Bassia Tsiboukmakher
Qu’est-ce que la pudeur ?
Si nous nous tournons vers la source première, nous verrons quelle grande importance la Torah accorde à la modestie, désignée par des notions telles que tsniout (tsniyout) et anava. L’être humain moderne, « libéré », peut trouver étonnant que le Très-Haut considère la modestie comme une qualité nécessaire pour acquérir la Torah ! Ni le savoir, ni la sagesse, ni même la sainteté : non, le plus grand prophète de tous les temps, le maître de tout le peuple juif, Moïse, est appelé ich anav – un homme humble ! Selon la Torah, un comportement empreint de modestie n’est même pas un heureux complément aux autres qualités : non, c’est le fondement sur lequel se construit l’édifice de la personnalité humaine, sans lequel il est impossible de comprendre la sagesse divine.
Mais si l’on faisait une expérience, à votre avis, combien de nos interlocuteurs et interlocutrices grimaceraient en entendant le mot « pudeur », comme après avoir croqué une pomme encore verte dont l’acidité agace les dents ? Pourquoi ce mot provoque-t-il une telle réaction ? Quelle influence omniprésente s’exerce donc sur nos sentiments pour que toute réflexion et toute discussion sur la pudeur soient perçues comme quelque chose de démodé, sans rapport avec la génération dans laquelle nous vivons !
Notre société voit la pudeur d’un mauvais œil. L’idéal moderne consiste à parler de tout ce dont on se taisait auparavant et à montrer tout ce qui était autrefois couvert. Soumettre les relations entre les sexes à la discussion publique, et même les montrer partout — au cinéma, à la télévision, dans les magazines… —, les utiliser à des fins publicitaires, tout comme le corps féminin et masculin : tout cela dévalorise ce que nous avons de plus précieux. En conséquence, nos sentiments se sont émoussés. Nous ne comprenons ni ne ressentons l’immense potentiel que recèlent les relations entre un homme et une femme. Ces relations, que la Torah utilise pour décrire métaphoriquement l’union entre le Très-Haut et Son peuple, pour exprimer les élans les plus purs et les plus saints, sont rabaissées au niveau animal. Il en va de même pour la beauté et la dignité féminines : ce qui suscitait l’admiration, ce que l’on estimait, est aujourd’hui perçu, au mieux, comme une marchandise… que nous ne préservons pas, mais que nous distribuons à droite et à gauche. Toute tentative de garder ne serait-ce qu’une chose à l’abri du regard public est stigmatisée et tournée en dérision comme un signe d’arriération.
La tsniout, telle que la Torah la comprend, ne se limite pas à des lois et à des règles extérieures : elle est la manifestation extérieure de l’état intérieur d’une personne. La tsniout n’est pas une restriction imposée aux femmes : selon le judaïsme, la pudeur est aussi absolument nécessaire à l’homme !
La pudeur — un éternel sujet « sensible »
Lorsque l’on évoque la pudeur (tsniout, tsniyout), nous pensons automatiquement aux vêtements. Ce stéréotype selon lequel la pudeur se résume aux cheveux couverts, aux bas, aux jupes et aux manches longues est très répandu ; plus encore, chez beaucoup de personnes, il produit littéralement l’effet d’un « chiffon rouge devant un taureau ». En réalité, les vêtements ne sont qu’un des aspects de la pudeur. Ce que la Torah désigne par le mot « tsniout » englobe tous les aspects de la vie humaine. La véritable pudeur se manifeste dans la manière dont une personne se déplace et mange, parle et pense, dans la façon dont elle acquiert la sagesse de la Torah, dans son comportement et son caractère… Si une personne estime être plus importante et plus considérable qu’une autre, sa pensée manque de modestie. Si, en parlant avec les autres, nous éprouvons un sentiment de supériorité, cela manque de modestie. La modestie se manifeste non seulement dans nos actes, mais aussi dans la manière dont nous les accomplissons : vous en conviendrez, une même bonne action peut être accomplie au son des fanfares et de la musique, sous les applaudissements de spectateurs enthousiastes, ou bien passer totalement inaperçue… Et, selon les sages, « la bénédiction ne repose que sur une bonne action cachée aux regards » : moins les gens connaissent nos bonnes actions, plus celles-ci peuvent réellement produire du bien. Une idée inhabituelle à notre époque de communication toute-puissante et omniprésente !
La pudeur dans une génération « au visage de chien » ?
L’époque dans laquelle nous vivons est appelée les « talons du Machia'h » et décrite par les prophètes comme une « génération au visage de chien ». Selon l’une des explications de cette comparaison, les dirigeants de cette génération se soucieront de leur propre popularité, en agissant constamment tout en « regardant derrière eux » vers la foule, à l’image d’un chien qui court devant son maître et se retourne sans cesse. Selon une autre explication, la génération sera si effrontée que son « visage » pourra être comparé non pas même à un visage humain, mais à une « gueule de chien ». Cela ressemble à notre réalité, n’est-ce pas ?
La culture contemporaine, notamment ce que l’on appelle la culture occidentale, repose, à des degrés divers, sur différentes manifestations d’un comportement dépourvu de pudeur. Et il n’est pas question ici de choses aussi évidentes que l’exhibition du corps féminin dénudé… Tout est bien plus profond : comme nous l’avons déjà dit, la pudeur est un comportement qui découle des qualités intérieures et repose sur le raffinement de notre âme… Mais le raffinement intérieur et la retenue ne sont aujourd’hui « pas à la mode » ! La littérature, l’art, le théâtre et le cinéma, la presse et les médias, les manières et les modes : tout nous convainc du contraire. Dans un monde où le flux d’informations dépasse toute mesure, attirer l’attention sur soi devient la valeur suprême ! Pour cela, tous les moyens sont bons. Tout ce qui contribue à attirer l’attention sera approuvé et érigé en objet de culte… Si l’on analyse les valeurs contemporaines, cela devient évident. Mais le pire est que nous ne remarquons pratiquement plus le manque de pudeur et n’en souffrons absolument pas.
Au début du vingtième siècle, à une époque mouvementée et riche en « découvertes », le grand sage des dernières générations, le 'Hafets 'Haïm, avertissait ses contemporains du danger de négliger la pudeur. Dans les psaumes du roi David, le Très-Haut est appelé le Gardien qui protège le peuple juif : « Voici, Il ne sommeille ni ne dort, le Gardien d’Israël ; l’Éternel est ton Gardien » (Tehilim 121:4-5). Le 'Hafets 'Haïm posa la question : à quelles conditions nous protège-t-Il, gratuitement ou contre rémunération ? Le droit juif distingue ces deux situations : si vous rémunérez un gardien pour assurer la garde, il porte l’entière responsabilité de ce qu’il protège. Mais si quelqu’un accepte d’assurer la garde volontairement et sans rémunération, sa responsabilité est bien moindre…
Puisque nous ne payons pas le Très-Haut pour nous protéger, le soin qu’Il prend de notre sécurité est soumis à une condition. Laquelle ? Le texte du Pentateuque, de la Torah, nous la révèle : « Car l’Éternel, ton D.ieu, parcourt ton camp pour te sauver… ; que ton camp soit donc saint, afin qu’Il ne voie chez toi rien d’indécent et ne Se détourne pas de toi » (Devarim, 23:15). Voilà la condition : lorsque le Très-Haut remarque quelque chose qui manque de pudeur, Il cesse de nous protéger — et nous sommes alors en grand danger !
À l’époque du 'Hafets 'Haïm, même les femmes et les hommes non pratiquants s’habillaient et se comportaient avec bien plus de pudeur qu’il n’est courant de le faire aujourd’hui. À plus forte raison, nous devons veiller à ce que le Gardien d’Israël ne retire pas Sa protection. Notre existence même peut être menacée… Nous ne devons pas oublier les prescriptions qui définissent notre peuple dans la Torah : soyez pour Moi un peuple saint, ni les trois qualités qui caractérisent notre peuple : ra'hamanim, baïchanim, gomlé 'hassadim (compatissants, pudiques, accomplissant des actes de bienfaisance). Nous sommes tous les fils et les filles du Roi, et toute notre vie — nos paroles, nos actes, notre monde intérieur et notre apparence — doit être empreinte de dignité royale et de tsniout, de pudeur intérieure.
Et l’expression de soi ?
Oh, ces deux idoles de notre époque : l’expression de soi et la réalisation de soi… « Comment puis-je porter des vêtements casher ? » s’étonne une femme. « Et mon expression personnelle ?! » Arrêtons-nous sur ces mots : expression de soi, l’expression extérieure de soi, de son contenu intérieur… Qu’est-ce qui est le plus important pour cela ? N’est-ce pas d’avoir quelque chose à exprimer, quelque chose en soi ?
Qu’est-ce que la beauté intérieure

Les femmes juives se sont toujours distinguées par ce qui troublait à la fois les cœurs et les esprits : un charme insaisissable, mais incontestable, un attrait particulier… Cette beauté intérieure qui, en éclairant le visage de l’intérieur, rend une femme belle quels que soient ses traits ou sa silhouette, suscite l’admiration et donne envie d’être en sa compagnie.
Ce n’est pas sans raison que la Torah nous dit de nos grandes et saintes matriarches qu’elles étaient toutes extraordinairement belles ! Les plus grands rois de leur époque souhaitaient les épouser, et tous ceux qui les entouraient remarquaient leur beauté étonnante. Pourtant, le mari de notre matriarche Sarah, le sage et prophète Abraham, découvrit sa beauté « par hasard », en voyant le reflet de son visage dans la rivière lors d’une traversée… Nous lisons une histoire semblable au sujet de la matriarche Rébecca : Abimélekh, roi de Guérar, voulait l’épouser en raison de sa beauté. Or, à propos de son mari, le patriarche Isaac, il est écrit qu’il fit d’abord « entrer Rébecca dans la tente de sa mère », puis « la prit pour épouse », et seulement ensuite « l’aima »… Pourquoi sa beauté ne l’« éblouissait »-elle donc pas ? Abraham et Isaac ne voyaient-ils vraiment pas la beauté de leurs épouses ?
Il semble que la raison soit ailleurs : les patriarches appréciaient chez leurs épouses non pas l’attrait extérieur, mais la beauté intérieure qui les distinguait si manifestement ! Abraham appréciait la droiture de sa femme, son dévouement, sa sainteté et sa modestie, et ce sont précisément ces qualités qui l’éclairaient d’une lumière si surnaturelle que les gens autour d’elle disaient : « Une telle beauté ne convient qu’à un roi »…
La beauté intérieure de Sarah était à l’origine de sa beauté extérieure, qui n’était pourtant que la conséquence de son âme rayonnante… Abraham accordait de la valeur à la cause. De même, Isaac ne se mit à « aimer » Rébecca que lorsqu’il vit qu’elle ressemblait véritablement à sa mère par ses qualités et ses actes : il l’aima pour sa beauté intérieure… Tandis qu’Abimélekh ne voyait que l’empreinte de cette lumière intérieure sur son apparence.
La beauté est une chose très subjective, et pourtant, elle existe indéniablement.
La véritable beauté, c’est le 'hen, ce charme particulier par lequel Joseph, fils de Rachel et de Jacob, « envoûtait » ceux qui l’entouraient. Comme vous pouvez le deviner, ce charme avait lui aussi pour origine la beauté intérieure : une pureté d’âme particulière qui se manifestait dans sa pudeur. Tel était le secret de sa beauté, héritée de sa mère.
La beauté authentique est l’expression d’un raffinement intérieur particulier, propre à la femme juive, fille du Roi.
Ce raffinement intérieur distinguait Rachel, et c’est précisément pour cela qu’elle put se maîtriser et ne pas répondre aux reproches qu’on lui adressa en face… La pudeur et le dévouement de Rachel furent récompensés par des descendants qui incarnèrent cette majesté royale : Joseph, roi de toute l’Égypte, et un descendant de son second fils Benjamin, le premier roi juif, Saül. Mais la chaîne ne s’arrête pas là ! Le roi Saül possédait une pureté et une perfection intérieures extraordinaires, qui se manifestaient aussi extérieurement dans son comportement empreint de pudeur. À son tour, cette pudeur se transmit le long de la chaîne à une descendante de la lignée royale de Saül, la reine Esther.
Esther, ou Hadassa, comme elle s’appelait en hébreu (dont les actions étaient belles et agréables comme le myrte odorant, hadassim), est un modèle de pudeur. Lorsqu’un concours de beauté ouvert à tout le pays est annoncé pour le titre de reine, Esther ne se hâte pas de se montrer ; au contraire, elle se cache au fond de sa maison… Mais on l’y trouva aussi, on l’emmena au palais et… Le rouleau d’Esther décrit ainsi ces événements : « Et Esther trouvait grâce aux yeux de tous ceux qui la voyaient. » On lui donna même le nom perse d’Esther — estéar, saar — « lune »… — qui se traduit en même temps, dans la langue sainte, par « Je cacherai ». Elle ne cherchait pas à se mettre en avant, mais la beauté de son âme, cachée en elle, se manifestait au-dehors comme un rayonnement : tous ceux qui rencontraient Esther éprouvaient une bienveillance particulière à son égard, fruit de la bonté qu’elle apportait aux gens, leur donnant le sentiment d’avoir de la valeur et d’être utiles à ses côtés… Lorsque les serviteurs du roi lui demandent quelles sont ses origines, Esther garde le silence, alors qu’elle n’avait aucune raison d’avoir honte : elle descendait d’une lignée royale et aurait pu, en quelques mots seulement, améliorer considérablement son « statut » à la cour… Et quelle fut la récompense d’Esther pour sa pudeur ? L’existence de tout le peuple juif ! Tout un peuple échappa à l’anéantissement grâce à une seule femme, dont la pudeur et la retenue firent naître le salut et la délivrance.
Lorsque nous saisissons ce secret, le secret de la beauté authentique, et comprenons l’immense influence d’un comportement empreint de pudeur sur le destin de chaque femme ainsi que sur celui du peuple juif, nous pouvons essayer de comprendre l’idéal juif de beauté.