre en œuvre pour accomplir cette mitsva avec tous les hidourim possibles.
Le dernier jour de Hanouka, le huitième, porte un nom particulier.
Nous appelons le huitième jour "Zot Hanouka", ce qui se traduit par "c’est Hanouka". L’explication habituelle de ce nom tient au fait que nous lisons ce jour-là un passage de la Torah où figurent les mots "Zot hanoukat ha-mizbéa'h" - "c’est la consécration de l’autel".
Le livre "Chem mi-Chemouel" propose une autre explication, plus profonde :
Le nombre "huit" est associé dans notre tradition au surnaturel, "lémaala mi-dérékh ha-téva". Le monde a été créé en sept jours (les six jours de la Création et le Chabbat). Quant à la mitsva de la circoncision - brit mila - elle doit être accomplie précisément le huitième jour. Cette mitsva symbolise la nécessité de maîtriser les forces et les désirs naturels, de les soumettre à la Torah. Et par le mérite de cette mitsva, nous bénéficions de la hanhaga lémaala mi-dérékh ha-téva - la Providence "personnelle" du Très-Haut, qui dépasse le cadre du "naturel", qui se situe au-dessus de la nature.
Et - "zot Hanouka" - c’est bien cela, Hanouka ! Voilà ce qui s’est produit à Hanouka. Parce que les Hasmonéens ont combattu le joug grec avec une force surnaturelle et un esprit de sacrifice, ils ont bénéficié de la siyata di-Chmaya - l’aide divine - au-delà de toutes les lois de la nature, et divers miracles se sont ainsi produits pour eux.
Nous appelons le huitième jour Zot Hanouka, parce que le nombre "huit" revêt pour nous une signification particulière.